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Actualités - Opinion

Quand meurt le Phénix Pr Antoine COURBAN

Entendez-vous leur voix qui se brise d’émotion quand ils évoquent le Liban en le comparant fièrement au Phénix ? Ils croient que la seule évocation de cet étrange animal suffit à conjurer le sort qui s’acharne sur les villes côtières de l’ancienne Phénicie Maritime. Ça leur donne bonne conscience et ça leur évite, surtout, de s’interroger sur leur part de responsabilité dans les malheurs de notre pays. Vous êtes-vous jamais interrogé sur la bizarrerie de ce Phénix dont on veut, à tout prix, faire un symbole de la pérennité du Liban ? Ne trouvez-vous pas cet oiseau grotesque et ridicule ? Il ne cesse de devoir mourir à force de vouloir ressusciter. La mort est l’unique raison d’être de cette monstrueuse créature en incessante agonie. À ce titre, le Liban mérite largement d’avoir pour emblème ce volatile comme d’autres brandissent leur coq, leur léopard, leur aigle mono ou bicéphale. Sous les pavés, la plage, disait-on en 1968. Sous les lampions de la fête, la pestilence de la mort. Tel est le pays du Phénix. Ne sentez-vous pas cette odeur pestilentielle qui monte de nos entrailles ? Ne voyez-vous pas ce cortège lugubre de tous nos mensonges ? Depuis la nuit des temps, nous avons confondu la fourberie paysanne avec l’intelligence politique et nous avons érigé le mensonge au rang de catégorie de l’esprit. En 397 de notre ère, la ville d’Antioche, capitale du Levant, fut le siège d’insurrections violentes contre l’empereur Théodose, qui entraînèrent ruines et désolations à une des plus belles villes du monde antique. Le rhéteur Libanios, homme sage, ne savait où donner de la tête afin de calmer les uns et les autres et les ramener à la raison. Il ne cessait de dénoncer le rôle néfaste des résidents « phéniciens » à Antioche, qui ne faisaient qu’entretenir l’insurrection car ce sont, selon lui, des fauteurs de troubles par nature. Le pauvre Libanios leur reprochait de détruire la principale caractéristique du mode de vie des citoyens d’Antioche, cet intraduisible « kekarismenon » que l’expression « douceur de vivre » est loin de rendre. Regardez autour de vous, mais regardez partout. A-t-on jamais vu une telle fascination du gouffre ? A-t-on jamais vu une jeunesse en fleur tourner le dos à la vie, au bonheur simple, aux joies élémentaires du printemps et leur préférer l’orgasme des foules cimentées par la haine ? A-t-on jamais vu des intellectuels, des universitaires, renoncer au discours rationnel, oublier la recherche du bien commun et se laisser engloutir par les imprécations de l’Identitaire ? Qui aurait pensé que Beyrouth, la Cité-Mère-des-Lois, serait un jour la capitale du pays des enclos du tribalisme identitaire ? Rappelez-vous ces professeurs des universités allemandes des années 1930 qui préféraient renoncer à la vérité pourvu que vive l’Allemagne du Führer. Mais comment faire entendre raison à la jeunesse du Liban ? Comment l’empêcher de construire un authentique fascisme, celui de l’ordre brun et noir, alors qu’elle n’est plus en mesure de retenir les leçons de la guerre civile de 1975 à 1990. Cette fois-ci le Phénix qui meurt est un oiseau qui a décidé de renoncer à ce qui lui restait encore de cervelle depuis sa mort précédente. Article paru le Vendredi 08 Décembre
Entendez-vous leur voix qui se brise d’émotion quand ils évoquent le Liban en le comparant fièrement au Phénix ? Ils croient que la seule évocation de cet étrange animal suffit à conjurer le sort qui s’acharne sur les villes côtières de l’ancienne Phénicie Maritime. Ça leur donne bonne conscience et ça leur évite, surtout, de s’interroger sur leur part de responsabilité dans les malheurs de notre pays.
Vous êtes-vous jamais interrogé sur la bizarrerie de ce Phénix dont on veut, à tout prix, faire un symbole de la pérennité du Liban ? Ne trouvez-vous pas cet oiseau grotesque et ridicule ? Il ne cesse de devoir mourir à force de vouloir ressusciter. La mort est l’unique raison d’être de cette monstrueuse créature en incessante agonie. À ce titre, le Liban mérite largement d’avoir pour emblème ce...