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Actualités - Chronologie

Aïn el-Héloué de nouveau sous la menace de l’escalade Jeanine JALKH

«Mécréants, mécréants, mécréants. » C’est par ces mots que les deux militants de Jund el-Cham ont désigné leurs victimes, avant de vider leurs chargeurs sur les deux corps. Les témoins qui ont assisté à l’assassinat, lundi, à Aïn el-Héloué, des deux gardes du corps du responsable militaire du Fateh, Mohammad Abdel Hamid Issa, alias Lino, abattus de sang-froid par des éléments de Jund el-Cham, racontent la haine et l’acharnement qui animaient les deux tueurs en action. Au lendemain d’un combat de plusieurs heures qui a opposé les unités du Fateh au groupuscule islamiste, le spectre d’une bataille interpalestinienne a recommencé à hanter les rues de ce camp à l’histoire tumultueuse. Désertés, les écoles et les commerces ne semblaient toujours pas décidés hier à reprendre leurs activités et les familles des victimes à enterrer leurs morts avant que l’incident tragique ne soit réglé et les auteurs du crime sanctionnés. La décision unanime des factions palestiniennes – « soixante-douze heures accordées pour que les coupables soient remis au comité palestinien de sécurité » – a rendu tout règlement à l’amiable impossible. Déterminés à en finir avec cette formation hybride qu’est Jund el-Cham – « une bande de hors-la loi de plus en plus indésirable sur les lieux » –, les factions palestiniennes laissent entendre que le recours à une opération militaire contre ce groupuscule n’est pas à exclure si les auteurs de ce double crime ne se rendent pas. « Nous préférons de loin un règlement pacifique à cette tragédie qui a ébranlé toute la sécurité à l’intérieur du camp », explique Mounir el-Maqdah, responsable militaire du Fateh. « Nous préférons que les deux éléments nous soient remis à temps. Sinon nous irons les chercher nous-mêmes là où ils se trouvent, sachant que cela coûtera à Jund el-Cham une cinquantaine de morts », dit-il. Retranchés depuis lundi soir dans un immeuble situé dans le quartier al-Taamir, les éléments de Jund el-Cham ne semblent pas disposés à lâcher deux des leurs. C’est sur Esbat el-Ansar, une autre formation islamiste du camp, que compte le Fateh pour ramener à la raison Jund el-Cham et le convaincre de remettre les deux assassins pour éviter au camp une nouvelle bataille violente. « Or, souligne une source informée, Esbat el-Ansar n’a pas intérêt à monter contre lui Jund el-Cham, et encore moins de le voir se développer car il perdrait alors le contrôle des islamistes au sein du camp. » Que se passera-t-il une fois l’ultimatum arrivé à expiration ? Qui se chargera de faire le « sale boulot » pour en finir avec ce que les réfugiés palestiniens considèrent désormais comme de véritables parasites au sein du camp ? Pour l’heure, la question reste entière, même si le Fateh affirme vouloir frapper d’une main de fer pour en finir une fois pour toutes avec les éléments de Jund el-Cham. Ce groupuscule avait été repoussé, il y a quelque mois, par l’armée libanaise en direction du no man’s land à l’entrée du camp. Certains éléments de Jund el-Cham avaient décidé de quitter les lieux, après avoir touché une compensation financière de la part de notables politiques de la région. Quelque-uns – « cinq ou six » selon Mounir el-Maqdah – ont été rejoindre le groupuscule de Fateh el-islam au Liban-Nord. Le reste, une cinquantaine de combattants, sont restés, « décidés à continuer à empoisonner la vie des réfugiés du camp », soutient une source palestinienne. Encore faut-il comprendre les motifs qui animent ces trouble-fête, et les objectifs réels derrière cet assassinat gratuit. Sur cette question, les théories sont multiples. Pour Maher Hammoud, membre du Rassemblement des ulémas musulmans, cet incident n’est pas innocent. Le dignitaire sunnite s’interroge notamment sur le timing choisi par les criminels et estime qu’il pourrait être lié à la proposition qui circule depuis quelque temps sur la formation d’une unité militaire relevant de l’OLP, qui serait chargée d’assurer la sécurité au sein des camps, un projet qui est resté lettre morte à ce stade, assurent les observateurs. Tout en refusant de faire un lien entre les incidents sécuritaires qui ont eu lieu, la semaine dernière, à Nahr el-Bared, où règne en maître quasi absolu Fateh el-islam, cheikh Hammoud rappelle cependant que les deux auteurs présumés du crime de Aïn el-Héloué « ont un passé lourd en matière de grabuge et de banditisme ». Reste à savoir si Jund el-Cham a effectivement orchestré cet acte meurtrier dans le but, comme l’affirment certains, « de divertir l’attention du camp de Nahr el-Bared et d’y faire baisser la tension qui y règne », depuis notamment les accusations qui ont pointé du doigt Fateh el-islam qui, selon les autorités libanaises, aurait commandité les attentats meurtriers de Aïn Alak. Mais quelles que soient les raisons derrière ce nouveau soubresaut, qui a érodé le semblant de sécurité dont jouissait ce camp depuis quelques mois, Aïn el-Héloué risque de connaître une nouvelle escalade dans les prochains jours, à moins de décider d’enterrer cette affaire, pour l’instant du moins… en attendant le prochain épisode.
«Mécréants, mécréants, mécréants. » C’est par ces mots que les deux militants de Jund el-Cham ont désigné leurs victimes, avant de vider leurs chargeurs sur les deux corps. Les témoins qui ont assisté à l’assassinat, lundi, à Aïn el-Héloué, des deux gardes du corps du responsable militaire du Fateh, Mohammad Abdel Hamid Issa, alias Lino, abattus de sang-froid par des éléments de Jund el-Cham, racontent la haine et l’acharnement qui animaient les deux tueurs en action.
Au lendemain d’un combat de plusieurs heures qui a opposé les unités du Fateh au groupuscule islamiste, le spectre d’une bataille interpalestinienne a recommencé à hanter les rues de ce camp à l’histoire tumultueuse.
Désertés, les écoles et les commerces ne semblaient toujours pas décidés hier à reprendre leurs activités et...