qui les pousse à cacher leurs combats
et à ne se montrer que victorieux.
(« La recherche de l'absolu », Honoré de Balzac)
En effet, et les hommes en ont, de ces combats ! Dans la société libanaise actuelle, il est devenu très difficile, voire impossible, de revendiquer son droit à l'individualité. Les hommes s'agglutinent en fratries, se regroupent autour d'un seul chef, et cela dans le but de renforcer leur sentiment de puissance grâce à l'extase de la noyade dans le collectif. Plus l'instabilité augmente, plus les cocoricos résonnent !
Mais cela réduit considérablement notre créativité ainsi que notre résistance à l'uniformisation. D'ailleurs, la force de gravité soude à tel point que l'implosion finit par être le seul moyen de salut.
Non sans dégâts...pour les autres du moins.
Dans notre société où l'homme est toujours pressé de faire étalage de ses muscles, nous souffrons aujourd'hui atrocement d'un tarissement de la culture ainsi que de la perte de la foi en la perfectibilité de l'espèce humaine. Trop de gens baissent les bras, préférant ainsi vampiriser ce qui reste de nos forêts, de nos plages, de nos lauriers qui moisissent, au lieu que d'oser proclamer tout haut leur désapprobation et risquer ainsi de perdre et « la face » et l'estime, durement acquis grâce à de multiples prostitutions intellectuelles et sociales.
L'ère de la vulgarisation de l'information a achevé de tirer la société vers le bas. La quantité l'emporte sur la qualité et les embryons d'esprits éclairés s'étiolent dans la masse gluante du diktat du rendement et de la maximisation des profits.
Trop de chaises sont quotidiennement réchauffées par des séants inadéquats. Un artiste potentiel se retrouve banquier et mène ainsi son établissement à la faillite parce que le moule social avait instillé en lui la honte d'être différent.
Nous jeunes, que pouvons-nous faire dans un monde où réussir ne veut plus dire autre chose que faire des sous ? Un diplôme ? Au Canada ? Une Porsche ? Un million ? Et après ? Que ceux à qui cela suffit arrêtent de me lire. Trop tard, rien ne peut plus être fait pour eux. Mais pour toi ? Toi qui sens que les week-ends à l'ABC et à Gemmayzé reviennent à tourner en rond, j'aimerais que tu lises et que tu me donnes ton avis. Oui, pour une fois, ose. Vraiment.
Au Liban, nous avons un problème d'élites. Je ne parle pas de ceux qui ne se sentent pas concernés par ce message. Je parle de ceux qui se sentent isolés, incapables de mettre en commun leurs idées faute d'opportunité de débat. Et cet article n'a d'autre but que de relancer le débat. Il n'y est pas question de prétendre trouver toutes les réponses !
Trop de conférences unilatérales où des professeurs surdiplômés s'écoutent parler. C'est à nous, étudiants, qu'incombe la responsabilité de ramener la discussion aux sujets qui nous hantent vraiment. Cela dans le respect, bien sûr, des règles de la politesse et du respect d'autrui. C'est de notre faute si les autres nous traitent de barbares. En effet, n'est-ce pas nous qui leur donnons raison avec toutes ces rixes stériles dans les campus ?
Montrons-leur que nous ne sommes pas de prétentieux freluquets qui ont encore tout à apprendre. Essayons de faire autrement. De sortir des sentiers battus. Osons être convaincus, avouons nos défaites, célébrons nos victoires. Un talent naissant irrite toujours les envieux. Tant mieux !
Osons opposer nos rêves à leur logique académisée. Peut-être en naîtra-t-il enfin une synthèse constructive.
Bref, l'idée est simple. Le monde actuel disperse les gens et les regroupe à un rythme effréné. Pas le temps de se connaître qu'on est déjà dans une autre classe, dans un autre job, dans un autre pays. Cela empêche toute action collective de longue haleine digne de ce nom.
Pourtant, il doit y avoir parmi nous des gens qui en ont marre des slogans creux, de l'odeur de l'asphalte avant les élections, du massacre de nos plages et de nos forêts, de la censure et de tous ceux qui se croient en droit de nous faire la morale. Regroupons-nous pour débattre. Osons être fiers, vivons debout. Nous aurons l'éternité pour nous allonger !
Parce que, sans le droit de blâmer et de choquer, nos tours d'ivoire ne sont plus que des prisons confortables, mais sans barreaux.

