Un cortège funèbre des victimes de Kfarremane, dans ce village de Nabatiyé, le 8 septembre 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Les familles et proches des 13 victimes tuées dans les frappes israéliennes sur Kfar Remmane le 7 septembre, dont les 12 membres de la famille Farhat, ont adressé vendredi une lettre au Premier ministre Nawaf Salam et au ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, leur demandant d’engager « une démarche diplomatique et juridique » auprès des Nations unies et des instances internationales compétentes.
Ils réclament notamment une « position officielle libanaise claire et sans ambiguïté », ainsi qu’une enquête indépendante sur les circonstances de la frappe et l’établissement des responsabilités. Selon la lettre, les 12 membres de la famille Farhat appartenaient à « trois générations » : le grand-père et la grand-mère, deux frères jumeaux et leurs épouses, ainsi que leurs huit enfants. Parmi eux figuraient un nourrisson âgé de 37 jours, un enfant en situation de handicap, plusieurs enfants en bas âge et une adolescente de 13 ans. « Seuls deux enfants ont survécu au massacre », écrivent les familles, précisant qu’ils ont été « grièvement blessés » et souffrent de « graves brûlures corporelles ».
« Un nouveau chiffre sur la liste »
Les proches disent refuser que le massacre « devienne un nouveau chiffre ajouté à la liste des victimes ». Ils demandent au gouvernement de transmettre officiellement le dossier aux Nations unies, au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et aux organismes internationaux chargés de la protection des civils et des enfants. Ils appellent également le ministère des Affaires étrangères à saisir le Conseil de sécurité et les États membres de l’ONU afin de réclamer « l’ouverture d’une enquête indépendante et transparente sur les circonstances du massacre et l’établissement des responsabilités ».
Les familles demandent par ailleurs que soient officiellement consignés « les noms des victimes, leur âge, les circonstances de leur mort ainsi que les blessures des survivants », afin de préserver les preuves et d’empêcher que les faits ne soient « occultés ou déformés ». Elles souhaitent enfin que le dossier soit soulevé devant « toutes les instances internationales » et que les responsables soient « tenus de rendre des comptes, conformément au droit international ».
« Un message dangereux »
« La mort d’un nourrisson âgé de 37 jours, de plusieurs enfants, d’un enfant en situation de handicap et de trois générations d’une même famille n’est pas une affaire familiale ni un incident marginal », écrivent les proches. « Il s’agit d’une tragédie humaine et d’un crime qui exigent une enquête, une documentation et l’établissement des responsabilités. »
Ils mettent également en garde contre le risque qu’une absence de position officielle libanaise « envoie un message dangereux », selon lequel le fait de prendre des civils pour cible, « y compris des enfants et des nourrissons, pourrait rester impuni». « Nous voulons que notre État dise clairement que le sang des enfants de Kfar Remmane ne doit pas être versé, que la vie des civils libanais n’est pas sans valeur et que les crimes commis contre eux ne resteront ni sans documentation ni sans demande de reddition de comptes », écrivent-ils.
La lettre se termine par une demande d’action « urgente et concrète » de la part du gouvernement et du ministère des Affaires étrangères, ainsi que d’une information officielle aux familles sur les mesures qui seront prises. « Nous demandons justice, documentation, enquête et reddition de comptes, concluent les proches. Nous demandons que la voix des victimes de Kfar Remmane parvienne aux Nations unies et à toutes les instances internationales concernées. »
Il convient de signaler que Nawaf Salam a reçu vendredi une délégation de la municipalité de Kfar Remmane, conduite par son président Abdallah Farhat, qui lui a présenté une série de demandes liées au retour des habitants et au retour à la vie de la localité. Le Premier ministre a notamment assuré que le Conseil du développement et de la reconstruction allait prochainement lancer ses projets dans la région et demandé à la municipalité d’établir une liste des besoins prioritaires, notamment pour les familles nécessitant une aide au logement. Il a également indiqué que les attaques israéliennes ayant fait des victimes civiles à Kfar Remmane, « dont des enfants », étaient en cours de collecte et de documentation par la Commission nationale du droit international humanitaire, présidée par le vice-président du Conseil des ministres, Tarek Mitri.
La délégation a enfin demandé un renforcement du déploiement de l’armée et des forces de sécurité dans et autour de la localité. M. Salam a assuré que les efforts se poursuivaient en ce sens « afin de rassurer les habitants et de consolider la stabilité ».
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