Si la résolution 1701 a mis fin, officiellement du moins, aux hostilités entre Israël et le Liban, elle n’en a pas moins créé une confusion au plan de l’interprétation de la teneur du texte et de sa mise en application. Celle-ci laisse planer un doute autour de la notion de « sécurisation des frontières et autres points d’entrée » que les autorités libanaises sont invitées à rendre complètement étanches, notamment à l’introduction illégale d’armes dans le pays.
C’est à cette fin que s’évertuent conjointement les forces de sécurité libanaises et l’armée qui s’activent, depuis plusieurs jours, à mettre en place un système sécuritaire efficace et proche des standards internationaux.
Ainsi est né, il y a deux jours, le fameux « Comité national conjoint de sécurité », sous la présidence du directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Achraf Rifi, avec pour objectif d’honorer leur engagement en matière de contrôle sécuritaire, sur base de la 1701, « en assumant, le plus professionnellement possible, et en concertation, leurs tâches sur le terrain ».
Le comité, qui regroupe des représentants des FSI, de la Sûreté générale, du service de renseignements de l’armée, et des Douanes, a un rôle « essentiellement consultatif » en matière sécuritaire. « Cette initiative ne vise en aucun cas à substituer un organisme sécuritaire – en l’occurrence les FSI – à un autre, mais plutôt à mettre en place un système de coordination et de centralisation des décisions au plan de la sécurité », comme l’explique le général en charge Achraf Rifi.
Au regard des complications politico-militaires et des risques de sabotage qui se profilent à l’horizon depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu précaire, « toute lacune ou faiblesse de la part des organismes sécuritaires en place et, par extension, du gouvernement libanais nous coûtera très cher », insiste le directeur général des FSI qui assure que les opérations sécuritaires sur le terrain « seront exclusivement professionnelles et techniques, loin des tiraillements politico-communautaires ».
M. Rifi faisait allusion aux informations de presse qui avaient fait état de « velléités de prépondérance » d’un organisme sécuritaire donné – relevant des forces du 14 Mars – sur les autres organismes, notamment sur la Sûreté générale et, en partie, sur l’armée, deux institutions connues pour leur sympathie envers le Hezbollah.
« Ces affirmations sont complètement infondées », déclare le directeur général des FSI, qui explique qu’il y a eu un grand malentendu sur la question du comité conjoint, qui n’est autre qu’« une collaboration technique et professionnelle en vue de plus d’efficacité et de suivi sur le terrain ».
« Ce comité n’a d’autre fonction que d’effectuer des études et de déterminer les lacunes, notamment du point de vue matériel sécuritaire. En aucun cas les FSI ne se substitueront au rôle de la Sûreté générale, encore moins à l’armée. Chaque organisme continuera d’assumer ses responsabilités et de remplir ses tâches comme prévu, à la différence près que les FSI auront une présence un peu plus renforcée à l’aéroport pour pallier l’absence des éléments de l’armée envoyés en mission au Sud », affirme Achraf Rifi.
Ce dernier tient à rassurer tous ceux qui craignent que ces nouvelles mesures prises au sein des organismes de sécurité ne soient dirigées contre « une partie libanaise quelconque », en laissant entendre « que le Hezbollah n’a émis aucune objection sur la création du comité mixte dont la mission principale sera de soumettre un rapport au Conseil des ministres pour déterminer les lacunes ou violations aux points de passage ».
Même son de cloche chez une source sécuritaire proche du Hezbollah, qui, tout en mettant en garde contre les multiples pièges que recèle la résolution onusienne, persiste et signe :
« Notre force réside dans notre collaboration. Personne ne sortira vainqueur si l’on continue à considérer les organismes sécuritaires sous un angle confessionnel », affirme cette source.
« Nous avons une mission claire, nette et précise : interdire tout trafic d’armes à travers les points de passage terrestres, maritimes et autres. Nous exécutons les ordres du gouvernement conformément à la résolution 1701. Sur le terrain toutefois, nous devons faire preuve d’imperméabilité aux influences politiques. Que les politiques, eux, règlent leurs comptes entre eux et nous laissent assumer nos responsabilités », ajoute la source sécuritaire.
Une position louable, certes, mais qui paraît un peu utopique dès lors qu’il s’agit de concrétiser les dispositions de la résolution onusienne, dont le caractère flou laisse la voie libre à une pléthore d’interprétations qui ne sont pas toujours dans l’intérêt du Liban et de sa souveraineté.
Il en va ainsi notamment de l’article 14 de la résolution, qui prévoit la sécurisation « par le gouvernement libanais de ses frontières et autres points d’entrée », et « prie la Finul de prêter assistance au gouvernement libanais sur sa demande ».
Comment définir l’assistance requise dans ce cadre et serait-elle réductrice de la souveraineté libanaise ?
Pour Achraf Rifi, l’assistance de la Finul n’est autre que « technique », à savoir un « soutien en matériel et en équipements qui permettraient aux différents organismes sécuritaires libanais de s’acquitter au mieux de leur mission ». Certains pays européens, notamment l’Allemagne, ont été sollicités, toujours pas le biais de l’ONU, « pour leur expertise et pour nous fournir un nombre de scanners suffisants qui nous habiliteront à mieux contrôler la circulation des marchandises aux différents points de passage », précise le directeur des FSI qui insiste une fois de plus sur la « pauvreté en équipements des forces de sécurité ».
Cela ne signifie en aucun cas qu’une force quelconque viendra se substituer à l’armée – qui s’est déployée au Sud, mais aussi aux différents points de passage terrestres à la frontière avec la Syrie – ou à la Sûreté générale et aux Douanes – qui continuent d’exercer leurs prérogatives à l’aéroport et aux frontières terrestres –, encore moins aux organismes sécuritaires traditionnels en charge des ports de Beyrouth, Saïda, Tyr et Tripoli, laisse entendre le général Rifi.
Des propos qui seront corroborés par la source précitée, qui affirme : « Le commandement de l’armée a fait entendre son mot. Aucune présence de la Finul ne sera tolérée en dehors de la zone de la ligne bleue. Les portes et points de passage resteront sous le contrôle exclusif de l’armée et des forces de sécurité », souligne la source.
Cela suppose, certes, un nouveau forcing diplomatique de la part du gouvernement libanais, désormais engagé, sur l’ensemble de ses frontières et points d’entrée, dans une bataille autrement plus acharnée pour préserver son indépendance et sa souveraineté. La balle est entre les mains de l’armée et des forces de sécurité en charge qui doivent aujourd’hui, plus que jamais, faire leurs preuves sur le terrain. Encore faut-il que les responsables politiques leur confèrent le soutien nécessaire en faisant front commun.
Jeanine JALKH
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C’est à cette fin que s’évertuent conjointement les forces de sécurité libanaises et l’armée qui s’activent, depuis plusieurs jours, à mettre en place un système sécuritaire efficace et proche des standards internationaux.
Ainsi est né, il y a deux jours, le fameux « Comité national conjoint de sécurité », sous la présidence du...