Contente de préserver son statut de petite fille dépendante ? Incapable de grandir, d'être soi avant tout, d'exister tout simplement ?
La femme libanaise continue à vivre, comme sa mère l'a fait avant elle et, avant sa mère, sa grand-mère. Des droits, elle n'en a pas, ou plutôt si, elle en a : elle peut sortir se promener, acheter du linge de maison, une voiture, rire dans un café, danser dans une boîte de nuit, se marier et même avoir un enfant !
Mais, disons, c'est une moitié de citoyen puisque, malgré tous ces droits qu'elle a, elle ne naît finalement pas libre et égale aux autres en dignité et en droits.
Serait-elle une vieille chaussette ? Elle est répudiée sans avoir droit au chapitre. Ou mineure ? Elle ne peut pas voyager avec son enfant ou ouvrir un compte en banque pour lui sans l'autorisation de son mari.
Libanaise de mauvaise souche ? Elle ne peut pas donner sa nationalité à son époux ou à ses enfants si elle est mariée à un étranger.
Serait-elle incapable, tout simplement simplette ou abandonnée par un mari/père ? Aurait-elle besoin elle-même de tutorat ? Si son mari décède, elle ne peut pas avoir la tutelle des enfants. Cette tutelle reviendrait au grand-père paternel, à l'oncle ou au tuteur désigné par le père avant son décès. Etc, etc.
Ces questionnements demeurent, hélas, sans réponse dans une société civique ou le confessionnel érige sa barrière, emprisonne le juridique, s'immisce dans le droit privé. Ce confessionnel qui se mêle de la vie privée des gens au nom de Dieu, entraîne l'obéissance et la soumission de la femme au nom de Dieu, donne son pouvoir à l'homme au nom de Dieu. En effet, la répudiation, les questions de tutorat et d'héritage dépendent étroitement des religions et des confessions. L'État ne s'en mêle pas.
Dans certaines religions, pour divorcer, la femme brandit ses dollars face aux messagers de Dieu qui deviennent sensibles à sa condition. Si elle est pauvre, les messagers de Dieu deviennent plus durs et ne pardonnent l'impardonnable qu'après un certain nombre d'années, le mariage étant un acte sacré que l'on ne peut aucunement rompre comme cela. Et nous en passons...
Les droits les plus élémentaires se fondent sur le confessionnel. Chez certains, elle se sent coupable d'avoir des cheveux, une nuque, un cou. Elle est coupable du regard de l'homme qu'elle sent sur elle. Elle le délivre alors de ce regard qui pervertit son corps et pour acheter sa conscience à lui, elle enchaîne son corps à elle et le couvre, encore une fois au nom de Dieu.
Finalement tout cela revêt une allure culturelle et sociétale où le questionnement n'est plus de mise, où tout acte devient conditionnement parce que à 5 ans, les questions de la petite fille sont étouffées, à 15 ans, sa révolte est masquée, à 30 ans sa situation est ancrée. Mais cette femme porte en elle une autre petite fille pour qui elle se doit de transmettre autre chose aussi que le nom de Dieu ; l'intégrité et le respect de sa personne, une identité, une fierté d'être pleinement femme, pleinement libanaise. Elle lui doit d'être cette femme reconnue qui peut prendre soin d'elle, celle qu'on ne peut pas répudier parce que soudain elle déplaît. Elle lui doit de lui permettre un jour de grandir libre, pour lui transmettre qu'au fond d'elle, elle n'est pas cette créature inférieure, mais une femme égale à l'homme avec qui elle peut marcher main dans la main.
En effet, elle est beaucoup plus que cette petite fille à qui on ne fait que tenir la main...


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