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Reportage - Lutte gréco-romaine, ou « Mbataha » La nostalgie des grands champions

REPORTAGES
08/12/2000
C’était ce qu’on appelait la «belle époque». L’époque des grands champions. Notre fierté nationale. Des années trente jusqu’au début de la guerre, soit en 1975, le Liban comptait de grands champions, de grands lutteurs qui, de par leur force de caractère, leur sérieux, rivalisaient avec les plus grands noms mondiaux de l’époque. Ce qu’on appelait dans nos villages libanais la «Mbataha» était au départ la spécialité de nos valeureux montagnards. C’est grâce au travail des vétérans Youssef Barza, Alexandre Dobritch et Élias Fattal, qui, dans les années vingt, importèrent les vrais règlements de la lutte gréco-romaine. La discipline gagna petit à petit nos villes et de plus en plus d’athlètes se laissèrent tenter par ce sport qui demande une forme physique irréprochable et un niveau mental imperturbable. Dès lors, de nombreux clubs se formèrent et le niveau de nos jeunes spécialistes, grâce à une volonté de fer, allait atteindre très vite celui des grands d’Europe. Parmi les pionniers de la lutte gréco-romaine au Liban, citons le remarquable Sélim Farhat, qui forma bon nombre de nos grands champions, de Rachad Malki, de Mohammed Kaaki, grand champion des années 40 et président de la fédération de lutte en 1937, et de Nassif Majdalani, fondateur de la même fédération quelques années plus tôt. Bref retour nostalgique à cette période d’or que traversa le Liban, à travers les victoires et les exploits de ses nombreux champions. Tout commença véritablement en 1933. Cette année, on assista à l’émergence d’un nom : celui du grand, du très grand Edmond Zeenni. Celui qui deviendra plus tard le «lion libanais» battait à la surprise générale le champion d’Europe de l’époque, Lesangado. Edmond Zeenni était un grand champion. Véritable héros national, il fut vainqueur des plus grands championnats mondiaux. Il pratiquait plus exactement le «pancrace» ou «catch professionnel». Après lui, viennent Négib Yassine, Elie Bijjani, Jean et André Saadé. Une période faste donc, marquée en 1946 par la victoire de nos lutteurs face à l’équipe égyptienne, l’une des meilleures au monde. En 1948, aux Jeux olympiques de Londres, Charif Damage se classe quatrième. Quelques mois plus tard, Safi Taha est second du championnat du monde de Stockholm ! Pas mal non ? Les années cinquante virent Zakaria Chéhab donner au Liban sa première médaille olympique. Il termine alors vice champion. À Naples, en 1953, notre sélection se classa 8e sur 23 équipes professionnelles. La palme revenait à Élie Naassan, qui battait le champion olympique soviétique Pounkine. En 1957, Jean Saadé enlève la médaille d’or aux Jeux panarabes. Les années soixante furent moins spectaculaires que les précédentes malgré deux médailles d’or, quatre d’argent et sept de bronze, ramenées du Caire en 1965. La mort du «lion» Edmond Zeenni en 1972 et le début de la guerre sonna le glas de cette discipline, véritable fierté nationale. De nos jours, la lutte gréco-romaine et le catch ne se pratiquent presque plus au Liban. Et c’est dommage. Cette discipline fait partie des espèces en voie de disparition, dans le monde entier d’ailleurs. Le Liban ne fait pas exception à la règle. La lutte n’attire plus, n’est plus à la mode, comme on dit. Les temps changent. Nos jeunes préfèrent s’intéresser à une bonne course de Formule 1 qu’à un bon combat de catch. Au niveau médiatico-économique, on est loin du football ou du tennis. Peut-être faudrait-il «renouveler» ce style d’activité pour attirer de nouveau le public libanais. Pourquoi ne pas présenter cela comme un sport-show, comme aux États-Unis ? Une forme plus spectaculaire pourrait peut-être relancer ce sport. Raji GABRIEL

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