Des combattants rebelles devant un portrait déchiré de Bachar el-Assad, à Deraa, à la veille de la chute du régime, le 7 décembre 2024. Photo d'illustration SAM HARIRI / AFP
Un an après que sa trace semblait avoir été perdue à Beyrouth, suite à un entretien en caméra cachée de la chaîne CNN, Bassam el-Hassan, ancien conseiller de Bachar el-Assad qui supervisait notamment le programme d'armes chimiques syrien, serait toujours au Liban, et resterait sous la protection du FBI et des autorités libanaises, selon une nouvelle enquête de la BBC et de la radio publique américaine NPR.
S'il était déjà connu que M. Hassan avait pu revenir à Beyrouth, après sa fuite de Damas et un bref séjour en Iran, à la faveur d'un accord conclu « au printemps 2025 » avec les Américains et en échange d'informations sur le sort du journaliste américain Austin Tice, la BBC et NPR révèlent l'étendue de la protection dont bénéficie l'ancien responsable syrien de la part de Washington et Beyrouth. Cette enquête a notamment permis d'obtenir le compte-rendu d'une réunion entre M. Hassan et des représentants du FBI et de la CIA, et des responsables des services de sécurité libanais, au cours de laquelle l'ancien général syrien « s’est vu proposer un titre de séjour, une protection et une aide pour subvenir à ses besoins quotidiens, en échange d’informations portant principalement sur Tice. »
Des sources au fait de cet arrangement ont confirmé que celui-ci s'était matérialisé et que, dans ce cadre, Bassam el-Hassan recevait de l'argent des autorités américaines par l’intermédiaire d’un intermédiaire, ce qui rendait les versements plus difficiles à retracer. La BBC précise que, joint au téléphone, l'ancien général a conseillé aux journalistes de « solliciter l’autorisation du FBI et de la CIA, à l’ambassade des États-Unis à Beyrouth » pour pouvoir lui parler.
En 2025, M. Hassan avait été interviewé en caméra cachée par la chaîne CNN, dans un appartement à côté de l'ambassade américaine à Aoukar. Mais sa trace avait ensuite disparu. « L’armée libanaise avait perquisitionné son appartement, mais il n’y avait plus aucune trace », affirmait alors un haut responsable libanais à L’OLJ.
Attaques chimiques et enlèvement d'Austin Tice
M. Hassan fait l’objet depuis 2014 de sanctions du Trésor américain, entre autres pour son rôle au sein du « Centre d’études et de recherches scientifiques (SSRC) », qui gérait les principaux sites syriens de production et de stockage d’armes chimiques. Le régime Assad est accusé d'avoir mené des attaques chimiques, en pleine guerre civile, comme sur la Ghouta en août 2013, à Khan Cheikhoun en avril 2017 et à Douma en avril 2018, qui ont fait plusieurs milliers de morts.
Selon un homme d'affaires au courant des tractations pour faire venir Bassam el-Hassan de Téhéran à Beyrouth, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat, les Américains avaient plusieurs motivations pour établir un deal avec lui, l'une d'entre elle étant « ses connaissances du programme d’armes chimiques syrien et des relations militaires entre la Syrie et l’Iran ». Le dossier principal évoqué toutefois pour expliquer cet accord est celui de la disparition en Syrie, depuis 2012, d'Austin Tice. M. Hassan aurait en effet fait partie de la « chaîne de commandement » ayant planifié l'enlèvement du journaliste. Toutefois, selon des personnes au courant de l'enquête sur le sort du journaliste, celle-ci « n'a pas progressé de manière significative depuis que Hassan a commencé à fournir des informations ». L'an dernier, il avait notamment affirmé que Tice avait été exécuté « sur ordre » de Bachar el-Assad, un récit toutefois remis en question depuis.
D'autres arrangements du FBI
Un ancien haut responsable des services de renseignement libanais a précisé à la BBC que Beyrouth a conclu plusieurs arrangements avec Washington concernant le séjour au Liban d'anciens responsables du régime syrien déchu. Un ancien membre du régime a affirmé « avoir reçu de l’argent du FBI à plusieurs reprises en échange de sa coopération », tandis qu'un autre a affirmé « vivre au Liban sous le patronage des autorités américaines ».
Les réactions à cet accord entre les autorités américaines et Bassam el-Hassan, et d'autres anciens membres du régime, n'ont pas manqué. Des sources proches de l'enquête sur Austin Tice ont dit craindre que cet arrangement « se poursuive indéfiniment, à un coût considérable mais pour des résultats limités. » Des responsables au sein de deux branches différentes du nouveau gouvernement syrien ont fait part de leur souhait que M. Hassan soit renvoyé en Syrie pour y être jugé, ce à quoi s'opposent jusqu'à présent Washington. Le FBI a refusé de commenter les informations de la BBC, soulignant que sa priorité reste « d’établir les faits concernant l’affaire Tice ».
Un porte-parole de la famille du journaliste a pour sa part dénoncé un arrangement « révoltant ». « Cela revient ni plus ni moins à aider et à encourager la fuite d’un criminel de guerre recherché. Les Syriens méritent que justice soit faite et cet homme doit être renvoyé pour être jugé. »
En août, la justice libanaise avait décidé d'extrader un ancien général syrien arrêté deux semaines avant, en exécution d'un mandat de Damas qui l'accuse de « meurtres et crimes contre l'humanité ». Adel Issa, qui avait été arrêté à l'ambassade syrienne à Beyrouth, avait été extradé dans le cadre d'un accord judiciaire datant de 1951 entre le Liban et la Syrie. Depuis la chute de Bachar el-Assad, les autorités syriennes ont arrêté des dizaines de personnes accusées de crimes durant les 13 années de guerre civile dans le pays, et des procès ont commencé en avril. À l'occasion des premières décisions, le 11 août, la justice a condamné à mort par contumace Bachar al-Assad - qui a fui en Russie - pour « crimes de guerre » et « crimes contre l'humanité ».
