L'établissement constitue l'un des principaux éléments de la politique saoudienne pour empêcher une reprise des attentats d'el-Qaëda dans le pays, après une série d'attaques sanglantes entre 2003 et 2006. Plus de 270 ex-détenus, dont 117 libérés de Guantanamo, ont suivi le programme du centre, situé derrière des murs de trois mètres de haut dans une banlieue anonyme de Riyad. Le but est de les replacer sous la coupe de l'État saoudien et de les inciter à renoncer à la politique.
À l'opposé de Guantanamo, où les méthodes d'interrogatoire musclées visent à briser les détenus, les autorités saoudiennes maternent les prisonniers en leur fournissant nourriture en abondance, loisirs à profusion et leçons destinées à les persuader qu'ils ont fait le mauvais choix, même si leurs intentions étaient sans doute bonnes. « Maintenant, je connais les lois et les règles du "jihad", confie ainsi Abdallah al-Hammami. Primo, cela nécessite le consentement du gouvernement, et ensuite, celui de mes parents. »
« L'approche dure n'est pas la seule approche », explique Abdel Rahman al-Hadleq, directeur de la sécurité idéologique au ministère de l'Intérieur. Durant leur séjour, qui dure de trois à douze mois, les détenus ont le choix pour se détendre entre une piscine, un gymnase, une table de billard, des consoles de jeux vidéo et un terrain de volley-ball. Le centre fonctionne depuis début 2006 et les Saoudiens sont fiers du très faible taux de récidive parmi ceux qui ont été ensuite relâchés. Parmi les ex-prisonniers de Guantanamo, seuls 11 ont disparu : cinq ont été repris, cinq courent toujours et le onzième s'est livré aux autorités en février.
Le centre a recours à de nombreux psychologues et experts pour essayer de comprendre les détenus, mais l'essentiel consiste à les convaincre qu'en choisissant le jihad, ils ont rejeté la société saoudienne dans tous ses aspects : leur famille, leur tribu et l'État qui prend soin d'eux. Pour les faire changer d'avis, le programme offre d'amples bénéfices matériels et sociaux. La famille du détenu reçoit aussi de l'argent, mais en retour, elle est tenue pour responsable s'il récidive.
L'objectif principal, explique M. Hadleq, est de marier les ex-militants pour que ces nouvelles responsabilités les dissuadent de se mêler de politique. L'État leur fournit même de l'argent pour payer une dot, ainsi qu'une maison et une aide financière lorsqu'ils ont des enfants. Lorsqu'ils quittent le centre, ils doivent vivre dans le même quartier que leur famille et la même région que leur tribu. « C'est un moyen de contrôle social très fort », souligne un responsable.
Paul HANDLEY (AFP)


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