Qu'en est-il au Japon ? Il est possible de distinguer plusieurs traits saillants depuis 1999, si l'on observe la totalité des sociétés cotées à la Bourse de Tokyo. Tout d'abord, même si le gouvernement japonais a cherché à favoriser la R&D dans les entreprises en 1995 et surtout depuis 2001, les dépenses qu'elles ont enregistrées demeurent assez stables en proportion du chiffre d'affaires (près de 8 % pour le quintile le plus élevé). Cette relative stagnation n'empêche cependant pas le Japon de faire la course en tête lorsque l'on considère les dépenses de R&D par rapport au PIB (plus de 3 % pour le Japon, soit 1 à 1,5 point de plus qu'aux États-Unis ou en Europe), ou la part du financement de la R&D provenant de fonds privés (75 % au Japon, soit 10 à 20 % de plus que chez ses rivaux).
Autre constat, il existe une grande hétérogénéité d'un secteur à l'autre, non seulement bien sûr entre les firmes dont l'activité nécessite de la R&D et celles qui n'y recourent pas, mais également au sein même des industries les plus gourmandes en innovation (les écarts vont aisément du simple au double). Le déterminisme sectoriel, pas plus que celui de la taille, ne saurait donc suffire à expliquer les niveaux des efforts de R&D entrepris par les firmes.
Enfin, bien que le marché des actions ne valorise pas systématiquement plus les sociétés réalisant des efforts de R&D, on remarque que les écarts de rentabilité boursière les plus significatifs se creusent essentiellement entre les firmes réalisant de la R&D et celles qui n'en font pas. Un objectif de plus-values boursières doit donc se traduire avant tout par des choix sectoriels, et secondairement par une sélection de valeurs (« stock picking »). Autrement dit une stratégie allant du global au particulier (« top-down ») plutôt que des titres vers les marchés (« bottom-up »). Les investisseurs, au-delà des fonds investis en R&D, et c'est heureux, attendent donc d'en entrevoir les fruits. En la matière, la course à la taille ou les effets de seuil sont ainsi moins présents que dans les phases de production ou de commercialisation. Les arbres ne montent pas au ciel, dit l'adage boursier... même avec la meilleure recherche agronomique !
* Spécialiste de finance à l'Université de Poitiers, professeur à l'ESA
En coopération avec : ESA


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