« Nous sommes confrontés à une paix instable. Les gouvernements irakien et américain réalisent que cela peut dérailler à tout moment », assure le capitaine Jared Nichols, du 12e bataillon de la 1re division de cavalerie. « C'est un combat pour gagner l'adhésion populaire, pour légitimer le gouvernement d'Irak », ajoute cet officier âgé de 27 ans, en rappelant avec quelle rapidité l'Irak a plongé dans le chaos après l'invasion conduite par les États-Unis en mars 2003. Les hommes de son unité n'ont pas tiré un coup de feu depuis leur arrivée il y a quatre mois dans la ville d'al-Hadr, et il n'y a plus que deux attaques par semaine, contre une vingtaine il y a un an. Mais le commandant du bataillon, le lieutenant-colonel Michael Fadden, est convaincu qu'armes et insurgés continuent d'entrer en Irak en franchissant la frontière poreuse avec la Syrie. « Nous pensons qu'el-Qaëda et d'autres insurgés traversent le désert », dit-il. Selon lui, il est souvent difficile de distinguer entre le trafic d'armes des insurgés et la contrebande traditionnelle qui fait vivre cette région depuis des siècles.
Les soldats américains sont postés près de l'ancienne Hatra, site classé par l'Unesco et qui fut dans l'Antiquité un carrefour commercial très important entre la Méditerranée et la Mésopotamie. La région connaît une série de problèmes socio-économiques qui peuvent rapidement dégénérer : pauvreté, chômage, sécheresse, piètre éducation, crimes, absence de financement par le gouvernement et inexpérience de la police, auxquels s'ajoutent des rivalités tribales.
Selon le lieutenant-colonel Faden, plusieurs grandes tribus dominent la politique locale, laissant leurs rivaux plus faibles facilement manipulables par les insurgés. Le capitaine Nichols et son unité se rendent plusieurs fois par semaine en ville pour allouer des microcrédits pouvant atteindre jusqu'à 2 500 dollars dans le cadre d'un programme d'aide à la création de petites entreprises. Ils ont recueilli 70 dossiers jusqu'à présent. Les habitants les assaillent de questions car ils croient encore que l'armée US distribue de l'argent sans restriction comme auparavant. « Nous examinons les problèmes au cas par cas, car il n'y pas une seule solution globale applicable à tous », assure le capitaine.
Pour le maire d'al-Hadr, Ali Saleh Mahdi, « le problème numéro un, c'est le manque d'eau ». La ville, qui compte une population sédentaire de 7 000 habitants, a dû accueillir des dizaines de familles nomades bédouines chassées du désert par le manque d'eau et de pâturages. « Nous ne recevions plus les subventions qui étaient allouées aux bergers sous l'ancien régime. Nous ne sommes pas assez riches, alors, pour nous, obtenir une aide pour les paysans et les bergers est prioritaire », dit-il.
« Je ne pensais pas faire ce genre de boulot, mais c'est le travail de contre-terrorisme », assure le lieutenant Joshua Swartsel, envoyé en Irak pour la première fois en 2008.
Benjamin MORGAN (AFP)


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