Le rapport publié il y a quelques semaines par l’association non gouvernementale, Transparency International, relève un regain sensible de la corruption, et ce aux quatre coins du monde.
Un bilan alarmant, qui peut s’expliquer par la crise économique, mais aussi par une perte vertigineuse de l’éthique politique qui a coïncidé avec la faillite des idéologies partisanes, jadis garde-fou par excellence de l’espace public.
Parallèlement, l’échec patent des administrations à gérer au quotidien les biens communs a prêté le flanc aux critiques lancées par un secteur privé qui ambitionne aujourd’hui de corriger les égarements cumulés des fonctionnaires publics et des politiques.
Ainsi, la déliquescence se globalise et s’impose comme le nouveau mal du siècle. Un mal d’autant plus ressenti dans les pays du tiers-monde, que le blocage des institutions et l’absence des pratiques démocratiques laissent le champ libre à la cupidité humaine.
Le Liban, malheureusement, ne figure pas en bonne position au tableau noir des scandales.
Classé 97e sur une liste de 146 pays, le pays du Cèdre a reculé de 19 places selon une étude effectuée par Transparency International.
Caractéristique particulière de notre pays et de l’ensemble des pays dits « émergents », selon un euphémisme moderne : corrupteurs et corrompus bénéficient d’une impunité à toute épreuve.
Al-Madina, Sukleen, la catastrophe de Cotonou, « les affaires » du ministère de l’Agriculture et des dérivés pétroliers, la Caisse noire du Casino, et plus récemment le trou noir de la CNSS. Autant de titres annonciateurs de scandales qui ont marqué la mémoire des citoyens, lesquels attendent toujours de voir les responsables, sinon jugés, du moins désignés.
Des affaires éclatent au grand jour, du moins une bonne partie d’entre elles, sans que la justice ne sanctionne les auteurs des délits et sans que l’opinion publique n’en soit suffisamment informée .
Et c’est ainsi que le peuple perd toute confiance dans les hommes au pouvoir et que la société civile se contente de pointer un doigt accusateur vers les auteurs présumés des « affaires », et renonce à sa mission d’enclencher le mouvement de réforme.
Certes, on pourrait toujours arguer que la grande corruption a de tout temps existé. Mais, alors qu’elle se limitait auparavant à quelques personnalités ou sphères influentes –, elle a fini aujourd’hui par s’institutionnaliser.
Cela ne justifie en rien l’apathie dans laquelle se complaît le citoyen. Celui-ci en oublie même que la solution reste, en définitive, entre ses mains, tant il est vrai, même dans les régimes les plus autoritaires – l’Ukraine en est l’exemple le plus récent –, qu’il est, en définitive la seule source du pouvoir, en l’occurrence, celui du « changement ».
Au Liban, la recrudescence de la corruption a coïncidé avec l’avènement
des grands projets de reconstruction et avec le flux des capitaux qui ont très tôt suscité la convoitise des hommes gravitant dans l’orbite du pouvoir. Récemment, le gouvernement a multiplié les déclarations d’intention allant dans le sens de la réforme. Reste à joindre l’acte à la parole, et à montrer, à une opinion publique plus sceptique que jamais, que l’épuration aura véritablement lieu, et que les réformes deviendront possibles. Le bouleversement survenu au sein de l’administration de la Sûreté générale, érigée en modèle de réforme, peut être dupliqué.
À titre d’exemple, le rapport qui vient d’être publié sur les raisons du crash de l’avion à Cotonou devrait être suivi d’effet, à savoir le versement d’indemnités aux familles des victimes. Une occasion pour le gouvernement de prouver sa bonne foi.
Une chose est sûre : tant que le système féodal, clientéliste basé sur le népotisme perdurera, rien ne se fera, les bénéficiaires de cette équation étant ceux-là mêmes qui la perpétuent, selon l’adage : « Qui donne ordonne. »
Et tant que la justice n’aura pas coupé le cordon ombilical avec ceux qui traient l’État – une vache laitière exsangue –, on ne pourra que difficilement s’attaquer aux germes de la corruption.
L’inertie des organes de contrôle – plus contrôlés que contrôleurs – et de la justice s’explique par le phénomène de la « décentralisation de la corruption ».
Celle-ci ne se limite plus à quelques individus, ou aux seuls politiques, désormais, tout le monde ou presque participe à cette déliquescence.
Ainsi le système consensuel devient un « consensus autour du partage du butin » et non « un consensus sur l’équilibre intercommunautaire ».
Quant au rôle attendu de l’organe suprême de contrôle, à savoir le Parlement, il se trouve neutralisé par le fait qu’une bonne partie des députés « ne sont plus, depuis bien longtemps, comptables envers le peuple, mais le sont devant la Syrie, qui s’est érigée en “expert comptable”, répartissant les biens après en avoir retiré la part du lion », selon un expert.
Bref, un bilan d’autant plus lourd de conséquences que « le Liban – contrairement aux riches pays du Golfe qui ne figurent pas en meilleure place du point de vue éthique – ne peut pas (ne peut plus) supporter le coût élevé de cette corruption», ajoute l’expert. Si la petite corruption reste financièrement (mais non éthiquement bien entendu) « tolérable » dans une certaine proportion, dans la mesure où elle permet de faire fonctionner une économie en détresse, la grande corruption, elle, est inadmissible dans un pays qui se trouve au bord du gouffre et où tous les seuils de tolérance ont déjà été dépassés.
Comment guérir d’un tel fléau ? Par où commencer ?
« Par le haut aussi bien que par le bas », répond le spécialiste précité convaincu que la sensibilisation des membres de la société, combinée à un lobbying efficace exercé auprès des responsables, pourra un jour juguler ce mal contagieux.
La tenue d’élections transparentes pourra être, en l’occurrence, le début d’une solution avec l’avènement d’une nouvelle génération de dirigeants probes et responsables devant leurs électeurs.
De l’avis d’un ancien ministre, « seule la restitution à la classe moyenne et aux intellectuels de leur rôle d’avant-garde permettra d’en finir avec cette décadence », une chance que cette espèce en voie de disparition doit saisir derrière l’isoloir, lors de prochains scrutins.
Jeanine JALKH
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le rapport publié il y a quelques semaines par l’association non gouvernementale, Transparency International, relève un regain sensible de la corruption, et ce aux quatre coins du monde.
Un bilan alarmant, qui peut s’expliquer par la crise économique, mais aussi par une perte vertigineuse de l’éthique politique qui a coïncidé avec la faillite des idéologies partisanes, jadis garde-fou par excellence de l’espace public.
Parallèlement, l’échec patent des administrations à gérer au quotidien les biens communs a prêté le flanc aux critiques lancées par un secteur privé qui ambitionne aujourd’hui de corriger les égarements cumulés des fonctionnaires publics et des politiques.
Ainsi, la déliquescence se globalise et s’impose comme le nouveau mal du siècle. Un mal d’autant plus ressenti dans les pays du...