La plage publique de Jbeil, en février 2024. Photo Olivia Le Poidevin / L'Orient-Le Jour
Le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rassamny a annoncé avoir accordé cet été « 13 nouveaux permis » pour la gestion de plages publiques, sur un littoral libanais toujours plus rongé par les projets privés et empiètements sur des terrains publics, ce qui porte à 20 le nombre de sites, selon le ministre, désormais ouverts au public sur les moins de 200 km de la côte.
Cette annonce est significative dans un pays où l’accès au littoral est compliqué par divers facteurs, notamment les très nombreux empiètements qui se poursuivent depuis les années 80 pendant la guerre civile de 1975-1990, bien qu'un décret de 1925 stipule que la côte appartient au domaine public. Outre les constructions totalement illégales, certains projets ont pu bénéficier de décrets d'exception accordés par le gouvernement, souvent décriés par les activistes de la société civile. La mauvaise gestion et la pollution terrestre et maritime rendent en outre de nombreuses plages pratiquement infréquentables. Rares sont celles qui jouissent d’une gestion continue, comme la plage de sable de Ramlet el-Baïda à Beyrouth, qui reste toutefois l’une des plus polluées du pays.
Dans ce contexte, qu’est ce qui fait qu’un terrain côtier devient une plage publique, leur accès est-il payant et où sont situées ces 20 plages ?
On vous explique.
De Qleyate à Baïssariyé
Les nouvelles plages publiques se trouvent à Ghazir, Nahr Ibrahim, Jounieh, Okaïbé (Kesrouan), Kfaraabida, Mounsef, Thoum, Hamate (Liban-Nord), Dbayé-Zouk el-Kharab (Metn), Saïda, Ghaziyé, Sarafand et Baïssariyé (Liban-Sud). Les plages publiques qui étaient précédemment gérées suivant des permis sont Barbara, Qleyate (Liban-Nord), Amchit, Jbeil (caza de Jbeil), Tabarja-Kfaryassine (Kesrouan), Ramlet el-Baïda (Beyrouth) et Sarafand (Liban-sud).
À ces sites, il faudra ajouter ceux qui sont classés réserves naturelles (donc obéissant à un régime différent), comme la plage de sable de Tyr (Liban-Sud) et les îles des Palmiers au large de Tripoli (Liban-Nord), ou encore la hima (réserve locale) de Mansouri (Tyr, Liban-Sud), aujourd'hui en grand danger en raison des bombardements incessants de l'armée israélienne.
Comment une plage obtient-elle le label de « plage publique » ?
M. Rassamny a donné des indications sur les permis accordés, soulignant que leur octroi s’est fondé sur des cahiers de charge aux conditions strictes, répondant à des impératifs d’organisation, de sécurité et de services de base. « Le ministère supervise leur mise en application, et en cas de manquements, les parties concernées ne pourront obtenir de renouvellement de leur permis », a-t-il précisé.
Interrogé par L'Orient-Le Jour sur ces 13 nouvelles plages publiques, Mohammad Nahlé, directeur du département des biens-fonds publics maritimes au ministère des Travaux publics et des Transports, a affirmé que les demandeurs de permis dans le cas des 13 nouveaux sites sont essentiellement des municipalités. Des coopératives locales peuvent également faire des demandes. Parmi les critères à respecter pour obtenir une licence, le fait que la plage soit « propre et sûre », en étant notamment soumise à la surveillance de maîtres-nageurs, explique M. Nahlé. Depuis Berbara, M. Rassamny avait également insisté sur ces critères : « Multiplier les plages publiques consacre un concept essentiel, celui de garder le littoral ouvert à tous, mais dans un cadre qui garantit la propreté et la sécurité ».
Selon lui, les municipalités prennent l’initiative d’installer les infrastructures nécessaires, notamment des miradors de contrôles, des flotteurs en mer, des services de maîtres-nageurs. « Il est très positif que les municipalités prennent en charge la gestion de plages publiques, parce qu’elles ont la possibilité d’en améliorer l’accès, d’assurer des places de parkings, de travailler à réduire la pollution lorsque cela est possible… Mais au ministère, nous insistons beaucoup sur les garde-fous : ces endroits sont faits pour être au service de la population, non comme sources de bénéfices pour quiconque », précise M. Nahlé.
Ces plages sont-elles payantes ?
« Les personnes qui fréquentent les plages publiques doivent savoir que l’accès doit être totalement gratuit, et que toute dépense est volontaire de la part des baigneurs, s’ils désirent acheter à manger ou louer des chaises ou des parasols, par exemple. Toute autre contrainte, comme celle d’interdire aux plaisanciers de faire entrer une chaise ou de la nourriture, n’est autorisée ni justifiée par le permis octroyé par le ministère. Les baigneurs doivent en être conscients et dénoncer ces faits si tel est le cas. »
M. Nahlé appelle donc les citoyens à la vigilance, à la connaissance de leurs droits et à la dénonciation d'abus, parce que les moyens du ministère ne lui permettent pas toujours de déceler toutes les anomalies.


