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Actualités - Opinion

Chroniques de «Fiannaland» Pr Antoine COURBAN

En langue gaélique, « Fianna » signifie « Tribu ». « Fiannaland » est un lieu hors du temps et de l’espace. C’est le pays de l’identitaire tribal qui échappe à toute intelligibilité rationnelle. Il est la négation même du temps historique, celui du devenir ; ce temps que notre liberté affirme, que les notions de démocratie et de justice illustrent et que nos cultures fécondent. Pour Joseph O’Connor, l’écrivain irlandais, Fiannaland serait ce point de nos entrailles où la « maladie identitaire » fait le plus de ravages. « C’est un lieu, écrit-il, où des événements arrivés il y a des siècles sont discutés avec l’âpreté corrosive d’une douleur toute récente » ; où des tragédies arrivées à d’autres, morts il y a longtemps, sont racontées comme si nous-mêmes en étions les victimes actuelles. À Fiannaland, l’ombre d’une compréhension vis-à-vis d’un voisin est impossible, et ce d’autant plus que le voisin n’appartient pas à la même « fianna ». À l’opposé, le même « Fiannalandais » vit, avec les compagnons passés de sa propre tribu d’il y a 500 ans, en communion aussi étroite et profonde qu’avec sa propre famille actuelle. Fiannaland n’est pas une destination touristique. Nul panneau pour vous accueillir sauf celui imaginé par Dante Alighieri au-dessus de la porte des enfers : « Toi qui entres ici, abandonne tout espoir. » À Fiannaland, les larmes sont intarissables, les blessures ne cicatrisent jamais, nulle consolation ne vient secourir les affligés, nulle miséricorde n’éclaire la nuit du remords et nul pardon n’étanche la soif du repentir. À Fiannaland, il ne se passe rien : hier, aujourd’hui et demain ne forment qu’un instantané, lugubre et permanent, de l’essence intemporelle de la tribu. Les Fiannalandais ne sourient pas, car ils souffrent de leur unique obsession et maladie : l’Autre. Ils sont soulagés quand ils parviennent à donner un nom à cet Autre. Voilà enfin ce bouc émissaire dont la mort les purifiera de leurs scories et leur permettra de poursuivre la contemplation de l’immobilité de leur être en tout point semblable au néant. Nul projet de cité ne peut émerger en ces lieux. L’espace public y est un abîme sans fond car sans territoire. Faire mémoire est déjà un oubli car le futur n’existe pas à Fiannaland et l’avenir ne peut être le lieu de tous les possibles. Fiannaland est un glacis cadavérique. Les Libanais sont écartelés entre un projet vacillant, celui de la cité, et la certitude des multiples Fiannaland libanais. Tel est l’enjeu qui se profile actuellement : d’un côté, la diversité individuelle formant les foules contradictoires du 14 Mars ; de l’autre, la cohésion de la foule cimentée du 8 Mars. L’heure du choix a sonné. On ne peut appartenir, à la fois, à Fiannaland et à la cité au sein du même espace public. Que veulent les jeunes Libanais ? Être de simples Fiannalandais chiites, maronites, sunnites, orthodoxes, druzes, etc ; ou tout simplement des hommes libres, des citoyens ?
En langue gaélique, « Fianna » signifie « Tribu ». « Fiannaland » est un lieu hors du temps et de l’espace. C’est le pays de l’identitaire tribal qui échappe à toute intelligibilité rationnelle. Il est la négation même du temps historique, celui du devenir ; ce temps que notre liberté affirme, que les notions de démocratie et de justice illustrent et que nos cultures fécondent.
Pour Joseph O’Connor, l’écrivain irlandais, Fiannaland serait ce point de nos entrailles où la « maladie identitaire » fait le plus de ravages. « C’est un lieu, écrit-il, où des événements arrivés il y a des siècles sont discutés avec l’âpreté corrosive d’une douleur toute récente » ; où des tragédies arrivées à d’autres, morts il y a longtemps, sont racontées comme si nous-mêmes en étions les victimes...