Les populations sémitiques qui peuplèrent dans l’antiquité le territoire couvrant aujourd’hui la Syrie, le Liban et Israël, provenaient probablement des plateaux de Zagros. Elles s’installèrent dans cette région, vers le milieu du IVe millénaire av. J-C. À leur nouveau lieu de résidence, elles donnèrent le nom de Canaan, ce qui veut dire lieu de sédentarisation(1), c’est pourquoi les habitants de ces régions furent appelés Cananéens. Ceux d’entre eux qui s’établirent le long de la côte septentrionale y trouvèrent un milieu aux conditions caractéristiques, et s’y adaptèrent avec un rare bonheur, au point d’acquérir une identité nationale différente. Il s’agit d’une bande côtière s’étendant sur plus de 400 km, mais qui est fermée, à l’arrière, par la chaîne montagneuse du Liban, avec des sommets atteignant les 3 000 mètres. La profondeur moyenne est à peine de 50 km, et souvent les hauteurs descendent jusqu’à la mer avec des promontoires rocheux qui coupent la côte en de nombreux tronçons non communicants. Agriculteurs experts, les Cananéens-Phéniciens ont exploité toutes les ressources de leur terre rare mais fertile, cultivant l’olivier, le blé, la vigne, le figuier, le palmier-dattier, le grenadier; mais avec l’accroissement de la population, ils eurent à pâtir de la rareté des ressources alimentaires. Pour se procurer le blé, le vin, et l’huile auprès d’autres pays plus favorisés par la nature ils se tournèrent vers la mer, vers le commerce, et développèrent un artisanat très évolué, dont les produits pouvaient constituer une marchandise d’échange. Ils devinrent a insi de grand navigateurs. Les premiers à franchir les Colonnes d’Hercule Marins intrépides, les Phéniciens, furent les premiers à franchir les Colonnes d’Hercule, à sillonner les océans, à naviguer autour de l’Afrique six siècles av. J-C. Constructeurs de navires rapides, ils s’initièrent aux mystères du soleil et de la Petite Ourse pour s’orienter en explorant terres et mers : ils eurent des caravanes pour sillonner les déserts, et des flottes pour traverser les mers et les océans et fonder des entrepôts qui devinrent parfois des empires. Négociants avisés aux échanges bien calculés, ils troquaient joyaux, ivoires, camées du meilleur artisanat contre de l’or et de l’argent. Architectes de génie, on leur doit les premières habitations de l’histoire bâties en pierre à Birot (Beyrouth) et à Byblos ainsi que le Temple du roi Salomon et les murailles fortifiées de Byblos et de Beyrouth. La première impératrice des mers fut Carthage la grandiose, elle fut aussi la première martyre de l’intolérance et de la xénophobie. Ce peuple ne fut-il pas le premier à découvrir la transparence du verre ? On a trouvé des traces très anciennes de pâte de verre chez les Égyptiens et les Babyloniens, mais ce fut certainement à la suite de la multiplication des comptoirs sur les côtes de la Méditerranée que la pâte vitreuse, perfectionnée dans ses formes et dans ses réalisations, partit à la conquête du monde. Les Phéniciens ont imaginé l’alphabet, cette invention considérée comme le plus admirable tournant de l’histoire de l’humanité. Elle fut donnée aux Grecs par Cadmos ainsi que la civilisation thébaine et, par l’entremise de Cumes, aux Latins. Quant à la pourpre, ils n’eurent pas de concurrents : avec la teinture soignée de l’étoffe, cet art se transforma en outil de puissance économique. Pour la domination de la Méditerranée occidentale, dont elle fut la maîtresse royale, Carthage vainquit Rome et l’humilia. Ensuite, elle en subit la vengeance meurtrière. Son peuple fut éliminé de l’histoire : ennemi pour toujours, son souvenir fut effacé de toutes les mémoires. Seuls deux grands personnages restèrent inscrits dans la mémoire du temps, à jamais indélébiles : Hannibal, le général stratège des grandes batailles, et Didon Elissa des amours perdues, qui inspira Virgile et Dante, Clementi et Purcell, Raphaël et Turner. Au XIXe siècle, Flaubert fut séduit par Salammbô et, avec son poème épique, il exhuma des décombres l’épopée du peuple carthaginois. Ce livre resta, pour un certain temps, le seul document de référence concernant la Phénicie et Carthage, jusqu’à ce que leur civilisation devienne l’objet d’une des plus extraordinaires aventures archéologiques. Actuellement, des dizaines et des dizaines d’équipes archéologiques travaillent sur toutes les terres du bassin méditerranéen et sur les côtes nord et sud de l’Atlantique pour traquer les événements, les personnages, les inventions, les aliments les costumes, les coutumes, la technique de la navigation, la finesse du commerce, les dieux, les rites et enfin les sites de cette civilisation : depuis Mozia et Tharros, encore habitées par leurs fantômes, jusqu’à Carthage devenue une oasis résidentielle, et jusqu’à Beyrouth au Liban, partagé entre les richesses et les tragédies. L’expansion du commerce L’expansion du commerce dans tout le bassin méditerranéen se développa à partir du XIIe siècle av. J-C, dans ce «vide du pouvoir» qui suivit le passage destructif et en coup de vent des peuples de la mer. Autour de 1 100, les Phéniciens étaient déjà arrivés à s’établir à Utique en Tunisie et à Cadix sur la côte atlantique de l’Espagne. Au IXe siècle, nous les trouvons à Chypre (attirés par les mines de cuivre), à Malte et en Sardaigne, au VIIe siècle