Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères qatari, cheikh Mohammad ben Abderrahmane Al-Thani (à gauche) lors de sa rencontre avec le Premier ministre Nawaf Salam au Grand sérail, le 16 octobre 2026. Photo tirée du compte X du Grand Sérail
Le Premier ministre Nawaf Salam a annoncé vendredi, au cours d'une conférence de presse conjointe avec son homologue qatari Mohammad ben Abdel Rahmane al-Thani en visite à Beyrouth, que le Qatar prendra en charge « le financement, la réalisation et l’exploitation » d’un projet en BOT (Build, operate and transfer) dans le secteur de l’électricité au Liban, « sans que le Trésor libanais ne participe au coût d’investissement préalable ». Le cheikh al-Thani a fait état pour sa part d'un accord pour « établir un cadre global de coopération et proposer des solutions intégrées » dans le secteur de l’énergie, à travers « un important projet d’investissement bénéficiant à l’économie libanaise et aux parties qataries participantes ».
Nawaf Salam a souligné « l’importance de cette initiative dans les circonstances que traverse le Liban », qui depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), n'est jamais parvenu à fournir un approvisionnement électrique suffisant dans le pays. Le Premier ministre a précisé que ce « projet intégré » engloberait différentes sources de production d’énergie ainsi que les infrastructures nécessaires. Il vise à « assurer un approvisionnement en électricité plus stable et à moindre coût », selon un modèle BOT, à savoir la construction, l’exploitation et le transfert de propriété. Les déclarations des deux responsables ne précisent ni le montant de cet investissement ni son calendrier de réalisation.
L'application de la 1701
Sur le plan politique, le chef du gouvernement qatari a réaffirmé « le soutien constant » de son pays « à l’unité, à la souveraineté, à la sécurité et à la stabilité » du Liban. Il a assuré que Doha poursuivra ses efforts au sein du groupe des Cinq ainsi que son soutien, en coordination avec les partenaires internationaux, à l’armée libanaise, « en tant qu’institution nationale qui préserve la sécurité et la stabilité du pays ». Mohammad ben Abdel Rahmane al-Thani a aussi insisté sur « la nécessité pour toutes les parties d’appliquer la résolution 1701 » du Conseil de sécurité de l’ONU sur « le retrait d’Israël de toutes les positions qu’il occupe » et sur le respect des engagements convenus, notamment le désarmement du Hezbollah. Il a en outre fait état d’un travail mené en coordination avec les États-Unis en vue de la reconstruction du Sud, afin de permettre le retour des déplacés.
Nawaf Salam a pour sa part salué les prises de positions du Qatar en faveur de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la stabilité du Liban, ainsi que ses efforts pour obtenir « le retrait israélien complet des territoires libanais occupés » et permettre à l’État « d’étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire »
Plus tôt dans la journée, et après une rencontre avec le président de la République Joseph Aoun, en présence du chef de la diplomatie Joe Raggi, le cheikh al-Thani avait affirmé que pour le Qatar, la priorité au Liban est le secteur de l'énergie, tout en soulignant que son pays veut « proposer des solutions intégrées » dans ce domaine où le Liban est à la peine depuis plusieurs décennies. Il a ajouté que de « prochaines réunions auront lieu, notamment avec M. Salam, pour faire avancer les projets convenus ». Le chef de l’État a souhaité pour sa part que Doha poursuive ses démarches auprès des pays arabes pour « faire pression sur Israël afin qu’il cesse ses attaques dans le Sud et applique l’accord-cadre ». Joseph Aoun a salué le rôle de l’émir du Qatar, et des dirigeants qataris dans les efforts visant à rétablir « la stabilité dans la région, en rapprochant les points de vue et en s’attaquant aux causes de l’escalade ».
Le Premier ministre qatari a également rencontré le président de la Chambre Nabih Berry à Aïn el-Tiné. Ce dernier a remercié le Qatar et son émir pour « leur soutien constant à l’ensemble du Liban, et au Sud en particulier ». M. Berry a fait état d’une « convergence de vues » avec le responsable qatari sur l’importance de « renforcer l’unité nationale et soutenir les institutions, notamment sécuritaires, au premier rang desquelles l’armée libanaise », qu’il a qualifiée de « garante et protectrice » de ces principes. Doha a versé à plusieurs reprises ces dernières années des aides à la troupe.
La visite du Premier ministre qatari, l'un des médiateurs entre l'Iran et les États-Unis et entre le Hamas et Israël, intervient en outre alors que les négociations sont au point mort entre Beyrouth et Tel-Aviv, depuis août. Washington, qui parraine les pourparlers directs entre les deux pays, continue de faire pression sur l'État libanais pour des mesures plus fortes à l'encontre du Hezbollah, et conditionne toute aide à la reconstruction au désarmement du parti chiite.

Le point à 13h : Rubio appelle à l'abrogation de la loi sur le boycott d'Israël ; des oliviers arrachés dans le Sud