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Politique - Communautés

Prorogation du mandat du mufti : le Conseil des muftis dénonce « une campagne malveillante »

Nabih Berry est intervenu pour défendre le mufti sunnite Abdellatif Deriane.

Prorogation du mandat du mufti : le Conseil des muftis dénonce « une campagne malveillante »

Le mufti de la République, Abdel Latif Deriane. Photo Ani

Le Conseil des muftis du Liban est monté au créneau jeudi pour défendre le mufti de la République, Abdellatif Deriane, dans une réponse au récent rapport de la juge du Conseil d’État (CE), Rania Abou Zeid, qui s’est prononcée en faveur de l’annulation d’une décision du Conseil supérieur chérifien, adoptée le 9 septembre 2023 et portant de 72 à 76 ans l’âge du départ à la retraite du mufti de la République.

À l’époque, Abdellatif Deriane était âgé de 70 ans, ce qui fait que la décision a prolongé de facto son mandat de quatre ans. Quelques jours plus tard, des ulémas de la communauté sunnite, membres du collège électoral du mufti de la République, avaient saisi le Conseil d’État pour l'invalider.

Le rapport de la magistrate ne constitue toutefois pas une décision définitive du CE, qui ne statuera qu’à l’issue d’un délai d’un mois à compter de la publication du rapport au Journal officiel (le 1er octobre), afin de permettre aux parties au litige de présenter leurs observations et conclusions. Ce document n’en constitue pas moins un indicateur sérieux d’une orientation probable du Conseil d’État en faveur de l’annulation de la décision contestée.

Réuni sous la présidence du cheikh Deriane, le Conseil des muftis a dénoncé, dans un communiqué publié jeudi, ce qu’il a qualifié de « campagne suspecte, commanditée et malveillante contre Dar el-Fatwa », soulignant qu’« elle vise à porter atteinte à son rôle national historique qu’elle n’a cessé de jouer depuis qu'elle existe ». Le Conseil a insisté sur la nécessité de « préserver le statut du mufti et le respect qui lui est dû, sa fonction représentant une garantie religieuse et nationale ». Il a dénoncé « une tentative de représailles contre ses positions nationales, son approche islamique modérée et son orientation arabe », affirmant que « l’affaiblir ou mettre en doute sa légitimité ne contribue pas à protéger les institutions dans les circonstances délicates que traverse le pays ». Ces institutions, a ajouté le Conseil, « doivent être préservées et protégées contre les personnes animées de mauvaises intentions ».

Des noms en coulisses

Or, dans les milieux sunnites et sur les réseaux sociaux, des voix s’élèvent pour critiquer le mufti Deriane et réclamer son départ, alors qu'une lutte d’influence se dessine autour de sa succession. Plusieurs noms circulent en coulisses, notamment ceux des cheikhs Mohammad Assaf, président du haut tribunal chérié, Amine el-Kurdi, secrétaire général de Dar el-Fatwa, Oussama Haddad, inspecteur des dotations islamiques, et Fouad Zarrad, connu pour son opposition à Abdellatif Deriane, ou encore Ahmad Kanaan et Bassem Itani. Dans le même temps, des contacts sont menés auprès du chef du gouvernement, Nawaf Salam, et des anciens premiers ministres, Nagib Mikati, Fouad Siniora et Tammam Salam, afin d’éviter une confrontation ouverte et d’empêcher que ce dossier ne bascule dans une phase particulièrement sensible, au risque de devenir un nouveau facteur de division au sein de la communauté sunnite.

Reste également le rôle que l’Arabie saoudite pourrait jouer. Le nom du mufti Deriane avait été associé au scandale dit « Abou Omar », du nom du faux prince saoudien détenu depuis décembre 2025 à Beyrouth, une affaire qui avait suscité l’ire des autorités saoudiennes. Mercredi, le président du Parlement, Nabih Berry, a, lui aussi, défendu Abdellatif Deriane, estimant que la « fonction du mufti de la République appartient à tous les musulmans et à tous les Libanais ».


Concernant la procédure judiciaire en cours, le rapport de la juge Abou Zeid dont L’Orient-Le Jour a consulté une copie, a retenu la compétence du Conseil d’État et son pouvoir de contrôle sur les décisions rendues par le Conseil supérieur chérié. La magistrate a ainsi rejeté l’exception de procédure soulevée par cette instance religieuse, selon laquelle elle dispose d’un pouvoir législatif lui permettant de modifier un décret-loi (en l’occurrence le décret de 1955 fixant à 76 ans l’âge de la retraite du mufti). Dans son argumentation de défense, l’instance religieuse avait soutenu que ses décisions ont force de loi, et que, dès lors, leur contrôle relève du Conseil constitutionnel et non du Conseil d’État. La juge Abou Zeid a écarté cet argument, considérant que les décisions de l’instance sont des actes susceptibles d’être soumis au contrôle du Conseil d’État tant qu’elles n’ont pas été ratifiées ou approuvées par le Parlement, ce qui est le cas en l’espèce. Elle a également jugé que les décisions prises par le Conseil supérieur chérié dans le cadre de sa mission liée à un service public constituent des actes administratifs susceptibles de faire l’objet d’un recours en annulation devant le Conseil d’État.

Quant aux motifs de fond justifiant l’annulation de la décision litigieuse, la magistrate a affirmé avoir ordonné la production de plusieurs documents détenus par le Conseil supérieur chérié en vue de vérifier la réalité des irrégularités dénoncées par les requérants. Le Conseil ne s’étant pas conformé à sa demande, la magistrate a tiré des présomptions corroborant ces irrégularités, et considéré ainsi que son abstention justifie l’annulation de la décision litigieuse.

Parmi les documents demandés, figuraient le procès-verbal de la séance du Conseil supérieur chérié, comprenant notamment la liste des membres présents et absents. Cette pièce devait permettre de vérifier l’affirmation des plaignants selon lesquels le quorum et la majorité nécessaires pour modifier le décret-loi n'avaient pas été atteints lors de la réunion.

La juge Abou Zeid cherchait également à vérifier si la question du report de l’âge de la retraite avait été régulièrement portée à la connaissance des membres du conseil et inscrite à l’ordre du jour, les plaignants ayant fait valoir qu’elle ne figurait pas dans la convocation initiale et qu’elle n’avait été introduite qu’au cours de la séance.

Le Conseil des muftis du Liban est monté au créneau jeudi pour défendre le mufti de la République, Abdellatif Deriane, dans une réponse au récent rapport de la juge du Conseil d’État (CE), Rania Abou Zeid, qui s’est prononcée en faveur de l’annulation d’une décision du Conseil supérieur chérifien, adoptée le 9 septembre 2023 et portant de 72 à 76 ans l’âge du départ à la retraite du mufti de la République.À l’époque, Abdellatif Deriane était âgé de 70 ans, ce qui fait que la décision a prolongé de facto son mandat de quatre ans. Quelques jours plus tard, des ulémas de la communauté sunnite, membres du collège électoral du mufti de la République, avaient saisi le Conseil d’État pour l'invalider.Le rapport de la magistrate ne constitue toutefois pas une décision définitive du CE, qui ne...
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