«En réalité, dit-il, la finance et l’art ne sont pas incompatibles. Il est connu que les toiles de maîtres sont le meilleur investissement qui soit». Il a dès lors ouvert, quartier Gemmayzé, un «mini-musée» comme on dit un mini-market.
Rabih Moujaes avait entamé une carrière de comptable, en Grèce en 1975. Il a ensuite sillonné l’Europe, repris des études aux States. MBA de l’Université de Boston en poche, il s’installe à Bruxelles avant de retourner définitivement, en 1994, à Beyrouth. Ici, son violon d’Ingres devient son métier.
«Je vends des tableaux de maîtres résolument authentiques; je fournis une expertise et une évaluation des tableaux et je restaure les anciennes toiles». En contact permanent avec les grandes maisons de vente aux enchères d’Europe et des Etats-Unis, il conçoit sa boutique, «Fine paintings» comme une centrale d’achat pour les antiquaires locaux. C’est d’ailleurs dans les salles de vente et les expos qu’il est devenu expert. La connaissance théorique, l’histoire de l’art, il les a acquises, deux ans durant, à l’Ecole académique royale des Beaux Arts de Bruxelles.
Rabih Moujaes est également peintre mais n’expose pas encore, préférant peaufiner sa technique d’abord.
Sérieux sans se prendre au sérieux, il émaille ses propos de traits d’esprit, lance une flèche ironique mine de rien. Il s’exprime avec un brin de précipitation, comme quelqu’un qui aurait peur qu’on lui coupe la parole et qui ne serait pas capable, ensuite, d’en reprendre le fil.
Deux étages
Sans fausse modestie, Moujaes déclare que «parfois, dans les salles de vente internationales, des marchands sollicitaient mon avis sur telle ou telle œuvre d’art. Et il m’arrivait aussi de corriger ou de donner des indications plus précises sur la provenance, la valeur d’une œuvre».
Il indique par ailleurs que: «pour mettre sur pied cet antre de l’art j’ai écumé le vieux continent et visité les réserves des musées comme celles des antiquaires de province».
L’antre en question est situé sur deux étages dans une maison style 19e. Authentique toiles des maîtres du siècle dernier, meubles moulus et ciselés, toute une collection de bibelots, de bronzes et de sculptures datant d’époques prestigieuses: Restauration, Biedermeier, Charles X, Louis - Philippe et Napoléon III. Au second étage, une salle entièrement consacrée aux marines. Des toiles soigneusement sélectionnées de manière à couvrir les différents styles ou tendances de 1850 à 1950. Commençant par l’Ecole hollandaise et la tout aussi éminente Ecole anglaise du XVIII siècle, en passant par les néo-impressionnistes de la fin du siècle dernier et finissant par des toiles de peintres belges de réputation mondiale.
Un autre espace rassemble des toiles de genre et des portraits. Des natures mortes plus vraies que nature, des scènes mondaines font un heureux mariage avec les secrétaires Charles X, les guéridons et dressoirs Biedermeier et les incontournables méridiennes du Second Empire.
«Le patrimoine belge s’est révélé particulièrement riche en matière de tableaux de qualité», souligne-t-il.
Il affirme ensuite qu’«investir dans l’art seulement pour placer son argent n’est pas recommandable, même si certains l’ont fait avec succès. Le plaisir esthétique de détenir et d’accrocher un beau tableau dans son salon doit rester, à mon avis, le facteur déterminant dans toute décision d’achat. Ceci est valable autant pour les professionnels que les novices. Si vous achetez ce que vous aimez alors vous aurez toujours une image à apprécier même si le marché de l’art suit une baisse de la demande».
«Le futur investisseur doit d’abord définir quel genre de peinture il préfère: décorative, intellectualisée comme celle des artistes avant gardistes du 20e siècle... Ensuite vient la question purement spéculative: voulez-vous placer vos fonds dans un domaine actuellement sous - évalué, sur un marché qui vient juste de décoller dans votre pays ou à l’étranger, ou voulez-vous participer au boom sur des œuvres déjà considérées comme des placements sûrs dans l’espoir qu’elle vont continuer à augmenter?». Et de poursuivre: « de l’art, il faut arriver au moment opportun autant qu’avoir bon goût l’acheteur avisé regardera de près la qualité de chaque œuvre plutôt que de faire confiance à la réputation de l’artiste et aux résultats des ventes précédentes. Il prendra soin d’évaluer les qualités techniques de la peinture pour éviter la tentation de se concentrer seulement sur le sujet».
«Pour réussir sur le marché», conclut-il. C’est indiscutable, car les goûts et les couleurs, n’est-ce pas...
M.G.


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