Rina Saleh, un parcours riche entre humanitaire et mode responsable. Photo fournie par la créatrice
Jeune designer libanaise, éprise d’air frais et pur, et environnementaliste tout crin, Rina Saleh est aujourd’hui à la tête d’un concept qui, sous l’intitulé « Maison Respire », est devenue sa meilleure carte de visite. Depuis Londres où elle vit actuellement, elle confie à L’Orient-Le Jour : « Maison Respire est une entreprise que j'ai créée pendant la pandémie, alors que je me trouvais au Qatar, afin de trouver une solution plus écologique et élégante aux horribles masques médicaux que portaient le monde entier et qui allaient probablement mettre jusqu'à 100 ans à se dégrader, en laissant en plus des particules de plastique dans le sol ».
Pour cela, elle choisit de confectionner des masques dans une matière ancienne, historiquement privilégiée pour ses multiples avantages naturels et méconnue : la soie de banane. Guidée dans cette voie par une experte indienne de cette fibre qui désirait l'introduire et la propager dans le cycle de la production écologique, les deux femmes explorent et mettent au point la texture adéquate aux pièces conçues par Rina, soucieuse de récupérer au mieux ce que propose la nature. « L'industrie de la mode est la deuxième industrie la plus polluante après celle du pétrole et du gaz », justifie-t-elle.

Tissée à la main et sœur végétale de la soie de mûrier
Après avoir manipulé la soie de banane sous toutes ses coutures, Rina Saleh la décrit en ces termes : « Cette étoffe est tissée à la main en Inde par des artisans musulmans qui, marginalisés, peinent à trouver du travail localement. Elle possède toutes les qualités exceptionnelles de la soie de mûrier (douceur, biodégradabilité, propriétés antibactériennes, respirabilité, régulation thermique), avec l'avantage supplémentaire d'être végétale, car sa fabrication ne nécessite aucun élevage de vers à soie. Elle est exclusivement tirée de tiges de bananier. Nous avons œuvré sans relâche pour perfectionner cette soie ». Son objectif ? Mettre au point des méthodes de fabrication plus écologiques pour les objets que tour le monde utilise au quotidien.
Rina s'est associée à son fils, Kian, pour produire dans cette même matière une ligne de vêtements de sport et de loisirs. Des pièces ingénieuses pour le quotidien, inspirées par le même principe d'artisanat écologique procurant le maximum d’aisance au corps en mouvement. Une grande partie des ventes de cette production a été offert à des associations s'occupant des enfants au Liban et en Palestine.
Vêtements de sport et pyjamas de détente en douceur
Fidèle à sa philosophie de « créer des vêtements qui célèbrent les moments les plus précieux et les plus paisibles de la vie », cette styliste libanaise est en toute logique passée de « l’extérieur à l’intime ». « Nous avons confectionné des vêtements d'intérieur haut de gamme à partir de la soie de banane qui est en fait une matière naturellement luxueuse, précise-t-elle. Stylisée avec soin, notre gamme de pyjamas transcende la nuit, incarnant une élégance ‘‘effortless’’ dans les instants de détente chez soi. Nos collections sont une invitation à savourer des moments de répit et à découvrir que le vrai luxe ne réside pas dans l'excès, mais dans une simplicité réfléchie et une beauté authentique. »
Autrefois réservée aux samouraïs et à la royauté des Ryukyu (actuel Okinawa), la soie de banane a longtemps été un tissu symbole de noblesse, de résistance et d'élégance raffinée. Aujourd'hui, Maison Respire veut honorer cet héritage à travers un design contemporain et écoresponsable.

Élevée dans la résilience et les soirées de « tarab »
Avant de filer cette soie du temps passé, porteuse de sérénité et de résilience, Rina Saleh avait suivi une autre voie, en se lançant dans une carrière aux Nations unies à Genève, où elle avait œuvré dans le domaine du développement et des initiatives humanitaires. Une expérience qui a ancré en elle une conscience de globalité, un sens des responsabilités et le désir d'avoir un impact significatif dans toute action. Des valeurs qu’elle avait par la suite instillées à sa propre agence de relations publiques, fondée à New York et spécialisée dans la mode et la beauté. Son credo : « Le véritable luxe se doit d'être un acte responsable, et l'élégance doit être porteuse d'intentions bénéfiques et de résilience. »
« J’ai grandi avec l’idée qu’être libanaise signifiait porter en soi une capacité presque instinctive à s’adapter à tous les horizons et à comprendre les cultures les plus diverses, confie la designer. On m’a aussi transmis la conviction que l’identité ne devait jamais être une frontière, mais un pont vers l’autre. Avec le temps, cette vision a façonné en moi une résilience discrète, une force intérieure qui m’a appris à trouver ma place, même au cœur de l’inconnu. »
Rina Saleh est née à Washington D.C. de parents libanais, Salwa Housseini, originaire de Baalbeck, et Adnan Saleh, originaire de Chakra, qui s'y étaient installés dès 1975. La famille n’a jamais coupé le lien avec « le pays » où elle retourne régulièrement. « Nous adorons le Liban ! Malgré tout ce qu'il a traversé, ce pays et ses habitants sont d'une beauté et d'une inspiration exceptionnelles, observe-t-elle avec enthousiasme. Il y règne une énergie, une joie de vivre, une résilience et un dynamisme que je n'ai trouvés nulle part ailleurs. Être libanaise a toujours été au cœur de mon éducation. Cela se manifestait à travers la nourriture, la musique (mes parents adoraient organiser des « sahrat tarrab » pendant notre enfance), la langue, la danse. »
Rina Saleh est mariée à Sam Shabaan, un entrepreneur dans les infrastructures du monde des affaires, avec qui elle a un enfant, Kian, âgé de 18 ans. « J'aimerais développer Maison Respire en proposant davantage d’allures féminines et une collection pour hommes, confie-t-elle au sujet de ses nouveaux projets. J'aimerais également intégrer à la collection de nombreuses autres matières, comme la soie d'aloès et un magnifique tissu à base d'écorces d'orange. À vrai dire, je cogite constamment de nouvelles idées et rien ne me passionne plus que de les créer et de les voir prendre vie. J'espère pouvoir poursuivre dans cette voie pendant de nombreuses années encore. »

