« L'ambassade de Grande-Bretagne a joué un rôle important dans les récentes émeutes », qui ont fait au moins 20 morts et ébranlé la République islamique, a accusé le ministre iranien du Renseignement, Gholam Mohseni-Ejei, cité par l'agence IRNA. Elle a « dépêché ses employés locaux parmi les émeutiers pour servir ses propres intérêts ».
La Grande-Bretagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères David Miliband, s'est aussitôt dit « profondément préoccupée ». M. Miliband a demandé que ces employés soient « libérés indemnes et puissent reprendre leur travail » tandis que l'Union européenne a annoncé que « le harcèlement et l'intimidation du personnel diplomatique des pays européens recevront une réponse forte et collective de l'UE ».
Les autorités iraniennes accusent les Occidentaux, et au premier chef la Grande-Bretagne, d'avoir planifié et mené la contestation. Téhéran a expulsé en début de semaine deux diplomates britanniques, avant que Londres ne réplique de la même manière. Le correspondant de la BBC en Iran, Jon Leyne, a également été expulsé, et M. Mohseni-Ejei a récemment déclaré que certains porteurs de passeport britannique avaient « eu un rôle dans les émeutes ». Londres a nié tout rôle dans la crise.
En 15 jours, « plus de 2 000 personnes » ont été arrêtées et se trouvent détenues en Iran, tandis que des centaines sont « portées disparues », a par ailleurs annoncé, de Paris, le vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Karim Lahidji. M. Lahidji a précisé à l'AFP que ces informations avaient été rassemblées par les antennes de la FIDH en Iran, essentiellement auprès des familles.
Par ailleurs, le siège du parti Kargozaran, qui avait soutenu Mir Hossein Moussavi lors de la présidentielle iranienne du 12 juin, a fait l'objet d'une perquisition des forces de sécurité, alors que les autorités iraniennes ont interdit à un proche collaborateur de Moussavi de quitter le pays.
Le guide suprême Ali Khamenei a pour sa part de nouveau condamné les « remarques idiotes » de dirigeants occidentaux sur les troubles postélectoraux en Iran, alors que le président Mahmoud Ahmadinejad a de nouveau critiqué le président américain Barack Obama, accusé d'intervenir dans les affaires de l'Iran, affirmant qu'il ferait « le procès » des dirigeants occidentaux lors de ses déplacements.
Le pouvoir reste confronté au refus des candidats contestataires, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, de travailler avec la commission désignée par le Conseil des gardiens de la Constitution et chargée de recompter les résultats dans 10 % des urnes.
M. Moussavi, chef de l'opposition, a rejeté dès samedi toute participation à cette commission, estimant qu'elle ne pourrait « parvenir à un jugement équitable ».
Les deux candidats, qui dénoncent des fraudes, demandent un nouveau scrutin.
« Si le Conseil des gardiens (de la Constitution) nomme une commission indépendante avec toute autorité pour enquêter sur tous les aspects de l'élection, je l'accepterai », écrit pour sa part M. Karoubi. « Certains des messieurs de cette commission ont précédemment pris des positions partisanes », explique M. Karoubi, en appelant à la formation d'une commission « indépendante qui ait des membres plus modérés ».
En outre, Mehdi Karoubi a appelé hier le guide suprême iranien Ali Khamenei à prendre une décision finale sur les résultats contestés du scrutin. « J'attends du Conseil des gardiens (de la Constitution) qu'il annule l'élection qui à l'évidence est entachée d'irrégularités et de fraudes », en allusion à l'organe de supervision du scrutin du 12 juin qui a ordonné un nouveau comptage partiel des bulletins de vote.
Le Conseil des gardiens, qui dépend du guide suprême Ali Khamenei, avait donné vendredi 24 heures aux perdants pour nommer un représentant à la commission désignée. Il est censé confirmer les résultats donnant une victoire écrasante à M. Ahmadinejad d'ici à lundi. La commission présentée par le Conseil compte exclusivement des personnalités fidèles au guide suprême, qui a soutenu M. Ahmadinejad avant l'élection du 12 juin et a validé publiquement sa réélection.
Samedi, le Conseil de discernement, la plus haute instance d'arbitrage du régime, dirigée par l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, réputé soutenir M. Moussavi, avait demandé au Conseil des gardiens « un examen précis de toutes les plaintes et protestations ».
La police disperse un rassemblement
Sur le terrain, la police iranienne a dispersé hier quelque 3 000 partisans de Mir Hossein Moussavi, qui s'étaient rassemblés à Téhéran, en dépit de l'interdiction des autorités, pour honorer la mémoire d'un martyr de la révolution, selon des témoins. Selon ces mêmes sources, quelques heurts isolés ont éclaté avec des policiers antiémeute. « Une, voire deux personnes ont été interpellées », a ajouté un témoin.
Pendant le rassemblement, des manifestants ont scandé : « Où es-tu Khomeyni, Moussavi est tout seul », en référence au fondateur de la République islamique, l'ayatollah Rouhollah Khomeini.
La tension est montée au bout de deux heures, au moment où la foule a aperçu le candidat réformateur, Mehdi Karoubi, sortir de la mosquée, ont rapporté les témoins. « Les gens ont commencé à le rejoindre », et la police a précipité la dispersion du cortège, selon un témoin.


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