En 1906, le mont Speke, l'un des plus hauts du massif, était couvert de glace sur 217 hectares contre seulement 18,5 en 2006, selon l'unité sur le changement climatique du ministère ougandais de l'Eau et de l'Environnement. Des images satellites prises en 1987, puis en 2005, montrent que la fonte des glaces s'est produite essentiellement ces 20 dernières années. « La glace est littéralement en train de disparaître. Dans certains cas, elle a disparu et je suis plus que certain que cela est le résultat du réchauffement mondial », a affirmé le responsable de cette unité, Philip Gagwe. L'Agence nationale de surveillance de l'environnement (NEMA) assure pour sa part que si la fonte se poursuit au rythme actuel, la glace aura disparu d'ici à 2023.
Pour la population de Bundibugyo, qui dépend de l'agriculture pour sa survie, la hausse des températures s'accompagne de changements drastiques, et notamment d'une course vers des parcelles en altitude, plus adaptées à leurs cultures. « Avant, je pouvais planter des haricots ici vers mars. Mais ça a changé », raconte Nelson Bikalwamuli, 45 ans, qui explique avoir été contraint de trouver une parcelle plus haut dans la montagne, où les températures demeurent propices à la culture des haricots. Mais l'accès y est difficile et la compétition acharnée pour un lopin de terre. « Les gens continuent d'aller toujours plus haut. Je crains que bientôt nous nous retrouvions les uns sur les autres. »
Dans les rues poussiéreuses de Bundibugyo, la population s'inquiète également de l'émergence du paludisme. « Avant, on n'entendait pas les moustiques ici et nous n'avions pas de paludisme (malaria). Les moustiques étaient en bas », explique M. Maate, désignant les plaines à l'horizon.
Une scientifique travaillant pour l'ONG Malaria Consortium, Kate Kascinsky, explique qu'une infime hausse des températures peut avoir une réelle incidence sur la prévalence du paludisme.
La scientifique explique toutefois qu'il est difficile, en l'occurrence, d'établir un lien entre changement climatique et hausse de la malaria dans cette région : le paludisme est souvent mal diagnostiqué en Ouganda, un pays dont les centres de santé n'ont pas la capacité de tester des échantillons.
Reste un sentiment d'injustice au sein d'une partie de la population, qui a le sentiment de payer pour les fautes des autres. « Notre contribution au changement climatique est presque insignifiante, mais nous somme durement touchés », résume Goretti Kitutu, de la NEMA. Une position largement partagée sur le continent, qui tentera de faire entendre sa voix lors du sommet mondial crucial sur le climat à Copenhague en décembre.
Ben SIMON (AFP)


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