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Nos lecteurs ont la parole

Quand la voix de la paix répond à un monde en guerre


Il y a des visites qui relèvent du protocole. Et puis il y a celles qui arrivent à un moment où les mots prennent un poids particulier.

La visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre dernier, appartient à cette seconde catégorie. De Paris à Lourdes, puis de Lourdes à Metz, il n’a pas seulement rencontré des responsables politiques, des diplomates, des croyants ou des représentants de la société civile. Il est venu avec un message d’une grande simplicité : la paix.

Dès son arrivée, Léon XIV l’a dit aux journalistes qui l’accompagnaient : il venait en France comme disciple de Jésus-Christ pour « proclamer la paix, la paix du Christ, à travers le monde ».

Le pape ne s’est pas présenté comme celui qui allait distribuer les bons et les mauvais points. Il n’a pas transformé la tribune pontificale en tribunal. Il a plutôt insisté sur ce qui peut encore rassembler : le dialogue, la diplomatie, le respect du droit, la dignité humaine et la recherche patiente de solutions.

À l’Élysée, il a appelé à ne pas considérer la guerre comme une fatalité et à défendre le dialogue et le multilatéralisme. À l’Unesco, il a souligné le rôle de la coopération, de l’éducation, de la science et de la culture dans la construction de la paix. À Metz, en évoquant Robert Schuman et les racines de l’Europe, il a rappelé que la paix exige le courage de négocier et, parfois, de faire des concessions au nom d’un bien supérieur.

Nous vivons dans un monde où la parole publique est souvent devenue une extension du conflit. Chaque camp possède ses raisons, ses blessures et ses certitudes.

C’est précisément dans ce contexte qu’une voix qui refuse de réduire le monde à « nous contre eux » peut retrouver une force particulière.

Dans mes textes précédents, j’avais écrit que le monde avait besoin d’un Romero.

Je pensais à saint Oscar Romero, cette figure qui avait fait de la défense de la dignité humaine et de la paix une exigence dépassant les frontières, les intérêts et les camps.

Je ne voulais pas dire que le monde avait besoin d’un homme providentiel. Je voulais dire qu’il avait besoin de voix capables de rappeler que derrière les stratégies, les frontières, les calculs militaires et les rapports de force, il y a toujours des êtres humains. Des mères. Des enfants. Des familles. Des personnes qui veulent simplement vivre.

J’avais également défendu une autre idée : si nous voulons réellement arrêter les guerres, les faiseurs de paix doivent avoir une place à la table où se négocient les accords qui dessinent l’avenir des peuples. La paix ne peut pas être seulement ce qui vient après la guerre. Elle doit être présente dès le moment où l’on cherche à en sortir.

C’est là que la visite de Léon XIV en France prend une résonance particulière.

Ce que j’appelais voix qui parle de paix sans transformer chaque discours en accusation, et une présence plus forte des artisans de paix dans les mécanismes internationaux, je l’ai retrouvé, sous une forme beaucoup plus grande et institutionnelle, dans les paroles du pape.

Léon XIV a choisi de parler à tous : aux gouvernements, aux diplomates, aux croyants, aux non-croyants, aux responsables européens et aux organisations internationales. Mais surtout aux peuples qui souffrent.

Il présente la paix non comme un rêve abstrait, mais comme un travail. Un travail qui demande du courage, du dialogue et parfois la capacité de renoncer à une partie de ses positions pour éviter que des peuples entiers continuent de souffrir.

Le pape n’est ni un chef militaire ni un négociateur capable, à lui seul, de mettre fin aux guerres. Mais le Saint-Siège dispose d’une parole particulière dans les relations internationales. Et cette parole peut rappeler une évidence que notre époque semble parfois oublier : la paix n’est pas une faiblesse.

Il est plus facile de désigner un ennemi que de s’asseoir avec lui. Plus facile de brandir une menace que de construire un compromis. Plus facile de gagner une bataille que de bâtir une paix durable.

Lorsque j’écrivais que le monde avait besoin d’un Romero, je pensais à une voix capable de rappeler que la vie humaine doit toujours rester au-dessus des calculs de puissance.

Aujourd’hui, en écoutant Léon XIV, je retrouve cette même exigence.

Le monde n’a peut-être pas besoin de nouvelles voix pour expliquer pourquoi la guerre est inévitable. Il a besoin de voix qui travaillent à rendre la paix possible. Il a besoin de faiseurs de paix. Et surtout, il est temps que ceux-là soient enfin entendus là où se décide l’avenir des peuples.


Graziella SALIBA MAKARON

Avocate à la cour

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il y a des visites qui relèvent du protocole. Et puis il y a celles qui arrivent à un moment où les mots prennent un poids particulier.La visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre dernier, appartient à cette seconde catégorie. De Paris à Lourdes, puis de Lourdes à Metz, il n’a pas seulement rencontré des responsables politiques, des diplomates, des croyants ou des représentants de la société civile. Il est venu avec un message d’une grande simplicité : la paix.Dès son arrivée, Léon XIV l’a dit aux journalistes qui l’accompagnaient : il venait en France comme disciple de Jésus-Christ pour « proclamer la paix, la paix du Christ, à travers le monde ».Le pape ne s’est pas présenté comme celui qui allait distribuer les bons et les mauvais points. Il n’a pas transformé la tribune pontificale en...
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