C’est la question que j’entends le plus en consultation. Elle est légitime, et la réponse n’est pas la même pour tout le monde. Tout dépend de ce qu’on cherche à corriger.
Commençons par les injections. La toxine botulique agit pendant trois à quatre mois. L’acide hyaluronique tient de six mois à un an, selon la zone et le produit. Ensuite le corps les élimine, et il faut recommencer. Ce n’est pas une tromperie, c’est leur fonctionnement normal. Il faut simplement le savoir avant de commencer, parce que sur dix ans cela fait beaucoup de séances.
Là où je vois des déceptions, c’est quand on demande à une injection de faire le travail d’une opération.
Une paupière qui tombe parce qu’il y a trop de peau : aucune seringue n’enlève de la peau. Une bosse sur le nez : c’est de l’os et du cartilage. On peut la camoufler avec un produit de comblement, mais elle est toujours là. Et le nez n’est pas une zone anodine à injecter. Une revue médicale de 2022 a rassemblé plus de deux cents cas de perte de la vue après une injection au visage, et le nez était la zone la plus souvent en cause. C’est rare. Mais quand cela arrive, la vue revient rarement.
Pour le corps, c’est la même logique. Après une grossesse, les muscles du ventre restent parfois écartés. La gymnastique renforce et soulage, mais quand l’écart est important, elle ne le referme pas toujours. La graisse qui ne part ni avec le régime ni avec le sport se retire par liposuccion ; les machines à froid en réduisent l’épaisseur d’un cinquième environ par séance. Quant aux appareils à ultrasons ou à radiofréquence, ils retendent la peau d’un millimètre, parfois un peu plus. C’est réel, mais ce n’est pas le résultat d’une opération.
Je ne dis pas pour autant qu’il faut opérer tout le monde. Une opération, c’est une anesthésie, une cicatrice, un risque de saignement ou d’infection, des jours sans travailler, et parfois une retouche. Elle n’arrête pas le temps non plus : on continue de vieillir après. Pour une ride du front ou une joue qui commence à se creuser, une petite injection bien faite est exactement ce qu’il faut. Proposer une opération dans ce cas serait une erreur.
Alors, comment choisir ? Avant d’accepter quoi que ce soit, posez trois questions à votre médecin. Mon problème vient-il de la peau ou de ce qu’il y a en dessous ? Le résultat dure combien de temps et que se passe-t-il après ? S’il y a une complication, qui s’en occupe ?
Si les réponses sont claires, vous êtes entre de bonnes mains. Si elles restent floues, demandez un second avis.
Je le résume souvent ainsi : l’injection loue un résultat, la chirurgie change la structure. On a besoin des deux, mais pas pour les mêmes choses.
Les durées de temps sont celles de l’Agence américaine du médicament (FDA). Les autres chiffres viennent d’articles publiés dans « Arquivos Brasileiros de Oftalmologia » (2022), « Aesthetic Surgery Journal »(2025) et « World Journal of Plastic Surgery ».
Dr Vincent ELKHOURY
Chirurgie plastique et reconstructrice
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