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Culture - Patrimoine

La vente de la Villa Mexico à Achrafieh inquiète les défenseurs du patrimoine

Le promoteur assure que la demeure et son jardin seront préservés. Mais l’absence de classement officiel laisse planer le doute sur leur protection.

La vente de la Villa Mexico à Achrafieh inquiète les défenseurs du patrimoine

La Villa Mexico, bâtie en 1933 à Achrafieh, a récemment été vendue. Le promoteur assure que la demeure historique et son jardin seront préservés. Photo Élie Bekhazi/L’Orient-Le Jour

La nouvelle de la vente de la Villa Mexico, dans le quartier de Furn el-Hayek, à Achrafieh, a récemment circulé sur les réseaux sociaux, suscitant des inquiétudes quant au devenir de cette demeure historique et de son jardin.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur l’avenir de la propriété, le promoteur Chafic Saab, à la tête de la société immobilière Jamil Saab & Co, se montre catégorique : « La démolition de la Villa Mexico est totalement exclue. » Il précise que, lors de la vente, l’acheteur, la société SAS Real SAL , a pris l’engagement ferme de préserver le bâti traditionnel et son espace vert. « Cette demeure historique et son jardin font toute la valeur de notre futur projet sur le site », ajoute-t-il.

Côté développement, la propriété dispose d’un potentiel « environ mille mètres carrés constructibles à l’arrière de la villa », indique le promoteur, soulignant toutefois qu’« aucun plan concret ni aucune projection n’ont encore été dessinés ». C’est néanmoins cet écrin végétal, poumon vert rare à Achrafieh, qui cristallise aujourd’hui l’inquiétude des défenseurs du patrimoine face aux risques de densification immobilière.

« Les plans de construction restent, à ce jour, une page blanche. L’évolution du dossier dépendra de la situation sécuritaire et politique du pays, mais aussi des décisions de l’acquéreur du terrain, la société SAS Real SAL, qui finance le projet. Et si tout va bien, enchaîne M. Saab, un projet pourra voir le jour d’ici à cinq ou six ans. »

Chafic Saab, qui perpétue au sein de la société une tradition d’excellence de plus de 55 ans, pilote des projets résidentiels et commerciaux haut de gamme à Beyrouth et dans ses environs, ainsi que dans d’autres régions du Liban, à l’image de Marea, à quelques minutes de Batroun, des Urban Residences, des tours 20 | 30, du Patio ou encore de la Sursock Tower.

De l’exil mexicain à la culture

Nommer sa résidence Villa Mexico, Villa América ou Villa Brasilia – à Hazmieh, où a vécu Angélique Chartouni, elle-même née au Brésil – était une pratique courante chez les émigrés de retour au pays. C’était leur manière d’exprimer leur gratitude envers leur terre d’accueil, celle-là même qui leur avait permis de faire fortune.

Située rue Achrafieh, dans le quartier de Furn el-Hayek, la Villa Mexico a été bâtie en 1933 par Antoun Chartouni, un émigré libanais ayant fait fortune au Mexique au début du XXe siècle. En hommage à son pays d’adoption, il a fait graver le mot « MEXICO » en lettres latines sur une pierre à l’entrée principale de cette somptueuse demeure, dont les 1 326 m² de surface bâtie sont répartis sur trois niveaux.

La famille y a habité pendant plusieurs décennies. Il y a plus de vingt ans, la propriété a été acquise par le financier et grand collectionneur Philippe Jabre, qui envisageait d’y abriter l’une des plus riches collections privées d’art orientaliste au monde. La situation politique du pays l’a cependant poussé à revoir ses plans : « Il souhaite désormais transformer le village de Beit Chabab en une vaste institution culturelle en rachetant de vieilles maisons pour les convertir en espaces muséaux », raconte Gaby Daher, curateur et conservateur de la collection Jabre.

Fidèle à son habitude de faire revivre le patrimoine libanais, Philippe Jabre a prêté ce lieu historique à la regrettée Nayla Bassili. Connue pour son soutien sans faille aux talents locaux, elle y a orchestré de grandes expositions collectives, reversant les bénéfices des ventes à des créateurs en difficulté et à des ONG locales.


Sans classement officiel

Par la suite, le groupe de grands magasins libanais ABC a pris à bail la propriété pour y installer son siège social, confiant sa restauration au cabinet de l’architecte Raëd Abillama. Le projet, finalisé en 2016, a magnifiquement valorisé l’architecture traditionnelle de la villa, notamment ses façades majestueuses et ses volumes initiaux. À l’intérieur, les grandes galeries d’origine ont été préservées et des cloisons transparentes ont été intégrées pour délimiter les bureaux, offrant un cadre de travail moderne, baigné de lumière et en parfaite harmonie avec l’identité du bâtiment.

Il ne reste désormais qu’à guetter la silhouette d’une nouvelle tour dans le ciel de Beyrouth. « Ou pire encore », alerte, sous couvert d’anonymat, un avocat engagé dans la défense du patrimoine : « La Villa Mexico ne bénéficie d’aucun arrêté de classement permanent auprès du ministère de la Culture. Dès lors, si la volonté de l’acheteur s’est cantonnée à une simple intention, sans se traduire par une clause contractuelle contraignante, elle est privée de toute force légale. En clair, rien n’obligera juridiquement l’acquéreur à préserver ce magnifique édifice. »

La nouvelle de la vente de la Villa Mexico, dans le quartier de Furn el-Hayek, à Achrafieh, a récemment circulé sur les réseaux sociaux, suscitant des inquiétudes quant au devenir de cette demeure historique et de son jardin.Interrogé par L’Orient-Le Jour sur l’avenir de la propriété, le promoteur Chafic Saab, à la tête de la société immobilière Jamil Saab & Co, se montre catégorique : « La démolition de la Villa Mexico est totalement exclue. » Il précise que, lors de la vente, l’acheteur, la société SAS Real SAL , a pris l’engagement ferme de préserver le bâti traditionnel et son espace vert. « Cette demeure historique et son jardin font toute la valeur de notre futur projet sur le site », ajoute-t-il.Côté développement, la propriété dispose d’un potentiel « environ mille mètres carrés...
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