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JEUNESSE - «?Biladi?», pour rendre le patrimoine libanais vivant aux 7-15 ans Des colonies de vacances pas comme les autres, où se mélangent histoire, nature et loisirs

REPORTAGE
25/06/2008
Faire visiter un site archéologique ou naturel à un enfant ou un adolescent n’est pas une mince affaire?: les vieilles pierres ne parlent pas d’elles-mêmes à des personnes aussi jeunes, il faut un savoir-faire tout particulier pour leur rendre l’histoire non seulement intéressante, mais vivante. Ce savoir-faire peut s’insérer dans un concept vieux d’à peine dix ou quinze ans appelé tourisme éducatif, qui tient beaucoup du tourisme culturel et écologique, mais qui s’adresse à un public le plus souvent très jeune, écoliers ou universitaires, désirant apprendre tout en prenant du bon temps. Tel est le concept dont une nouvelle entreprise, dite «?sociale?», appelée «?Biladi?» et dont la vocation est la promotion du patrimoine, a fait une spécialisation, afin de donner aux sorties scolaires et colonies de vacances (qu’elle lance cet été) une nouvelle dimension. Avec pour devise?: «?Apprendre est un plaisir.?» La fondatrice et présidente de «?Biladi?», Joanne Farchakh Bajjaly, journaliste et archéologue de formation, explique que «?le principe de base de notre travail, c’est que les jeunes apprennent en s’amusant?». «?Tout tourne autour du jeu, poursuit-elle. La sortie elle-même est préparée en fonction des jeux que nous avons élaborés. Généralement, les écoles font appel à nous pour donner suite à des cours d’histoire appris à l’école et nous travaillons avec les professeurs d’histoire et de langue. Notre rôle est de rendre les notions acquises plus concrètes.?» Mme?Bajjaly donne l’exemple d’une sortie de Biladi avec les élèves du Lycée franco-libanais au palais de Beiteddine. «?Les élèves avaient déjà étudié cette époque en classe, mais nous avons réussi à la leur rendre plus palpable, raconte-t-elle. Nous utilisons différentes techniques, comme les jeux de rôles dans ce cas. Tous les enfants se déguisent en costumes d’époque, jouant différents personnages. Ce faisant, ils réalisent, à travers les personnages qu’ils ont choisi d’incarner, les disparités sociales de l’époque qui sont bien différentes de celles d’aujourd’hui.?» Les bénéfices de ce genre de méthodes sont multiples. «?À la fin de cette journée, les enfants se rendent compte que Beiteddine, c’est en quelque sorte Versailles à l’échelle libanaise, dit-elle. Ils comprennent mieux pourquoi le règne de l’émir Béchir constitue une étape majeure de l’histoire du Liban. Ils intériorisent les informations et finissent par aimer l’histoire parce qu’elle leur est rendue vivante.?» Aimer l’histoire, mais aussi le site lui-même, insiste Mme Bajjaly. «?Le site historique ou archéologique prend à leurs yeux une nouvelle dimension, précise-t-elle. C’est dorénavant un lieu où ils ont des souvenirs personnels, d’autant plus qu’ils sont éblouis par son importance historique. Je me souviens de la réaction d’un élève de l’ACS lors d’une sortie à Baalbeck. Il avait visité ce site non moins de dix fois avec ses parents et le trouvait généralement ennuyeux. Au cours de notre sortie, nous avons travaillé l’échelle de grandeur, les techniques de construction et les cultes romains… À la fin de la journée, il a enlacé l’une des colonnes du temple de Bacchus en disant?: “Tu as deux mille ans, tu es plus vieille que mon père?!” Dans sa bouche, c’était la preuve qu’il avait tout compris et tout résumé en quelques mots.?» Pour mieux faire vivre aux enfants une époque donnée, «?Biladi?» organise in situ des activités, des ateliers d’art par exemple, afin de leur donner une idée des techniques artistiques anciennes, comme le travail de l’argile, la mosaïque, le verre soufflé, la création de bijoux… Ils suivent même des cours de cuisine antique, appliquant, par exemple, des recettes romaines authentiques, s’appropriant par le fait même l’histoire. «?Ces notions ne sont pas nouvelles en soi, précise Mme?Bajjaly. Elles sont appliquées dans des institutions et des sites prestigieux comme le British Museum, le Louvre ou encore le château de Chambord. La différence, c’est que dans ces cas, elles sont liées exclusivement à?l’activité d’un musée ou d’un site. Pour notre part, nous exerçons ce concept sur l’ensemble du territoire et, pour tous les sites du pays, avec des formules adaptées à chaque