Les pays européens ont décidé de plans de relance dépassant les 100 milliards d'euros dans le cas de l'Allemagne, et l'administration Obama d'un plan de près de 900 milliards de dollars.
Ces plans, notamment aux États-Unis, prévoient des programmes d'investissement dans les infrastructures, la recherche, les nouvelles technologies et les énergies vertes, rappelant les grands travaux du New Deal américain des années 1930.
« On est dans un moment keynésien », constate Jean Pisany-Ferry, directeur de l'Institut Bruegel. Mais pour lui « il n'y a pas vraiment de changement de paradigme intellectuel » car « les États-Unis ont toujours fait usage de la politique budgétaire. C'est plus en Europe qu'il y avait l'idée qu'il fallait se focaliser sur l'absorption des déficits ».
Depuis le début de la crise financière, les autorités américaines et européennes ont également mis en place des plans de sauvetage des banques atteignant des centaines de milliards de dollars et d'euros.
Les États européens sont montés au capital de nombreuses banques ou les ont nationalisées. Même aux États-Unis, l'idée d'une reprise en main publique du secteur est sur la table, marquant un virage à 180 degrés par rapport à la doctrine du laisser-faire financier initiée par le président Ronald Reagan il y a 30 ans.
Sur le plan de la régulation des marchés, les pays qui ont participé à la réunion du G20 à Washington en novembre ont pris des engagements en faveur d'une plus grande transparence et veulent lutter contre les paradis fiscaux.
Le secteur automobile aussi fait l'objet d'aides, massives aux États-Unis, les constructeurs se voyant contraints en retour à accélérer la production de véhicules plus économes.
De quoi rappeler les théories colbertistes, du nom de Jean-Baptiste Colbert, père des politiques économiques de Louis XIV.
« C'est plus que du colbertisme, c'est de la planification », affirme Eloi Laurent, directeur adjoint de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).
« Dans l'automobile, c'est le retour de la politique industrielle sur une base nationale, qu'on n'avait pas vue depuis le plan acier en Europe dans les années 80 », renchérit Jean Pisany-Ferry.
Pour Benjamin Carton, économiste du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales), on « revient sur la période ouverte par Reagan ». Mais il ne croit pas à un réel changement de doctrine, y compris sur les marchés.
« Il n'est pas sûr qu'on ait un mouvement à long terme de retour de l'État ou de la régulation au-delà de deux ou trois ans. Prenez l'exemple du sauvetage des banques en Norvège dans les années 90. Le gouvernement est intervenu fortement puis s'est retiré. Les États n'ont pas vocation à être banquiers », explique-t-il.
« On ne va pas changer de capitalisme mais essayer d'améliorer la régulation. Ça fait quatre siècles qu'on se pose les mêmes questions. Après la crise de 1929, on a instauré la garantie des dépôts bancaires, qui évite que les gens retirent massivement leurs dépôts. La question, c'est d'où viendra la prochaine crise financière », poursuit M. Carton.
Jean Pisany-Ferry juge, lui, que les théories du laisser-faire et de l'autorégulation financière sont durablement écornées, mais s'inquiète de la remontée des tendances protectionnistes, observées notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni.
« La question lourde pour les gouvernements, c'est si, face à cette crise, ils parviendront à maintenir des éléments d'intégration internationale », conclut-il.


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