Des situations difficiles, ce festival et ses confrères de Baalbeck et Beiteddine en ont connu, surtout durant l'été 2006 et toutes ces années où la tension rendait difficile, parfois impossible, la réalisation de tout projet. Sa fonction de présidente, elle la porte avec fierté et discrétion. Pas de mondanités particulières, pas de conflits. Une entente harmonieuse avec Naji et Noëlle Baz, ainsi qu'avec toute l'équipe organisatrice. Et une simplicité conjuguée avec son amour pour « sa » région de Jbeil. « Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours participé à des activités sociales liées à la ville. »
Flash-back
Pour arriver à sa mouture finale et un réel rayonnement international, Le Festival de Byblos a connu des formes, des programmes et des visages qui ont évolué au cours de ces dix dernières années. Avec ce même paysage parfait et un site idéal, il a été lié à des noms : Jean-Louis Cordahi, qui fut président du Conseil municipal de Jbeil et ministre ; Roméo Lahoud ou encore Michel Eléftériadés et son « Mediterraneo Byblos International Festival », qui ont tous été des acteurs déterminants. Au départ, des festivités diverses avaient lieu dans le site qui était loué un peu comme une salle. Petit à petit, les ambitions ont grandi, pour la région et pour l'événement. Il a fallu modifier le concept, le diversifier, lui donner une saveur pour qu'il ne soit pas un festival de plus. Après Jean-Claude Boulos puis Raphaël Sfeir, qui venait d'être élu à la place de Cordahi, Latifée Lakkis est choisie pour « mener la barque » sur ce port légendaire. Le festival, qui était surtout thématique et lié à la musique méditerranéenne, change de producteur. Avec Buzz Productions, il se donne un nouveau souffle, « pour se différencier des autres », plus jeune, culturel et plus varié. « Il était temps de devenir international. Nous avons parié sur des groupes jeunes, sur le jazz, le rock, avec des prix accessibles pour cibler les jeunes intéressés, mais dans l'impossibilité de voyager et voir ces groupes connus. À la même période, poursuit la présidente, Roger Eddé mettait le pied à Jbeil, d'abord avec l'énorme projet de Eddé Sands et puis celui des souks. Avec sa femme Alice, ils ont sauvé l'ancienne ville. »
À partir de 2003, la programmation comprend des étrangers et un spectacle libanais par festival. Devant une audience de 4 800 personnes quelquefois, ont défilé avec la même émotion sur ces planches mythiques, les pieds dans l'eau, des gens aussi différents que Patti Smith, Barbara Hendricks, Francis Cabrel, Brian Ferry, Placebo, Eric Truffaz ou encore Roger Hudson.
Tout est pensé, l'organisation, les off festival, les nuits blanches, la fête dans les souks, les brochures des programmes, qui sont très soignées, et jusqu'au site Internet qui se charge également de donner des informations touristiques et historiques sur Jbeil. Une attention à laquelle tient particulièrement Latifée Lakkis. « Le nombre de restaurants et d'hôtels n'a cessé de grandir ces dernières années. Nous avons créé un centre d'accueil et d'information touristique en 2004 qui dépend du festival, comme un Office du tourisme à l'européenne, pour mettre à la disposition des personnes intéressées des brochures touristiques sur le Liban et publiées par le ministère du Tourisme, et des films qui peuvent être visionnés dans une salle polyvalente. Notre objectif est surtout de promouvoir les aspects culturels et socio-économiques de notre belle ville. »
Souvenirs
« J'aime servir ma région. C'est un travail administratif, certes, mais également culturel et artistique. Des moments d'émotion, il y en a à chaque spectacle... » Une voix, « Barbara Hendricks », une découverte, « les magnifiques Blind Boys of Alabama », un événement extérieur, « les avions de l'armée qui survolaient Jbeil durant les batailles de Nahr el-Bared ». Les mois qui séparent octobre, date du début du travail, de juin. L'angoisse de fonctionner avec un budget limité, assisté par des subventions de l'État, une aide du ministère du Tourisme, du Comité de soutien et des sponsors, dans un pays fragile et fragilisé. Le choix des artistes, proposé par Naji Bazz. La joie partagée quand un accord est signé. Et la fatigue, au lendemain du 12 août, quand s'éteignent les projeteurs.
« J'aime ce que je fais », conclut la présidente, impatiente de voir la suite de ces deux mois. La sonnerie de son cellulaire, une chanson de Feyrouz, vient lui rappeler tout ce qui lui reste à faire. Et la voilà, s'excusant, Latifée Lakkis, d'avoir à repartir.


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