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Actualités - Opinion

ANALYSE Brammertz envisage la possibilité d’une nouvelle lecture des motifs Jeanine JALKH

Comme à son habitude, le chef des enquêteurs, Serge Brammertz, a remis un troisième rapport d’enquête d’un professionnalisme irréprochable, soignant la forme et la terminologie employée jusqu’à l’obsession, sans laisser échapper le moindre mot qui puisse compromettre l’avenir de l’investigation. Maniant à merveille l’art de dire les choses sans tout à fait les dire et de révéler de nouveaux éléments tout en laissant, lorsque besoin est, une latitude d’interprétation politique dans un sens comme dans un autre, le juge belge n’en pas moins lancé de nouvelles pistes de réflexion dont certaines pourraient être primordiales pour la progression de l’enquête. Parmi les révélations faites dans ce sixième rapport depuis la mise sur pied de la commission internationale, l’ouverture du champ d’investigation vers d’autres horizons ou hypothèses, dont celle de la « présomption » d’une piste aérienne, ainsi qu’une nouvelle « manière » d’interpréter les motifs réels qui ont pu conduire à commettre cet assassinat, voire peut-être les 14 actes criminels dont le lien « politique » a été clairement relevé dans le rapport. Sur ce point précis, le chef de la commission laisse entendre clairement que les raisons évidentes qui auraient pu inciter les commanditaires à tuer – notamment, la prorogation du mandat du chef de l’État, la résolution 1559, un éventuel succès du Premier ministre Rafic Hariri aux élections législatives si elles devaient se tenir, l’affaire de la banque al-Madina, ou tous ces éléments réunis – pourraient également être autant de motifs « apparents » qui auraient pu pousser les commanditaires à les exploiter, pour s’en servir comme « couverture appropriée avec l’intention véritable de propulser au premier rang des accusés certains individus ». Cette remarque – qui reste à ce stade une simple hypothèse – est d’ailleurs liée à la volonté, clairement exprimée par le chef des enquêteurs, d’examiner d’autres pistes voire d’autres directions que celles suivies jusque-là, ce qui non seulement élargit le champ d’action du travail de l’équipe d’investigateurs, mais y rajoute une bonne dose de complexité. Techniquement parlant, les conclusions auxquelles est parvenu le juge belge au sujet de la modalité de l’explosion sont d’autant plus intéressantes qu’elles laissent entrevoir – outre le fait que les échantillons humains relevés sur place appartiennent à une seule personne, le kamikaze en l’occurrence – une nouvelle piste : la possibilité que l’explosion ait pu être télécommandée par un « moyen aérien », comme le relève M. Brammertz. Tout aussi important au plan de la technique de déflagration, la confirmation, une fois pour toutes, que celle-ci a eu lieu en surface, ce qui pourrait entraîner des conséquences importantes sur la nature et le degré d’implication – si elle se vérifie – des quatre généraux détenus en prison. Sur ce point précis, le juge belge avance d’ailleurs une affirmation primordiale concernant ce qu’il a appelé le « rapport de crédibilité » de l’un des témoins en relation avec l’arrestation des quatre généraux. Tout en s’abstenant de révéler au grand public son véritable « sentiment » au sujet de la crédibilité du témoignage avancé par Mohammad Zouheir Siddik dans le cas particulier des quatre détenus – l’investigateur souligne clairement que son avis sur la question pourrait être pertinent pour ce qui est de l’arrestation des généraux. Last but not least, le juge belge affirme que l’enquête a atteint « un stade critique » ou « décisif » (critical stage) dans son investigation. Un terme que l’on peut interpréter positivement ou négativement selon ce que l’on veut y voir, d’où l’importance, rappelle M. Brammertz, de ne divulguer aucun nom en cours d’examen, dans le respect du principe de justice et d’équité afin de mieux garantir les droits de la défense. Bref une affirmation que les observateurs pourront commenter à loisir et dans la direction qui leur convient, d’autant que la commission d’enquête internationale n’a plus que six mois pour clore son dossier avant de le transmettre au tribunal international.
Comme à son habitude, le chef des enquêteurs, Serge Brammertz, a remis un troisième rapport d’enquête d’un professionnalisme irréprochable, soignant la forme et la terminologie employée jusqu’à l’obsession, sans laisser échapper le moindre mot qui puisse compromettre l’avenir de l’investigation. Maniant à merveille l’art de dire les choses sans tout à fait les dire et de révéler de nouveaux éléments tout en laissant, lorsque besoin est, une latitude d’interprétation politique dans un sens comme dans un autre, le juge belge n’en pas moins lancé de nouvelles pistes de réflexion dont certaines pourraient être primordiales pour la progression de l’enquête.
Parmi les révélations faites dans ce sixième rapport depuis la mise sur pied de la commission internationale, l’ouverture du champ...