Une réunion pour annoncer un projet de résolution appelant à la libération et à la protection des détenus libanais détenus par Israël le 15 septembre 2026 à Beyrouth. Photo Ani
La question des détenus et disparus libanais en Israël pourrait être portée devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Deux organisations du Liban-Sud ont présenté mardi à Beyrouth un projet de résolution appelant notamment à la libération des prisonniers libanais et à une action internationale pour faire la lumière sur le sort des personnes portées disparues ou victimes de disparition forcée en Israël. Le texte devra désormais être soumis aux autorités libanaises, dont le soutien sera nécessaire pour tenter de le faire porter à Genève.
Préparé par le Centre Khiam pour la réhabilitation des victimes de la torture et l’Observatoire de Qana pour les droits de l’homme, le projet a été remis au ministère des Affaires étrangères. Ses promoteurs souhaitent que Beyrouth sollicite le soutien de la mission permanente du Liban auprès des Nations unies à Genève, ainsi que celui d’autres États susceptibles de parrainer le texte et de le porter devant le Conseil.
Le texte réclame la libération des civils détenus arbitrairement ainsi que celle des personnes détenues en tant que prisonniers de guerre lorsque les fondements juridiques de leur détention ne sont plus réunis. Il demande également que les détenus bénéficient d’un traitement humain, soient protégés contre la torture et les mauvais traitements, aient accès aux soins médicaux et disposent de garanties judiciaires.
Cette initiative intervient alors que la question des détenus libanais avait été inscrite à l’ordre du jour du septième round de négociations directes entre le Liban et Israël, organisé à Rome en août. Les deux parties avaient alors échangé les premières listes de détenus et de personnes portées disparues. Beyrouth avait dans un premier temps demandé la libération des détenus civils. Israël a depuis libéré cinq d'entre eux, au début du mois de septembre. Trente-huit autres seraient toujours détenus en Israël, selon une liste publiée par le Comité libanais chargé des prisonniers et détenus. Le prochain round de négociations entre le Liban et Israël, initialement prévu à Rome, a depuis été reporté à octobre. Le chef de l’État Joseph Aoun a affirmé samedi qu’il n’y avait « pas de nouvelles négociations avec Israël pour le moment ».
Le projet de résolution appelle parallèlement le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à obtenir un accès « immédiat et régulier » à l’ensemble des prisonniers libanais, afin de vérifier leur localisation, leur état de santé, leur statut juridique et leurs conditions de détention. Il demande aussi aux mécanismes compétents des Nations unies d’assurer le suivi de ces dossiers et au Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme de présenter un rapport au Conseil des droits de l’homme.
« Le projet de résolution ne découle pas d’une position politique et ne cherche pas à instrumentaliser une question humanitaire dans un conflit politique », a déclaré le directeur général de l’Observatoire de Qana, Mohammad Tay. Il a affirmé que le texte repose sur « le droit humain à la liberté, à la dignité et à la vie », mais aussi sur le droit des familles à connaître le sort de leurs proches et sur la responsabilité de la communauté internationale lorsqu’une personne est portée disparue sans que son sort ne soit établi.
Pour le directeur du Centre Khiam, Mohammad Safa, l’objectif est précisément de ne plus laisser l'affaire des détenus dépendre exclusivement des initiatives locales ou des négociations bilatérales. « Nous ne voulons pas semer la peur parmi les familles des détenus, mais tirer la sonnette d’alarme », a-t-il déclaré, faisant état d’inquiétudes concernant des allégations de torture, de mauvais traitements, de privation de soins médicaux et d’autres abus dans les centres de détention israéliens.
Si le texte venait à être repris par un ou plusieurs États et inscrit à l’ordre du jour du Conseil des droits de l'homme, il pourrait contribuer à renforcer le suivi international du sort des prisonniers et disparus libanais et à accroître les pressions en faveur d’un accès à ces derniers. Une éventuelle résolution du Conseil des droits de l’homme ne garantirait pas toutefois leur libération et ne permettrait pas, à elle seule, de contraindre Israël à s’y conformer.
De son côté, l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa, avait assuré la semaine dernière que Washington continuera à œuvrer à la libération des Libanais encore détenus en Israël. Il avait également indiqué que les avancées sur ce dossier pourraient être intégrées aux prochains rounds de négociations.