Vingt-huitième semaine de 2006.
La bonne, d’abord, ou la mauvaise nouvelle ?
Il y en a tellement peu, de bonnes, qu’il vaut mieux les écrire/lire avant les mauvaises – comme cela, en cas de malheur, si l’on crève avant d’avoir fini d’écrire/lire, ce sera au moins sur quelque chose de plutôt réjouissant, de moins glauque.
La bonne, donc.
Israël a justifié son offensive psychopathe contre le Liban par son besoin d’en finir ad vitam avec le Hezbollah et ses armes, et il est rare de voir l’État hébreu reléguer le sort de ses soldats au troisième plan. Véritablement désireux d’imposer un radical new deal dans la région, l’Iran et la Syrie lui ont ainsi offert, grâce au rapt exécuté par le Hezb, une occasion en or. Ehud Olmert et ses hommes, comme la misère sur le peuple, se sont jetés sur l’aubaine, avec, derrière la tête, l’autre fantasme de tout gouvernement israélien : empêcher son seul rival en matière de tourisme, d’intellect, de démocratie, d’investissements, de prospérité, d’attraction, etc. de ressusciter, de lever sa tête, de muscler ses jambes, et de s’envoler. Si beaucoup d’Israéliens souhaitent sérieusement la paix avec le Liban et l’ouverture des frontières, l’État hébreu (comme le régime des Assad, et sans doute aussi, soutiennent d’aucuns, l’actuel pouvoir iranien) n’est rassuré que lorsque le Liban se débat dans les ruines, les guerres civiles, la crasse ; l’État hébreu n’a jamais été aussi tranquille que lorsque le Liban se métastasait dans cette tutelle syrienne qu’il a toujours encouragée. L’occasion de jeter de nouveau ce voisin au réveil bien encombrant dans de très moyenâgeux cloaques était un rêve, que l’opération du 12 juillet a rendu possible. La guerre d’Israël contre la formation de Hassan Nasrallah s’est ainsi, à peine déclarée, transformée en volonté délibérée de détruire tout un pays. Ce faisant, Olmert et ses hommes ont permis quelque chose d’urgent, de beau : la nouvelle et quasi-indiscutable unanimité des Libanais contre le gouvernement israélien et sa politique. C’est précieux, en attendant que le déclic se fasse dans l’autre sens, que les Libanais dans leur quasi-totalité comprennent que le régime au pouvoir en Syrie n’est pas, non plus, leur ami.
La mauvaise, maintenant.
En allant provoquer Israël sur son territoire, en violant la ligne bleue sans demander l’aval et même l’avis du gouvernement, et, surtout, en prenant le total contre-pied de l’État libanais qui a appelé mille et une fois à un cessez-le-feu ; c’est-à-dire en déclarant, sans aucun état d’âme, une guerre ouverte contre une ultrapuissance militaire, Hassan Nasrallah contribue pleinement, encourage certainement et légitime finalement le plongeon du Liban dans sa préhistoire – une protohistoire –, le suicide du wanna be Switzerland again, le clonage de Gaza. Mais les Libanais, du maronite kesrouanais patron d’un petit restaurant de poissons en bord de mer aujourd’hui déserté au chiite revenu d’Afrique et qui a construit une superbe villa en plein Sud et qui la voit aujourd’hui en ruines, en passant par le sunnite beyrouthin ou le druze de la montagne et leurs commerces, ces Libanais, tous ces Libanais ne sont pas des Palestiniens. Ces Libanais n’ont pas de vocation au martyre, ni le culte du sang, celui des haut-parleurs mobiles faisant la tournée des popotes ou celui de l’enivrante odeur de soufre, ni la moindre envie de satisfaire les fantasmes syro-irano-israéliens, ni de faire la guerre des autres pour les autres. Ces Libanais, qui ont prouvé qu’ils étaient prêts à tous les sacrifices pour assurer la souveraineté, l’indépendance et la libre décision de leur pays, aussi bien que la démocratie et la primauté de l’État, du droit et de la vaillance des soldats de l’armée, tous ces Libanais veulent, une fois cet objectif atteint, sanctifier le juste, le vrai et le beau. Ce qui se fait aujourd’hui n’est ni juste ni vrai, et encore moins beau.
Il reste une troisième nouvelle.
Tiraillés, harassés, par la boucherie d’Israël, l’aventurisme hyperinconscient de Hassan Nasrallah et les mains coupées du gouvernement Siniora (qui se doit de réagir avec une fermeté implacable contre la guerre ouverte décidée, c’est inouï, par le seul patron du Hezb, mais qui ne sait pas comment le faire sans provoquer un boucan communautaire d’enfer), les Libanais sont appelés aujourd’hui, s’ils ne veulent pas se dissoudre dans ce mortel triangle, à se solidariser d’une façon optimale avec quiconque d’entre eux qui sera soumis aux fureurs israéliennes, mais aussi avec ce gouvernement qui n’a pas su, malgré sa bravoure et sa ténacité, éviter le double piège qui lui a été pourtant si grossièrement tendu. Aujourd’hui, il n’y a que cela qui compte, et si les Libanais triomphent de cette épreuve dont ils se seraient volontiers passés, ce sera une autre très heureuse nouvelle.
Parce que tôt ou tard, encore une fois, sonnera l’heure fatidique des explications, et, surtout, celle de rendre des comptes. Nul, encore une fois, n’y échappera.
Ziyad MAKHOUL
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Il y en a tellement peu, de bonnes, qu’il vaut mieux les écrire/lire avant les mauvaises – comme cela, en cas de malheur, si l’on crève avant d’avoir fini d’écrire/lire, ce sera au moins sur quelque chose de plutôt réjouissant, de moins glauque.
La bonne, donc.
Israël a justifié son offensive psychopathe contre le Liban par son besoin d’en finir ad vitam avec le Hezbollah et ses armes, et il est rare de voir l’État hébreu reléguer le sort de ses soldats au troisième plan. Véritablement désireux d’imposer un radical new deal dans la région, l’Iran et la Syrie lui ont ainsi offert, grâce au rapt exécuté par le Hezb, une occasion en or. Ehud Olmert et ses hommes, comme la misère sur le peuple, se sont jetés sur...