Evelyne Accad enseigne depuis 23 ans le français, la littérature comparée, d’études africaines, d’études de la femme et du Moyen-Orient à l’Université Illinois. Elle a également enseigné en 1978 et en 1984 au BUC de Beyrouth et en 1991 à la North Western University.
«La littérature de fiction des écrivains femmes dans le monde arabe et en Afrique du Nord existe depuis soixante ans seulement. Durant cette période relativement courte, nous pouvons suivre un développement rapide du thème, de la forme et de la technique divisibles en quatre périodes».
— De 1945 à 1955, anxiété biculturelle et perte d’identité parmi les écrivains Nord-Africains.
— Entre 1955 et 1965: essor de la relation entre le romantisme, le traditionalisme et la rébellion.
— De 1965 et 1975: un engagement socio-politique plus général.
— De 75 à nos jours, évaluation des œuvres les plus récentes des écrivains féministes.
Traitant du biculturalisme et de la recherche d’identité la conférencière rappelle que: «Marguerite Taos-Amrouche, de Kabylie, a publié «Jacinthe noire» en 1945 et Djamila Debèche, d’Algérie, a publié «Leila, jeune fille algérienne» en 1947. Ces deux ouvrages témoignent d’un stress biculturel imposé par la force coloniale française. Ce stress était perçu d’une manière plus forte par les échelons supérieurs de la société. La plupart des écrivains des pays en voie de développement venant d’une classe sociale aisée, il n’est point étonnant de constater que des écrivains comme Debèche et Taos portent le poids du biculturalisme et de la perte d’identité. Cette aliénation est surtout évidente dans «Aziza» de Debèche. Où l’héroïne se sent répudiée des deux cultures, en marge de la société».
Révolte
Pour ce qui est du romantisme, du traditionalisme et de la rébellion, Evelyne Accad indique qu’Assia Djebar, Algérienne, décrit la femme dans une société biculturelle. «Dans son premier roman «La soif», elle raconte l’histoire de Nadia et sa rébellion contre les traditions mais qui finit par adopter une attitude passive à son environnement, similaire à celle de Meursault de «L’Etranger» de Camus. On a par ailleurs souvent comparé l’écriture de Djebar à celle de Françoise Sagan»
«L’œuvre de la Libanaise Leila Baalbacki est similaire à celle de Djebar dans la mesure où elle traite des mêmes thèmes de l’aliénation et de la révolte. Ici l’attitude de refus et l’indignation se manifestent envers l’hypocrisie et le traditionalisme aveugle de la société. Kulit Souhail al-Khoury, de Syrie, traite dans ses romans de problèmes pareils à ceux de Baalbacki mais son ton est moins vindicatif, sinon moins désespéré. A l’instar de Baalbacki et de Djebar, al-Khoury est concernée par la liberté de choisir. Ses héroïnes, par contre, ne sont ni blasées ni égoïstes. Elles possèdent une force et une détermination à toute épreuve».
Sur l’engagement socio-politique, Accad a cité «Les enfants du nouveau monde» d’Assia Djebar (1962); «al-Nar Wal-Ikhtiyar» (Le feu et le choix) de Khanata’Bannouna, écrivain marocaine, «al-Soubbar» (Le cactus) de la Palestinienne Sahar Khalifé et «Ar Raghif Yanboudou Kal Qalb» (Le pain bat comme le cœur). Ces écrivains se sont proposé de défendre une cause plus large que celle de la condition des femmes pour englober toute la société. Elles sont à la recherche d’une identité nationale. La rébellion est dirigée contre des fins politiques.
Elles ont préconisé l’extension des droits, du rôle de la femme dans la société.
«Les différentes prises de positions de ces femmes sont courageuses et audacieuses. Elles expriment le souci de trouver une solution pour échapper à l’aliénation. Nawal al-Saadawi profite de son expérience de médecin et de psychiatre pour exprimer les conflits internes et externes causés par la répression des femmes qu’Emilie Nasrallah et Daisy el-Amir décrivent avec franchise, Ghada al-Saman qui s’indigne contre les hommes traitant les femmes comme des objets sexuels»…
Autant d’auteurs qui militent pour l’émancipation de la femme. Par les livres. Et par les conférences...
M.G.


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