Des manifestants sur la place el-Nour, à Tripoli, le 20 septembre 2026, réclamant l'adoption de la loi d'amnistie générale suspendue par le Conseil constitutionnel (CC) le 10 septembre. Photo relayée par notre correspondant dans le Nord, Michel Hallak
Quelques centaines de personnes se sont rassemblées dimanche sur la place al-Nour à Tripoli (Liban-Nord), en présence notamment du député sunnite de Tripoli Achraf Rifi, afin de réclamer l'adoption de la loi d'amnistie générale suspendue par le Conseil constitutionnel (CC) le 10 septembre. L'instance avait été saisie d’un recours en invalidité de la loi par dix députés du Courant patriotique libre (CPL), opposés à la libération de détenus islamistes accusés d’avoir tué des soldats de l’armée libanaise.
Dans les prises de parole tenues pendant le rassemblement, qui a conduit à la fermeture de la place durant l'après-midi, le CPL, le Hezbollah mais aussi « l'État profond » ont été pointés du doigt. M. Rifi a appelé « à rétablir la justice et à mettre fin à l’injustice ». « Nous ne sommes pas opposés à l'armée libanaise, qui vient en partie du Akkar », a-t-il dit. Et le député de regretter une politisation de l'affaire des détenus islamistes en raison de leur opposition au Hezbollah et à l'ancien régime syrien de Bachar el-Assad : « Le tribunal militaire (qui avait condamné les islamistes) était un instrument aux mains de l’ancien régime syrien et du Hezbollah », a-t-il accusé. Dans une pique à l'adresse du parti chiite qu'il accuse de ne pas « vouloir l’édification d’un État », le député a lancé : « Nous savons qui a tué les militaires de l’armée, dont Samer Hanna », un capitaine de 26 ans abattu en août 2008 après que son hélicoptère a essuyé des tirs à Tallet Sojod, au Liban-Sud, dans une zone contrôlée par le Hezbollah.
Pour sa part, l'avocat Mohammad Sablouh, chargé de la défense de plusieurs prisonniers islamistes, a critiqué ce qu'il a appelé « l'État profond ». Et d'interroger le CPL : « Pourquoi cette indignation sélective lorsqu’il s’agit du sang versé par l’armée ? » Il a une nouvelle fois estimé que le Hezbollah était responsable et partie prenante des affrontements à Abra, en 2013, qui avaient opposé des salafistes menés par le cheikh Ahmad el-Assir à l'armée libanaise.
Le rassemblement a eu lieu alors que se tient depuis le début de la semaine une grève de la faim parmi certains détenus de la prison de Roumieh, la plus grande du Liban. Elle avait été annoncée alors qu'au moins six détenus sont morts dans les prisons libanaises depuis la mi-août, selon un communiqué vendredi du Comité des familles de prisonniers au Liban.
Le Parlement avait adopté la loi le 12 août, et le chef de l’État Joseph Aoun l’a promulguée le 4 septembre. Les députés du CPL et ceux du Hezbollah s’étaient retirés de l’hémicycle au moment du vote du texte, salué par plusieurs pays et organisations internationales, affirmant prendre le parti de l'armée libanaise.
La loi, adoptée après plusieurs mois de tractations politiques et sur fond de surpopulation carcérale, devait ouvrir la voie à la libération d'environ 2 000 détenus, poursuivis pour diverses infractions, lors d'une première phase de son application, avait indiqué une source parlementaire contactée en août par L'Orient-Le Jour. Des médias locaux et l'organisation Legal Agenda estiment à environ 250 le nombre total de détenus islamistes concernés et qui devraient être libérés par étapes au cours des prochaines années, en fonction de la durée de leurs peines. À noter qu’en vertu de la loi, le cheikh salafiste Ahmad el-Assir devrait être libéré en avril 2028. Le texte couvre également environ 100 personnes condamnées ou poursuivies pour des infractions mineures liées à la drogue, dont une bonne proportion est de confession chiite.
Pour ce qui est des ressortissants libanais présents en Israël et couverts par le texte à la demande de plusieurs partis chrétiens, leur nombre officieux est estimé à environ 4 000, selon des informations de presse et les estimations de Legal Agenda.