en Sicile. Les Phéniciens ne furent pas des colonisateurs, au sens strict du terme, c’est-à-dire qu’ils ne cherchaient pas à transplanter dans de nouvelles résidences une population excédentaire; ce qui importait pour eux, c’était d’établir des points d’appui maritimes, des escales et des entrepôts susceptibles de constituer une sorte de chaîne commerciale; ils n’avaient aucun intérêt à occuper des territoires, ni à assujettir les populations indigènes. Protéger les flottes Ces postes devaient seulement assurer protection à leurs flottes et sécurité contre les assauts provenant du côté de la terre : c’est pourquoi ils choisissaient d’habitude de petites îles proches de la côte (tel était le cas de Tyr, leur cité la plus importante et la plus célèbre), ou bien des promontoires étroits, faciles à barrer, pourvus toutefois de baies protégées contre le vent. Avec le temps, ils ne tardèrent pas à creuser des bassins artificiels, avec d’étroits canaux d’accès, et à protéger les habitations à l’aide d’enceintes de murailles et de tours. Enfermées dans des espaces restreints, les cités phéniciennes étendirent les habitations sur plusieurs étages, et l’habileté des constructeurs s’affirma dans les digues, les citernes, les ponts et les canaux. L’intervalle entre ces escales fut établi sur la base de la distance couverte par une journée de navigation, de sorte qu’il fut toujours possible de passer la nuit à l’abri d’un port ami. Dans leurs transactions commerciales, les Phéniciens adoptèrent le troc tout simple, étant donné que le peuples primitifs avec lesquels ils étaient en contact ne connaissaient pas la monnaie. À une époque relativement tardive, nous voyons apparaître les monnaies de Tyr avec le dauphin, la coquille ou la chouette, et celles de Carthage avec le cheval et le palmier. Les marchandises qu’ils exportèrent furent d’abord des produits de luxe de l’artisanat domestique : coupes, sceaux, bijoux, parures, amulettes, colliers en pâte de verre, étoffes teintes avec le jus produit par la putréfaction d’un mollusque (le murex), très abondant à l’époque sur la côte libanaise. Suivant le traitement, on obtenait une couleur qui variait du rose au violet foncé (la fameuse pourpre). Fondeurs de verre et de bronze, excellents charpentiers, non seulement les Phéniciens étaient d’habiles constructeurs de navires, mais ils retiraient aussi, des vastes forêts du Liban, le bois de cyprès et de chêne, et surtout les grand troncs si recherchés du cèdre parfumé. Quand le roi Salomon, au milieu du Xe siècle avec J-C voulut construire le grand Temple de Jérusalem, il eut recours au roi Hiram de Tyr, qui lui envoya ses ouvriers experts, et avec de l’or, de l’argent, des bois précieux, en échange de blé, d’huile et de vin. (Les Hébreux s’établirent dans le sud du pays de Canaan, considéré par la Bible comme un pays prospère; ils n’avaient qu’à cueillir les fruits du labeur des Cananéens). Le long des routes de la Méditerranée, les Phéniciens cherchaient surtout les métaux, les céréales, les matières exotiques et précieuses; ils n’excluaient pas le commerce des esclaves, sans doute produits de quelque razzia. Dans l’Odyssée, Homère évoque un Phénicien «expert en ruses, un larron qui avait fait beaucoup de mal parmi les hommes», et cite des gens enlevés par «ces navigateurs fameux, mais fripons, qui portent un nombre infini de colifichets sur leur noir navire» (parce qu’enduit de poix). Les parfums de l’Orient Au VIe siècle av. J-C, le prophète juif Ezechiel décrit Tyr comme «un navire d’une beauté parfaite qui étend ses possessions au cœur des mers», du vaste réseau de son commerce il indique que la cité négocie les cèdres du Liban, le buis de Chypre, le lin et les broderies d’Égypte, les tapis et les cordes de la Mésopotamie, les selles de cuir et les moutons d’Arabie, l’or, l’ivoire, les singes et les paons d’Afrique, les parfums et les pierres précieuses de l’Orient, les esclaves et le bronze des rives de la mer Noire, le vin et la laque de Syrie, les chevaux et les mulets d’Arménie, le blé, le miel, l’huile et les parfums de la Judée, le fer, le plomb, l’étain et l’argent d’Espagne. Armant des navires sur les rives de la mer Rouge, les Phéniciens, poussèrent jusqu’au Yémen, peut-être même en Somalie; en 600 av. J-C, ils contournèrent l’Afrique; vers 450, avec Himilcon, ils atteignirent l’Irlande; quelques années plus tard, avec Hannon, ils côtoyèrent le continent Noir jusqu’au Cameroun; ils poussèrent leur itinéraire jusqu’à Madère, les Canaries, et les Açores. Dépositaires de richesses immenses, divisés en petites cités-États indépendantes, ils attirèrent la convoitise des puissants voisins de l’intérieur : Assyriens, Babyloniens, Perses, et furent contraints à des traités continuels, au paiement de tributs exorbitants, ils subirent des sièges et des destructions. Après sa victoire sur les Perses, Alexandre le Grand voulut soumettre Tyr; il réunit l’île à la terre ferme par un terre-plein, et, en 332, il enleva la cité; un grand carnage s’ensuit, ce qui marqua la fin de la Phénicie d’Asie. 1- Canaan n’est pas un nom conventionnel forgé de toutes pièces. La racine K N’donne le sens de s’établir, demeurer, s’installer. Les Cananéens sont les «sédentaires» civilisés, par opposition aux «nomades».
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