Finale explosive pour le festival de Baalbeck 98. Excentrique et innovateur, le show d’Urban Sax- Urbi Flat et des orgues à feu. 21h . Baalbeck. L’entrée du temple de Jupiter est masquée par un grand drap blanc. Dehors, les spectateurs attendent patiemment un signe, quelque chose qui leur indique le début du show. On croit entendre la voix éthérée d’une chanteuse. Le rideau se lève. Comme attirée par le chant d’une sirène, la foule s’avance dans la cour héxagonale du temple de Jupiter. D’abord indécis, les spectateurs s’immobilisent au milieu de la place. Les têtes tournent, les yeux scrutent , les oreilles se tendent. A gauche, juchée sur un rocher, drapée dans une toge pourpre, une chanteuse. Un peu en retrait, un berger promène ses moutons ! Sur une plate-forme, trois danseuses, le corps enduit d’une peinture métallique, exécutent des mouvements lents . Odeur de café; dans un coin meublé à l’orientale — coussins par terre et man’al — un villageois en costume traditionnel offre thé et café à la ronde. Sur le côté doit de la cour, un instrument à feu crache des sons étranges. Dans les alcôves du site , des musiciens sont nichés. Des sons émanent des quatre coins de la cour. Des commentaires fusent: «Cette musique est bizarre, mais, dans ce site, cela forme un tout très impressionnant », « L’exploitation visuelle du cadre est très intéressante », «Yi chou original », «Les sons que l’on entend sont tellement éclectiques que, pour une fois, la sonnerie du cellulaire n’est pas trop mal placée » . Les conversations s’ arrêtent, les regards se tournent vers le fond de la cour : d’abord à peine perceptible, un son continu se rapproche et s’amplifie. Un par un, les membres de Urban Sax entrent lentement en file indienne. Dix-neuf, vingt, vingt et un... Ils seront finalement une bonne trentaine. Tous ont un saxophone aux lèvres et tous sont vêtus d’une même combinaison blanche : ils ressemblent à l’équipe d’entretien d’une centrale nucléaire. Sans cesser de jouer, il se fraient un chemin à travers le public... Ce dernier, tout naturellement, les suit dans une lente procession rythmée par la musique des saxophones qui les mènera dans le temple de Jupiter. Là, chacun prend sa place. Là , sur la scène et sur trois autres plates-formes entourant le public, une soixantaine de musiciens, danseurs et choristes donneront en sons, images, fumée et feu un show multidimensionnel spectaculaire. Il est assez simple d’expliquer ce qu’Uban Sax fait, mais il est malheureusement impossible de décrire l’impact personnel du groupe. Une architecture sonore La musique d’Urban sax est avant tout basée sur la spécialisation du son, d’où l’importance du choix des lieux de concert. Tout est fait durant le concert pour créer l’idée d’une « architecture sonore», notamment par le placement de groupes de saxophonistes en cinq points différents entourant le public. Le positionnement et le déplacement des musiciens créeront des mouvances de sons répandant des «lointains sonores». Chaque musicien intervient comme une source sonore autonome et mobile. Une des particularités de la musique d’Urban sax est le «son continu». L’omniprésence de ce son se déplaçant autour de l’auditoire est la base sur laquelle s’échafaudent les différents moments du concert. Le son continu vit et se module par les subtiles différences de timbres et de tessitures des saxophones. Depuis 1977, Urban Sax écume le monde en multipliant les interventions musicales, métamorphosant les lieux de ses passages en délires de sons et d’images, créant une chorégraphie architecturale, gestuelle et sonore littéralement inouïe. Les concerts d’Urban Sax sont des spectacles en perpétuelle transformation, des rituels qui tiennent compte de la configuration des lieux où ils se déroulent et qui associent, avec une fantaisie sans cesse renouvelée, la magie du visuel à celle du sonore : enveloppement des musiciens dans de larges bandes de plastique transparent comme au Palace à Paris, recouvrement de ces derniers par les immenses araignées acryliques du sculpteur italien Donato Sartori comme à Nancy, division en petits groupes juchés sur des chariots élévateurs en action comme à Rennes, ou voguant sur les gondoles comme à Venise. A Baalbeck, le temps et l’espace se sont confondus. Entre les allusions à l’époque romaine et les nombreuses représentations futuristes , on ne savait plus si cette musique était primitive ou apocalyptique.... Sans doute les deux à la fois...
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