Londres est particulièrement dans le collimateur de Téhéran. « Ce n'est pas en tenant des propos hâtifs que vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne, a déclaré Mahmoud Ahmadinejad sur son site Internet en s'adressant à Londres et Washington. Pour cette raison, je vous demande de cesser vos ingérences. »
Peu auparavant, son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, avait accusé Londres de complot contre l'Iran, affirmant que des « "éléments" liés aux services secrets britanniques » avaient afflué en Iran avant l'élection. Il a appuyé ce propos en affirmant que, pour s'adapter à cet afflux de voyageurs, la compagnie aérienne assurant la ligne Londres-Téhéran avait dû avoir recours à un avion plus gros « de type 747 ». « La Grande-Bretagne a comploté contre l'élection présidentielle depuis plus de deux ans », a déclaré le ministre cité par Press TV. Vendredi, l'ayatollah Ali Khamenei avait également assuré que « les diplomates de plusieurs pays occidentaux qui nous parlaient jusqu'ici avec un langage diplomatique ont montré leur vrai visage, en premier lieu le gouvernement britannique ». La foule assistant à son prêche lui a répondu par « À bas la Grande-Bretagne ».
À Londres, ces accusations ont été balayées. « Je rejette catégoriquement l'idée que les manifestants en Iran sont manipulés ou motivés par des pays étrangers », a déclaré le secrétaire britannique au Foreign Office, David Miliband.
Journalistes étrangers arrêtés
Au-delà des simples déclarations, les autorités iraniennes ont aussi décidé d'expulser le correspondant permanent de la BBC à Téhéran, Jon Leyne, sommé de quitter le pays sous 24 heures pour avoir « soutenu » les émeutiers, selon l'agence Fars, proche du gouvernement. Le ministère iranien de la Culture a en outre menacé les médias britanniques de « mesures de rétorsion » s'ils continuaient « d'interférer dans les affaires intérieures de notre pays en diffusant des informations mensongères ou inexactes de l'Iran ». En soirée, un journaliste canadien de l'hebdomadaire américain Newsweek a en outre été arrêté.
Le gouvernement iranien a également convoqué les ambassadeurs et représentants des 27 pays européens en poste à Téhéran, a indiqué hier le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Kohout, dont le pays assure la présidence de l'Union européenne (UE). Téhéran avait déjà fait part de son déplaisir en convoquant en milieu de semaine les ambassadeurs de France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, ainsi que de Suisse qui représente les intérêts américains. Hier, M. Mottaki n'a d'ailleurs pas oublié la France, qualifiant d'« irresponsables » des propos de son homologue Bernard Kouchner, et demandant à cet effet des excuses de Paris. Le ministre avait évoqué une « expression de révolte démocratique » pour parler des manifestations de l'opposition.
Les autorités ont aussi ranimé le spectre du terrorisme depuis quelques jours en diffusant sur les télévisions publiques des reportages sur les Moujahidine du peuple (OMPI), la principale force d'opposition, en exil. Le guide suprême avait averti vendredi que des agents pourraient « se cacher dans les rangs du peuple (pour commettre) un acte terroriste ». Les autorités ont fait état le lendemain d'un attentat-suicide survenu au mausolée de l'imam Khomeyni, à Téhéran, dont l'auteur serait mort en faisant trois blessés. Hier, le ministère des Renseignements a, en outre, annoncé l'arrestation d'un « certain nombre d'hypocrites (nom donné par l'Iran aux membres de l'OMPI) entraînés au camp d'Achraf en Irak et entrés en Iran pour y mener des actions terroristes ». La télévision a ensuite montré des aveux publics de personnes au visage flouté qui assuraient avoir été entraînées et commandées avec le soutien de la Grande-Bretagne.
Sur le terrain, les rues du centre de Téhéran étaient calmes hier, ont rapporté des témoins à l'AFP, tranchant avec la violence des confrontations de la veille entre forces de l'ordre et manifestants. Des affrontements au cours desquels la police antiémeute a tiré des balles et des gaz lacrymogènes et eu recours aux canons à eau et aux matraques. La télévision d'État a affirmé hier que 10 personnes avaient été tuées et plus de 100 blessées samedi. La chaîne de télévision publique en anglais Press-TV a fait état de 13 morts. Ces décès sont les premiers depuis ceux des sept manifestants qui ont péri lors des manifestations de lundi dernier.
La police de Téhéran a affiché hier sa détermination à continuer de quadriller la capitale iranienne pour étouffer toute nouvelle manifestation. « Les forces de l'ordre maintiendront leur présence dans les divers quartiers de la ville et s'opposeront avec force à tout rassemblement ou agitation », a dit le chef de la police de Téhéran, Azizullah Rajabzadeh. Toutefois des fusillades répétées ont retenti en soirée dans deux quartiers du nord de Téhéran, ont rapporté des témoins iraniens.
Moussavi défie Khamenei
La manifestation de samedi représentait un défi au guide suprême iranien qui avait averti la veille qu'il ne « céderait pas à la rue ». Tout comme la charge sans précédent contre le guide suprême de Mir Hossein Moussavi, principal rival de M. Ahmadinejad à l'élection du 12 juin. Dans une lettre au peuple iranien, il l'avait accusé, sans le nommer, d'avoir mis en danger le caractère républicain de la République islamique en validant la réélection de M. Ahmadinejad, seulement rendue possible selon lui par une fraude massive. Il avait dénoncé « un projet qui va au-delà de l'imposition au peuple d'un gouvernement non voulu, l'imposition d'une nouvelle vie politique au pays ». Le message de M. Moussavi invitait aussi à poursuivre les manifestations pacifiques et réclame toujours une annulation du scrutin. Hier encore, M. Moussavi a invité ses partisans à continuer de manifester leur hostilité au pouvoir tout en faisant preuve de retenue. « Lors de vos protestations, continuez à faire preuve de modération. J'attends pour ma part des forces armées qu'elles s'abstiennent de tout acte dommageable », a-t-il dit dans une déclaration.
Le Conseil des gardiens ne s'est, pour sa part, dit prêt qu'à un recomptage de 10 % des urnes, choisies au hasard. Il devrait rendre sa décision mercredi.
Enfin, plusieurs ambassades occidentales ont été appelées à ouvrir leurs portes aux manifestants.


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