Rien à faire : c’est l’image du «comique» qui persiste et s’impose lorsqu’on évoque la carrière de Jack Lemmon. Il est vrai que ses rôles d’amuseur ont été plus nombreux que ses performances dramatiques. Mais dans de nombreuses comédies, l’accent satirique était poussé si loin (jusqu’à frôler une méchanceté acerbe, en particulier dans les films réalisés par Billy Wilder) qu’on aurait pu qualifier Jack Lemmon de «comique sérieux». Dans ce dernier registre, il faut mentionner The Apartment (60), avec Shirley MacLaine – The Fortune Cookie (66), avec Walter Matthau – The Front Page (74), encore avec Matthau trois films de Billy Wilder. Il n’empêche, l’extraordinaire numéro de travesti réussi par Lemmon, aux côtés de son complice Tony Curtis et de Marilyn Monroe dans Some Like It Hot, en 59 (toujours Wilder aux commandes !) reste inoubliable. Les titres abondent mais le meilleur – vous ne vous en étonnerez pas – relève de la filmographie de Billy Wilder : Irma la Douce (63), avec une Shirley MacLaine étincelante, évoluant dans un Paris de fantaisie aux clichés stylisés. Le grand public adopta le tandem Lemmon-Matthau dès leur premier essai : The Odd Couple, de Gene Saks (68). Trente ans plus tard, soit en 98, une suite (The Odd Couple II, d’Howard Deutch) fut un échec regrettable. La dégringolade allait s’aggraver avec le concours de cabotinage entre les deux partenaires dans Grumpy Old Men (Donald Petrie – 93) et Grumpier Old Men (Howard Deutch – 95). Vraiment pénible. Mais la fin s’approchait : Walter Matthau devait mourir en 99. Jack Lemmon comédien doué (aussi) pour la drame ? Son palmarès est éloquent. En voici un aperçu : en 62, il incarne un alcoolique dans Days Of Wine And Roses, de Blake Edwards, aux côtés de Lee Remick ; en 79, il s’occupe des problèmes de l’énergie nucléaire aux États-Unis dans The China Syndrome, avec Jane Fonda, le film étant réalisé par James Bridges ; en 82, il se mêle aux drames politiques de la dictature au Chili, dans Missing, de Costa-Gavras (Lemmon «meilleur acteur» à Cannes) ; en 86, dans That’s Life !, encore de Blake Edwards, il est marié à Julie Andrews, atteinte de cancer. On pourrait citer d’autres exemples. Dans tous les cas de figure – une expression qui convient aux comédiens – Jack Lemmon a fait son travail consciencieusement, sans ostentation déplacée. Bref, avec un talent affiné par l’expérience, jamais pris en défaut. Il aimait à dire : «Il y a, ancré en moi, quelque chose de très contemporain et d’américain». En précisant – ce qui n’est pas sans importance à Hollywood – «un bon acteur se doit d’être cultivé et, à ce propos, mes études ne m’ont jamais gêné». Dernier détail. On dit souvent, un peu de n’importe qui, «c’est un gars sympa». C’était vraiment le cas pour Jack Lemmon : tout le monde l’aimait bien.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Rien à faire : c’est l’image du «comique» qui persiste et s’impose lorsqu’on évoque la carrière de Jack Lemmon. Il est vrai que ses rôles d’amuseur ont été plus nombreux que ses performances dramatiques. Mais dans de nombreuses comédies, l’accent satirique était poussé si loin (jusqu’à frôler une méchanceté acerbe, en particulier dans les films réalisés par Billy Wilder) qu’on aurait pu qualifier Jack Lemmon de «comique sérieux». Dans ce dernier registre, il faut mentionner The Apartment (60), avec Shirley MacLaine – The Fortune Cookie (66), avec Walter Matthau – The Front Page (74), encore avec Matthau trois films de Billy Wilder. Il n’empêche, l’extraordinaire numéro de travesti réussi par Lemmon, aux côtés de son complice Tony Curtis et de Marilyn Monroe dans Some Like It Hot, en 59...