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Liban-Israël : la guerre en héritage


Vue sur la plateforme X, une de ces vidéos que continuent à publier les militaires israéliens mobilisés dans l’occupation du Liban-Sud. Un soldat casqué, accroupi dans le sable au pied d’un véhicule blindé, s’apprête à presser sur un bouton. « Je dédie cette explosion au Liban à mon fils et à tous ses camarades de rentrée en CP en Israël, pour qu’ils sachent que nous-mêmes, nos pères et nos grands-pères sommes venus ici en toute fierté pour combattre le terrorisme. » Trois kilomètres plus loin, derrière un bosquet, se produit instantanément une explosion qui soulève une fumée phénoménale. En Israël, l’enfant est filmé découvrant le message de son père sur un téléphone. Il est blond, cheveux très courts (c’est la saison des poux, cauchemar des familles le premier jour d’école). Il a ce grand regard innocent des gamins de son âge, 4 ou 5 ans. Ses yeux sourient quand il voit son père. Il voit ensuite le nuage de fumée. Ne sourit plus. Demande deux fois : « C’est une explosion ? »

Et son expression se fait grave. Non, sur le moment, il n’est ni fier ni content. L’entourage se chargera plus tard de le convaincre qu’une explosion est une belle chose à dédier à un enfant qui ne sait pas ce qu’est un terroriste ni ne connaît les critères qui permettent de qualifier comme telle une personne qui se bat sur son propre territoire contre un soldat étranger qui s’y est invité. L’évocation du père et du grand-père de son père n’est sans doute pas pour le rassurer. Cette explosion lui annonce que lui aussi, un jour, pourrait être contraint de presser sur ce bouton. Et comme son père soldat, il ne se soucierait pas de ce que cacherait le nuage, ne verrait pas comme avant-hier à Kfar Remmane la maison détruite, l’amour dispersé en plein sommeil, le grand-père, la grand-mère, les parents, le bébé, les six enfants libanais noyés dans leur sang qui auraient pu être, dans un monde idéal, ses propres camarades. Il n’imaginerait même pas les cercueils roulant ensemble dans le cortège funèbre, les sanglots étouffés au passage des drapeaux rouge et blanc entourant un arbre. Il ne se souviendrait pas de sa consternation d’enfant, quand il avait cinq ans et que son père lui avait dédié avec fierté non pas une œuvre ni quelque chose qu’il avait construit, mais ce souvenir de lui appuyant sans héroïsme sur un bouton qui avait rasé un village à distance.

Oui, le Hezbollah a provoqué cette guerre. Certes avec une escarmouche, mais en connaissance de cause. Le Hezbollah a perdu le Liban de vue depuis longtemps. Dans les années 1980, il profitait de l’abandon du Sud, orchestré par les propres chefs néo-féodaux de la région pour empêcher un développement qui aurait mis leur autorité en danger. Il profitait aussi du soulèvement héroïque du peuple du Sud contre l’occupation israélienne, déjà, et se l’appropriait, et l’organisait sous sa bannière. Il avait vendu son âme à l’Iran, accepté l’argent iranien, l’avait fait ruisseler sur une nouvelle génération de féaux qu’il avait rendus presque riches, et puis les avait soumis. Il les avait bercés de légendes héroïques et convaincus que leur guerre était sainte. Et puis jetés au feu. L’argent avait fini par faire croire, après la résilience du Hezbollah en 2006, que tout était rachetable, les maisons, les âmes, la patrie, la jeunesse, l’avenir, les enfants perdus. Et puis l’argent s’est tari. Bientôt trois ans que le parti peine et le Liban avec, comme jamais. À tel point que des voix osent se lever, au cœur du cœur du Sud, contre les caciques du parti planqués dans des villégiatures du Mont-Liban et qui, eux, ne manquent de rien. Ceux qui sont restés dans les villages où rodent les mitznefet, ces drôles de charlottes qui protègent les casques des soldats israéliens, ceux-là n’ont le choix que d’habiter les ruines de leurs maisons et se nourrir de ce qu’ils trouvent. Ils sont réduits à leur vie organique et n’ont ni le luxe de la sagesse ni celui de la patience. Ils ont la rage au cœur et ils le disent. Peut-être seraient-ils les premiers à se réjouir d’un arrangement avec Israël si celui-ci avait lieu. Après un été désastreux où le Liban a assisté à l’effacement d’une partie de son histoire et de son territoire, la saison froide va encore peser sur les dizaines de milliers de concitoyens restés sans abri et sans ressources. Toutes les guerres ont une fin. Il est temps que celle-ci cesse de se transmettre.

Vue sur la plateforme X, une de ces vidéos que continuent à publier les militaires israéliens mobilisés dans l’occupation du Liban-Sud. Un soldat casqué, accroupi dans le sable au pied d’un véhicule blindé, s’apprête à presser sur un bouton. « Je dédie cette explosion au Liban à mon fils et à tous ses camarades de rentrée en CP en Israël, pour qu’ils sachent que nous-mêmes, nos pères et nos grands-pères sommes venus ici en toute fierté pour combattre le terrorisme. » Trois kilomètres plus loin, derrière un bosquet, se produit instantanément une explosion qui soulève une fumée phénoménale. En Israël, l’enfant est filmé découvrant le message de son père sur un téléphone. Il est blond, cheveux très courts (c’est la saison des poux, cauchemar des familles le premier jour d’école). Il...
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