Une cellule du centre de réhabilitation pour mineurs en conflit avec la Justice de Ouarouar, à Baabda, le 20 mai 2026. Photo Téa Ziadé / L'Orient-Le Jour
La Commission nationale des droits de l'homme a appelé mardi dans un communiqué à une « intervention gouvernementale urgente » pour remédier à la situation des jeunes détenus dans le Centre de réhabilitation pour mineurs de Ouarouar, dans la région de Baabda, dans le Mont-Liban, à la suite d'une visite de terrain surprise qui fait état de problèmes liés à la présence de cellules d'isolement, à l'hygiène, l'accès à l'eau, les installations sanitaires ou encore les soins de santé.
Le centre de réhabilitation pour mineurs en conflit avec la loi de Ouarouar avait été ouvert fin mai 2025, avec des financements alloués par l'Union européenne et la coopération de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Jointes par notre publication, ces deux instances n'ont pas souhaité commenter le rapport.
Absence de personnel médical, détritus, problèmes cutanés
Dans ce texte, rédigé après une inspection effectuée le 17 septembre dans ce centre où sont détenus 148 mineurs, la Commission révèle que certains jeunes ont fait état de violences physiques avant leur placement dans les cellules d'isolement où certains dorment à même le sol. L'équipe a observé des cas de gale, d'infections fongiques, d'allergies et d'inflammations cutanées, dues au manque d'accès à l'eau, aux produits hygiéniques et aux médicaments.
La Commission dénonce également l'absence de médecin ou d'infirmière sur place, ainsi que des cas nécessitant des prises en charge spécialisées ou des chirurgies. Le rapport dénonce la présence sur place de détritus et d'odeurs désagréables, ainsi que de draps déchirés et de quantités de nourriture insuffisantes. Des photos publiées par la Commission sur son site web après cette visite montrent des jeunes présentant des problèmes cutanés sur le visage, le tronc et les jambes. On y voit également des toilettes et des douches insalubres ainsi que des mégots et des détritus accumulés par terre dans une des chambres.

Un an après son ouverture, L'Orient-Le Jour avait pu effectuer un reportage entre ses murs et témoigner notamment de cas d'infections fongiques et du manque de médicaments pour certains détenus souffrant de maladies chroniques. Il avait alors été confirmé que le centre compte principalement sur des dons pour obtenir des produits d'hygiène, des traitements et des vêtements pour les jeunes dont les familles sont absentes ou pas en mesure de subvenir à leurs besoins. Le ministère de la Justice avait alors déploré le manque de budget pour « garantir le minimum de dignité humaine » à Ouarouar.
De l'action immédiate à un plan de développement
Dans son rapport, la Commission nationale des droits de l'homme a appelé à « une action immédiate sous 24 heures pour mettre fin à l'isolement disciplinaire et garantir la sécurité des jeunes placés en isolement ; une enquête indépendante sous sept jours sur les allégations de coups et de mauvais traitements, accompagnée d'examens médicaux confidentiels, de la préservation des preuves et de garanties de non-représailles ». Elle a également demandé « sous 30 jours, la garantie d'une présence médicale et infirmière régulière, des médicaments essentiels », appelant à « résoudre les problèmes d'eau et d'assainissement et activer un mécanisme de plainte confidentiel, indépendant et accessible pour les enfants ».
Le rapport demande par ailleurs, « sous 90 jours, d'adopter un plan de ressources humaines, développer l'éducation et la formation des jeunes, et établir un système unifié de suivi des dossiers juridiques et des communications familiales ». Elle a également renouvelé son appel à accélérer la discussion et l'approbation du projet de loi visant à relever l'âge minimum de la responsabilité pénale de sept à quatorze ans, afin de garantir que les jeunes soient orientés vers un système de protection, de prise en charge et de réadaptation au lieu d'être soumis à des procédures pénales qui les privent de leur liberté.
Contactées par L'Orient-Le Jour, les Forces de sécurité intérieure (FSI), dont dépendent les prisons, et une source chargée du dossier au sein du ministère de la Justice, n'étaient pas disponibles pour un commentaire.
La Commission nationale des droits de l'homme est une institution nationale indépendante, instaurée par l'Etat libanais dans une loi adoptée en 2016 et dont les membres ont été nommés en 2019. Elle inclut le Comité pour la prévention de la torture et a pour rôle d’« œuvrer à la protection et à la promotion des droits de l’homme au Liban ».
