Des manifestants postés non loin du Parlement libanais, dans le centre-ville de Beyrouth, en marge des séances parlementaires prévues le 11 août 2026, notamment consacrées à la loi d'amnistie générale. Photo Mohammad Yassine / L’Orient-Le Jour
La loi d'amnistie générale a été signée vendredi par le président de la République, Joseph Aoun, près d'un mois après son adoption au Parlement, sans que le chef de l’État ne la renvoie devant la Chambre pour un nouvel examen. La décision a été saluée dans la foulée par le Premier ministre Nawaf Salam, fervent défenseur de cette législation qui ouvre notamment la voie à la libération de 86 détenus islamistes cette année. M. Salam a ainsi passé un appel téléphonique à M. Aoun « saluant sa signature de la loi d’amnistie, attendue depuis longtemps par les Libanais », selon un message du Conseil des ministres sur X.
Le chef du gouvernement a « donné ses instructions » afin que la loi soit publiée ce vendredi dans un numéro spécial du Journal officiel.
Des cris « Allah Akbar » s'échappaient de la prison de Roumié, la plus grande du Liban, en signe de célébration vendredi, selon une vidéo relayée par l'agence Markaziya. « Il y a des célébrations et les détenus sont heureux. La loi est très bonne pour tout le monde », confiait d'ailleurs à L’Orient-Le Jour le jour de son adoption à la Chambre Abou Omar, nom d’emprunt d’un homme incarcéré depuis 2014. Il considérait l’adoption de la loi comme « un accomplissement » pour les détenus islamistes en particulier, bien qu'ils ne soient qu'une petite partie de l'ensemble des personnes bénéficiant de la loi.
Recours en invalidation
La décision de M. Aoun n'allait pourtant pas de soi sachant que la loi avait été adoptée, après des mois de tractations politiques, sur fond d'un bras de fer inédit entre Nawaf Salam et le ministre de la Défense, Michel Menassa, proche du chef de l'État, ancien commandant en chef de l'armée. Rappelant qu'il s'exprime seul au nom du gouvernement, M. Salam avait refusé lors d'une session parlementaire le 11 août que M. Menassa prononce une allocution à la Chambre, qui visait à s'opposer à ce que des personnes coupables d’avoir tué des soldats bénéficient de l'amnistie. Le ministre de la Défense était finalement absent de l'hémicycle pour le vote décisif, le lendemain. « L'armée a été empêchée de parler, mais ce n'est pas la fin de l'histoire », avait-il promis dans un communiqué, salué alors par le commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, lui aussi proche de M. Aoun. Dix jours cependant après leur dispute, les deux responsables avaient participé côte à côte à une visite et un briefing militaire dans une caserne de Tyr au Liban-Sud, affichant un front uni.
Par ailleurs, le chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) Gebran Bassil avait fustigé une atteinte à la « dignité » de l'armée lors du vote. Après la décision vendredi, le député Bassil a annoncé qu'il prévoyait de déposer un recours en invalidation, qui nécessite le soutien d'au moins dix députés (sachant que son bloc comprend treize élus), devant le Conseil constitutionnel. « Maintenant que le président de la République a signé la loi d’amnistie générale (…) nous allons la contester, pour défendre la justice, par respect pour les martyrs et pour faire face à un crime », a écrit M. Bassil sur son compte X, affirmant agir « pour préserver la dignité, conserver une part de fierté et rendre hommage à l’armée. »
Au total, environ 2 000 détenus, poursuivis pour diverses infractions, devraient être libérés lors d'une première phase d'application de la loi, avait indiqué une source parlementaire contactée en août par L'Orient-Le Jour. Des médias locaux et l'organisation Legal Agenda estiment à environ 250 le nombre total de détenus islamistes concernés et qui devraient être libérés par étapes au cours des prochaines années, en fonction de la durée de leurs peines. À noter qu’en vertu de la loi, le cheikh salafiste Ahmad el-Assir devrait être libéré en avril 2028. Le texte couvre également environ 100 personnes condamnées ou poursuivies pour des infractions mineures liées à la drogue, dont une bonne proportion est chiite. Pour ce qui est des ressortissants libanais présents en Israël et couverts par le texte à la demande de partis chrétiens, leur nombre officieux est estimé à environ 4 000, selon des informations de presse et les estimations de Legal Agenda.



