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Patrimoine - Le père Lammens a organisé à l'Alba un atelier de restauration Les icônes libanaises sauvées d'une mort lente (photo)

REPORTAGES
26/05/1999
Lancé en novembre 97, l’atelier de restauration d’icônes de l’Alba est dirigé par le père Antoine Lammens, le célèbre religieux belge, grand ami du Liban. Six personnes y travaillent à sauver des icônes en détresse, mais apprennent tout également sur ce métier encore balbutiant au Liban. Il y a deux ans, le directeur de l’Académie libanaise des Beaux-Arts, M. Georges Haddad, se rend à Paris pour rencontrer le père Antoine Lammens. Il lui propose de venir à Beyrouth afin d’organiser, à l’Alba, un cycle de restauration d’icônes de deux ans, à titre d’expérience. Le père Lammens indique qu’«un grand nombre d’icônes libanaises sont en très mauvais état et risquent d’être perdues. Or, on ne peut pas laisser périr ce patrimoine culturel chrétien». Il rappelle qu’en 1987, à l’initiative du métropolite grec-orthodoxe Georges Khodor, un premier lot de 41 icônes avait été transféré en Europe, pour restauration. Des icônes appartenant pour la majeure partie à la communauté grecque-orthodoxe, mais aussi quelques icônes grecques catholiques. «Il n’existait pas sur place de centre scientifique pour la mise en état de conservation de ces icônes», explique-t-il. «On m’a donc demandé de superviser cette opération, qui a duré neuf ans». Arrivé à Beyrouth, le père Lammens s’attelle donc à la mise au point d’un programme pour une formation scientifique, historique, archéologique, théologique et pratique. Il établit ensuite une liste du matériel nécessaire pour faire démarrer un atelier : produits chimiques, binoculaires, radiations électromagnétiques, hydromètres, etc. Tout cela est expédié d’Europe, notamment d’Allemagne et d’Italie. Enfin, l’ouverture de l’atelier pour l’année académique 97-98 est annoncée par voie de presse. L’annonce est accompagnée d’un appel à candidature. Après entretien, sept personnes sont retenues. L’une d’entre elles ayant dû abandonner en cours de cycle, l’atelier ne compte plus aujourd’hui que six membres. Théorie et pratique Les matinées sont consacrées aux cours ; les après-midi, aux travaux pratiques. La formation théorique est assurée par le père Lammens, mais aussi par plusieurs personnes. Un professeur pour le grec ; un autre pour l’introduction à la liturgie. L’historien d’art Mahmoud Zibawi donne pour sa part un cours sur l’histoire de l’iconographie. L’atelier a reçu la visite d’un professeur de l’Université de Leyde, en Hollande, pour une introduction à l’iconographie copte. Cet archéologue et historien d’art a fait l’inventaire des icônes coptes du Musée du Caire. En fin de cycle, les «restaurateurs» de l’atelier devront passer des épreuves de contrôle, «car cette formation est sanctionnée par un diplôme de l’Institut des arts plastiques», indique le père Lammens. «Ce diplôme sera valable à l’étranger, par équivalence». Les «restaurateurs» de l’Alba travaillent sur des icônes provenant du patriarcat d’Antioche. Pamela, 22 ans, en est à sa quatrième pièce, une icône de la Transfiguration. Pour elle, la restauration est «une sorte de miracle. On a entre les mains une icône complètement noircie et délabrée. On commence à restaurer et on découvre des merveilles. Par ailleurs, poursuit-elle, on contribue à sauver notre patrimoine chrétien et cela est très important. Car si on ne faisait rien, on n’aurait plus de quoi prier». Manque d’information Pamela étudiait les arts sacrés à l’USEK lorsqu’elle a lu dans un journal l’annonce de l’Alba. «Comme je cherchais quelque chose de plus palpable, et que je connaissais la réputation du père Lammens, j’ai immédiatement répondu à l’appel», dit-elle. Après ce cycle, elle souhaiterait suivre des études d’Histoire de l’art, d’archéologie et de chimie, pour compléter sa formation de restaurateur. Claudine est diplômée de l’Alba en architecture d’intérieur et est professeur de dessin et de peinture. «Au Liban, on est très mal informé de tout ce qui concerne la restauration, et c’est dommage», note-t-elle. «Personnellement, cette formation m’a donné une autre vision de l’icône et m’a beaucoup enrichie. J’espère pouvoir persévérer dans ce domaine où l’expérience reste la meilleure école. Notre patrimoine est notre richesse, notre histoire. Si nous pouvons aider à le faire durer, c’est merveilleux». Diplômé en architecture d’intérieur, Ziad, 25 ans, est heureux de sentir qu’il fait quelque chose pour le pays. «Lorsque je parle de mon travail, les gens montrent toujours de l’étonnement et de la curiosité», affirme-t-il. «Mais toujours positivement». Se pencher pendant plusieurs heures d’affilée sur une icône, n’est-ce pas fatigant ? «Au contraire, c’est relaxant», répond-il. «Je chante dans ma tête, je me perds dans mes pensées». Selon Léna, architecte et mère de famille : dans la restauration, on peut apprendre à l’infini. J’ai beaucoup appris, notamment à savoir apprécier la valeur des choses», dit-elle. Incertitude sur l’avenir de l’atelier Marlène, styliste, souhaiterait garder le contact avec les membres de l’atelier. «On pourrait former une petite association, pour continuer à faire de la restauration d’icônes», dit-elle. «C’est une culture très profonde, qui a changé ma vision des choses. Maintenant, je vois plus et mieux». Aujourd’hui, le cycle de restauration de l’Alba est près de se terminer. Les six disciples du père Lammens ont acquis une formation sérieuse, qu’ils entendent tous poursuivre et approfondir. Quand à l’avenir de l’atelier, rien n’a encore été décidé. Le père Lammens, qui a eu de graves problèmes de santé, n’a pas pu s’engager pour un deuxième cycle. «Durant ces deux années, nous avons reçu de nombreuses visites et sollicitations. Mais nous avons dû refuser tout le monde, ce qui n’était agréable pour personne», insiste-t-il. Et pourtant, l’expérience a été très positive. «Je pense que nous avons réellement réalisé quelque chose», affirme-t-il. «Ce qui est plus important que le diplôme, c’est l’habileté et les capacités du groupe qui a été formé. Ces personnes sont la meilleure propagande pour créer quelque chose», conclut-il. Jusque-là, un Libanais intéressé par la restauration devait quitter le pays pour une formation à l’étranger. Si l’atelier du Père Lammens porte des fruits, il en sera peut-être autrement, dorénavant.

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