« Nous ne craignons pas Hussein Obama. » À l'instar de Nadia Matar, des milliers de colons radicaux sont déterminés à résister à toute tentative du gouvernement israélien de geler la colonisation en Cisjordanie sous la pression du président américain. Employant à dessein le second prénom du président américain Barack Obama pour lui prêter une connivence avec les Arabes contre l'État juif, Nadia Matar, une militante d'extrême droite, entend lui faire comprendre « que la terre d'Israël est celle du peuple juif, et de personne d'autre ». Dans le cadre d'une journée de soutien aux colonies sauvages, Nadia Matar a fait venir une centaine d'Israéliens dans l'un de ces avant-postes, celui d'Avigaïl, dans le sud de la Cisjordanie. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est dit prêt à démanteler ces colonies en échange d'un soutien accru de Washington face à la menace d'un Iran nucléaire. « Ce sont les véritables héros contemporains qui assurent l'avenir du peuple juif sur sa terre », clame-t-elle pour rendre hommage à ces colons installés sans l'aval des autorités israéliennes. Les participants à cette « excursion » chantent en agitant des drapeaux pendant que Nadia Matar plante un arbre au centre de la colonie. Avigaïl, ce sont quelques préfabriqués et trois maisons neuves au milieu d'un paysage de carte postale. Sa cinquantaine d'habitants vivent dans l'attente d'une évacuation annoncée par le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak. Au moins 24 implantations dites sauvages, dont Avigaïl, doivent être détruites dans les semaines à venir, selon le ministère de la Défense.
David Recanati, la trentaine, y vit depuis trois ans et affiche sa sérénité. « Nous ne suivons pas les informations, nous ne pensons qu'à nous agrandir », dit-il en montrant du doigt les bicoques. « Je ne comprends pas pourquoi Obama veut nous expulser de notre terre », s'interroge-t-il.
Après avoir chaleureusement félicité David Recanati pour ses propos, le groupe remonte dans deux bus. Direction Kyriat Arba, un bastion d'extrémistes juifs, aux portes de la ville palestinienne de Hébron. Deux avant-postes juste à la limite de cette colonie sont régulièrement détruits par la police et aussitôt reconstruits par les colons. L'un de ces points de colonisation, appelé Hazon David, est fait d'un baraquement non habité qui sert de synagogue à des colons de Kyriat Arba.
« La centrale nucléaire iranienne, ce n'est pas ici, Obama, tu dois frapper là où il faut », peut-on lire sur une banderole. Le groupe s'organise pour la prière sous le regard des policiers, alors que dans la rue, des Palestiniens se pressent de rentrer chez eux.
L'autre avant-poste, la ferme Federman, se dresse de l'autre côté de Kyriat Arba. Maître des lieux, Noam Federman, 39 ans, est un ancien chef du parti raciste antiarabe Kach, hors la loi. Avec sa femme et leurs neuf enfants, il s'est installé sur un terrain voisin de Kyriat Arba pour y vivre « comme un simple paysan ». Avec deux chevaux, des chèvres et une tente où il loge depuis la destruction de sa maison en novembre, la ferme Federman ressemble à un camping désaffecté. « Ils détruisent et je reconstruis. Le peuple juif a survécu à tant d'horreurs. Ce n'est pas Netanyahu ou Obama qui vont m'arrêter », proclame-t-il. Pour lui aussi, le second prénom du président américain trahit ses « véritables intentions ».
Michaël BLUM (AFP)
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