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Actualités - RENCONTRE

RENCONTRE - Son dernier roman « al-Antaki » est en librairie Chakib Khoury, ou les propos d’un «rawi»…

On l’attendait du côté des planches où ses pièces attestent de sa vitalité et de ses propos tranchants et sombres pour une société qu’il ne ménage guère. Et voilà qu’on le retrouve en devanture des librairies avec al-Antaki (éditions Bersan -158 pages), un roman mêlant les histoires les plus folles et les plus improbables de l’Orient aux portes de l’Asie mineure. Docteur en littérature dramaturgique et professeur universitaire, Chakib Khoury n’en a pas moins eu aussi la tentation de taquiner les muses. Une poésie sous-jacente qu’on percevait d’ailleurs dès le titre de ses pièces (Le piège ou la messe noire, L’île aux oiseaux, Des lapins et des saints) et dont les débordements ont conduit à ce troisième roman aux rebondissements à ressorts... Un roman aux images surréalistes, aux personnages picaresques, aux situations à la fois invraisemblables et réalistes comme seule la vie peu en générer en toute férocité et candeur. Rencontre avec Chakib Khoury dans un café d’Achrafieh pour parler de cet opus écrit dans une langue arabe simple, imagée, habitée indéniablement d’un certain souffle poétique, mais se couvrant de toutes les couches de l’imaginaire pour dénoncer la cupidité des êtres et leur besoin de salut, de rédemption et de renaissance dans la pureté des origines. Avec des cheveux blancs, un regard vif derrière des lunettes de myopie et une certaine nervosité pour mieux s’exprimer, le dramaturge et le romancier se fondent pour évoquer la naissance de ce livre à la fois dense et léger, fantaisiste et ludique, oscillant entre un conte inspiré, un témoignage sur l’histoire présente et un certain regard sur le passé. Dénoncer la réalité… «Tout remonte à l’époque de l’assassinat de Rafic Hariri, où je préparais ma sixième pièce de théâtre al-Zeer et Dr Faust. Non le Faust de Marlowe ou de Goethe, mais celui qui a réellement existé au XVe siècle et inspiré des auteurs. Quant au Zeer, c’est un personnage mythique arabe du Ve siècle. La rencontre, improbable par les faits historiques mais née de l’extravagance de la fiction, de ces personnages, tous deux voués à la cause de l’évolution de l’humanité, était une fabulation scénique pour tordre le cou à la stupide fidélité aux valeurs qui arrêtent tout épanouissement. Mais le marasme de la situation actuelle a freiné l’entreprise qui verra sans nul doute jour au début de la saison prochaine. Entre-temps a surgi cet Antaki qui habitait d’ailleurs mes premiers romans. Le personnage a pris de l’ampleur, du volume, de l’épaisseur et a exigé un retour aux sources. Le «rawi», c’est-à-dire le narrateur en moi, lui a donné alors voix au chapitre et le voilà caracolant au haut des pages à la recherche de l’orme de son enfance… C’est l’histoire d’un garçon de seize ans échoué à Achrafieh, qui fait fortune bien illicitement et avec tous les moyens détournés et indécents de la razzia, lors de la guerre de 1975 au Liban. L’argent ne rend pas heureux, ça on le sait et c’est pour cela que «l’Antaki», ce «papaze» enrichi durant l’absence de loi, tente de retrouver les traces de son grand-père. Un homme d’une grande probité, tout à fait aux antipodes de ses valeurs morales. Quête du sens de l’existence à travers la route de la soie, où le désert est un passage de purification, où un dromadaire nommé Sajed tient des discours savants, où le diable a la forme d’une femme à la beauté troublante avec pour nom Nejmet al-Leil (L’étoile de la nuit)…» À soixante-quatorze ans, Chakib Khoury a tout encore de la verve et de l’émerveillement de l’enfance: ce don rare de raconter et d’écouter des histoires à faire rêver, de jongler en toute impunité et innocence avec les idées, les personnages, les situations. En toute désarmante naïveté, sous le voile d’une narration poétique et symboliste, aux images baroques, soyeuses et colorées, l’auteur de Cabaret, mine de rien, brandit l’épée d’une virulente critique sociale qui dénonce corruption, luxure et déshumanisation. Par-delà le conte et la fiction amusante, voilà les travers et les revers d’une société en quête des valeurs qui rendent la vie moins injuste, moins cruelle, plus possible et surtout plus sainement humaine… Edgar DAVIDIAN

On l’attendait du côté des planches où ses pièces attestent de sa vitalité et de ses propos tranchants et sombres pour une société qu’il ne ménage guère. Et voilà qu’on le retrouve en devanture des librairies avec al-Antaki (éditions Bersan -158 pages), un roman mêlant les histoires les plus folles et les plus improbables de l’Orient aux portes de l’Asie mineure. Docteur en...