fois.?» Trois activités diversifiées par semaine «?Biladi?» a déjà collaboré depuis 2004 avec nombre d’écoles, dont le Lycée franco-libanais, l’American Community School (ACS), le Collège Louise Wegman, Rawda High School, Saint Mary’s School, Saydet el-Béchara. C’est suivant le même principe de sorties qu’elle s’adresse, durant les vacances scolaires de 2008, à une clientèle libre pour lui proposer des colonies de vacances pas comme les autres, intitulées «?Un été inoubliable?». «?Nous aurons les mêmes guides que pour les sorties scolaires, qui sont de véritables animateurs formés, ce qui les différencie des autres, souligne Mme?Bajjaly. Notre formule de colonie de vacances proposera trois sorties par semaine, l’une sur un site historique, la seconde sur un site naturel et la troisième dans un parc aquatique (ou autre lieu de loisirs). Cette dernière sera exclusivement consacrée aux loisirs, sachant que les deux autres, qui sont des sorties thématiques, permettront à l’enfant de s’amuser tout autant, avec des activités diversifiées, du théâtre, etc.?» Ces colonies, qui débuteront vers la mi-juillet, seront réservées aux enfants de sept à quinze ans. Les journées s’étendent de 8h00 à 17h00, ou à 18h00. Le transport vers le site (à partir d’un point de rencontre) est assuré et toutes les activités ainsi que les repas et l’assurance médicale sont inclus dans le prix. Les groupes de 15 à 20 enfants sont entièrement pris en charge par les animateurs. Les parents peuvent s’engager pour une sortie, ou alors pour un package allant de deux à dix sorties. Les prix varient, selon le package, de 25 dollars à 33 dollars (pour une sortie unique). Pour plus de renseignements, il est possible d’appeler le 01/219486 ou le 03/584244, ou de consulter le site Internet suivant?: www.thisisbiladi.com Il faut ajouter que, parallèlement à toutes ces sorties organisées à l’intention d’élèves d’écoles privées ou d’une clientèle hors du cadre scolaire, la fondatrice de «?Biladi?», fortement convaincue que le patrimoine ne devrait pas rester un luxe, a décidé de consacrer un pourcentage de 10 % des revenus de ces sorties pour organiser des tours similaires à l’intention des enfants des orphelinats. Promouvoir le patrimoine pour empêcher la rupture avec le passé À travers les activités de «?Biladi?» se profile un même souci de promouvoir le patrimoine libanais, historique et naturel, dont Joanne Farchakh Bajjaly, fondatrice et présidente de l’entreprise, a ressenti le besoin au cours de ses activités en tant qu’archéologue et journaliste. «?Je me suis rendu compte au cours de ma carrière de la rupture qui existe entre le Libanais et son passé, constate-t-elle. J’ai décidé de participer activement à combler, à ma façon, ce fossé. Je suis personnellement convaincue que les petits Libanais ont besoin, plus que les autres, de renouer avec leur passé. En effet, leur perception de l’histoire est lacunaire du fait qu’il n’existe pas de manuel d’histoire au Liban. Celle-ci leur est soit enseignée dans des manuels en langue étrangère, soit dans de très vieux livres, souvent dépassés.?» Elle assure travailler indistinctement sur tous les sites historiques. En tant qu’entreprise sociale, «?Biladi?» conçoit ses activités suivant le principe du commerce équitable, même avec une petite marge de gains. Le commerce équitable, est-il besoin de le rappeler, vise à établir un rapport d’échanges satisfaisants pour tous, avec pour principe d’aider des coopératives d’artisans ou des collectivités locales. Voilà pourquoi les activités de l’entreprise vont au-delà des sorties pour enfants. «?Nous voulons nous lancer dans un nouveau projet, celui du patrimoine comme outil de dialogue, souligne Mme Bajjaly. Il s’agira d’organiser des rencontres entre groupes de différentes régions, avec l’idée qu’ils se réunissent chacun dans la région de l’autre. Les discussions seront exclusivement centrées sur le patrimoine, mais avec l’objectif de rapprocher les gens.?» L’entreprise se fixe un autre objectif, celui d’aider les communautés locales à renforcer leurs capacités et exister sur un plan touristique. «?L’idée, c’est d’aider ces collectivités à développer un tourisme qui leur est propre, en mettant en valeur ce qui les caractérise, explique-t-elle. Nous comptons travailler avec les municipalités, les clubs culturels et autres autorités locales.?» Suzanne BAAKLINI

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