Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, les deux pays, à forte majorité chiite, ont effectué un rapprochement spectaculaire après une guerre (1980-1988) qui a fait un million de morts. L'amélioration des relations, impulsée par de nombreux dirigeants politiques chiites au pouvoir à Bagdad et ayant vécu en Iran, a permis à Téhéran de jouir d'une influence croissante en Irak.
« Les Iraniens ont raison de manifester. Mais je crois qu'Ahmadinejad restera au pouvoir. Il est puissant et soutenu par Khamenei », ajoute Salah. À deux pas, Kaïs Zahar critique surtout la façon dont les dirigeants iraniens, et surtout l'ayatollah Khamenei, imposent leur vision à l'ensemble de la société. « Les dirigeants religieux ne devraient pas intervenir dans la politique et dans la vie de tous les jours. Je soutiens les manifestants. Si le régime tombe, ce sera une bonne chose pour l'Iran et pour l'Irak », insiste ce jeune homme de 27 ans.
Si les deux pays sont à majorité chiite, les hiérarchies religieuses ont des conceptions différentes de leur rôle. Pour les Iraniens, l'essence du pouvoir revient au clergé alors qu'en Irak les hommes de religion peuvent conseiller les dirigeants, mais pas diriger la politique. C'est ce qui différencie fondamentalement l'ayatollah Khamenei et le grand ayatollah Ali Sistani, guide spirituel de la communauté chiite d'Irak. La Constitution iranienne consacre la primauté du religieux sur le politique (wilayat el-faqih) et donne l'essentiel du pouvoir au « guide » spirituel, actuellement l'ayatollah Ali Khamenei, qui « définit les politiques générales ».
Dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad, où la présence iranienne est très forte, Mohannad Hassan, 24 ans, espère aussi un changement chez le voisin perse. « Je pense que si Ahmadinejad emporte le bras de fer, cela aura un effet négatif sur l'Irak, car l'interventionnisme iranien se poursuivra », assure-t-il à l'AFP. Un avis partagé par Ali Saleh, un fonctionnaire de 43 ans. « Si les responsables iraniens sont occupés à gérer leurs problèmes, ils ne s'occuperont plus des autres pays et ils en finiront avec leur ingérence », ajoute-t-il.
À Kerbala, l'autre ville sainte chiite, un policier, qui refuse de donner son nom, veut aussi en finir avec l'influence de Téhéran : « Nous n'intervenons pas dans les affaires iraniennes. Nous attendons d'eux qu'ils en fassent de même. » Le cheikh Abbas al-Douboule, un imam de la ville, pense en revanche qu'un changement en Iran aura des « répercussions négatives » sur l'Irak. « Le pouvoir d'Ahmadinejad est meilleur que tout autre régime quand il s'agit des relations avec l'Irak », estime le religieux.
Pour les Irakiens, qui ont récemment assisté à l'émergence d'une démocratie dans leur pays dirigé avant 2003 d'une main de fer par Saddam Hussein, leurs voisins ont aussi le droit d'être « libres ». « Ici, nous sommes libres. Libres de voter, de parler, de critiquer. Quand je donne ma voix, elle est prise en compte. Pourquoi pas les Iraniens », insiste Salah Aziz.


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