Fortement menacé d'isolement et de rupture de l'aide au développement essentielle à ce pays parmi les plus pauvres du monde, le nouveau pouvoir dirigé par Andry Rajoelina a cherché à dédramatiser la situation. « Nous ne pensons pas que c'est un coup d'État. C'est l'expression directe de la démocratie, quand la démocratie représentative ne s'exprime pas à travers les institutions », a déclaré à l'AFP le Premier ministre de transition, Monja Roindefo. « Peut-être la vision de l'Union européenne est un peu brouillée, on est prêt à s'expliquer. Après cela, nous allons leur demander de reconsidérer leur position », a-t-il poursuivi. Pour l'instant, ces condamnations « ne nous embêtent pas outre mesure », a affirmé le Premier ministre, ajoutant : « S'ils n'ont pas bien compris le processus, ils ont le droit de réagir. S'ils maintiennent leur position après notre plaidoirie, là ce sera embêtant. »
Une cérémonie d'investiture du « président de transition » Andry Rajoelina doit avoir lieu aujourd'hui dans la capitale malgache. Lâché par l'armée, le président Marc Ravalomanana a démissionné mardi en transférant les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les a ensuite remis à M. Rajoelina, qui s'était imposé en peu de temps à la tête de l'opposition en menant la contestation contre le chef de l'État. La Haute Cour constitutionnelle de Madagascar a officiellement entériné mercredi l'accession au pouvoir de M. Rajoelina, après avoir validé l'ordonnance par laquelle le président Ravalomanana, menacé d'arrestation, avait démissionné.
À Addis-Abeba, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA « a décidé de suspendre Madagascar » de l'organisation panafricaine. « Ce qui s'est passé à Madagascar est un changement anticonstitutionnel de gouvernement » et « peut être interprété comme un coup d'État », a déclaré le président du CPS, l'ambassadeur burkinabè Bruno Nongoma Zidouemba. « Si un retour à l'ordre constitutionnel n'intervient pas très rapidement, nous étudierons la possibilité de prendre des sanctions contre les autorités de Madagascar », a-t-il averti, évoquant également la « tenue rapide d'élections ». Le prochain sommet des chefs d'État de l'UA est prévu en juillet à Madagascar, mais ce projet est compromis par la situation actuelle, selon l'organisation. L'UA a suivi les recommandations émises jeudi par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), qui demandait la suspension de Madagascar et doit se réunir à la fin du mois pour décider de sanctions.
Berlin a jugé « non démocratique » le changement de pouvoir « sous la pression de la rue » dans la Grande Île de l'océan Indien et appelé M. Rajoelina à respecter la Constitution. La Tanzanie a également dénoncé « un coup d'État inacceptable » et annoncé qu'elle ne reconnaissait pas le nouveau régime malgache.


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