L’entrée du bâtiment principal de la Banque du Liban, le 8 janvier 2026. Photo P.H.B./L’Orient-Le Jour
La Banque du Liban (BDL) a demandé aux banques commerciales de commencer à constituer un registre centralisé recensant l’ensemble des déposants et des comptes du système bancaire libanais. Cette mesure, prévue par la circulaire de base n° 174 publiée le 17 août, s’inscrit dans les préparatifs d’un futur plan de remboursement des dépôts.
Chaque déposant se verra attribuer un identifiant unique (UBID), reconnu par toutes les banques, permettant de regrouper les comptes détenus par une même personne auprès de plusieurs établissements et dans différentes devises afin de faciliter l’identification du titulaire. Les banques devront transmettre des fichiers mensuels distinguant les dépôts en « lollars » – dollars bloqués dans le système bancaire libanais – de ceux en « dollars frais » et en livres libanaises. Selon la circulaire, ce registre permettra à la BDL de déterminer « le nombre réel de déposants et le volume total de leurs dépôts dans toutes les devises », ainsi que « le coût réel du processus de remboursement progressif » prévu par le projet de loi sur la stabilisation financière et la restitution des dépôts, communément appelé « loi sur le trou financier », qui doit répartir les quelque 80 milliards de dollars de pertes accumulées entre l’État, la BDL et les banques commerciales.
Calculer le plafond par déposant
Approuvé par le Conseil des ministres en décembre 2025, le texte est toujours en suspens au Parlement, tandis que des désaccords persistent sur ses dispositions et que les discussions se poursuivent avec le Fonds monétaire international (FMI).
Selon les propositions actuellement discutées, les déposants récupéreraient jusqu’à 100 000 dollars sur plusieurs années, tandis que les soldes dépassant ce seuil seraient convertis en titres à long terme. Le gouvernement et la BDL divergent à la fois sur la durée du remboursement et les échéances de ces titres.
Le nouveau registre permettrait de calculer les remboursements par déposant, plutôt que par compte ou par banque. Une personne détenant des dépôts dans plusieurs établissements ne bénéficierait ainsi que du seul plafond prévu pour l’ensemble de ses comptes. L’enjeu est également capital pour la BDL et les banques, dans la mesure où cette méthode de calcul pourrait permettre d’alléger les montants remboursés.
« C’est une bonne mesure. Elle est nécessaire pour la transparence, mais aussi en vue du remboursement des dépôts », salue un banquier interrogé. Un confrère juge lui aussi la démarche justifiée, tout en soulignant la charge croissante qu’imposent les demandes réglementaires aux établissements. « Au cours des six dernières années, les demandes de la BDL et de la Commission de contrôle des banques (CCB) se sont tellement multipliées qu’il faut désormais pratiquement un nouveau département, avec du personnel entièrement dédié à ces dossiers », ironise-t-il. « Cela nécessite des ressources, des systèmes et du personnel supplémentaire », renchérit un troisième banquier, alors que la plupart des établissements sont de fait insolvables. L’inclusion des comptes en « dollars frais » suscite également chez lui des inquiétudes particulières : « Les déposants pourraient y voir une surveillance inutile, mal l’interpréter et décider de ne pas transférer de nouveaux fonds vers le pays », ajoute-t-il. Il s’interroge également sur les conditions dans lesquelles les informations permettant d’identifier les déposants pourraient être divulguées.
Contactée par L’Orient-Le Jour, la BDL déclare que les comptes en « dollars frais » ne seraient intégrés que durant la deuxième phase du projet et seraient utilisés « uniquement à des fins statistiques ». Elle ajoute qu’elle « prépare une feuille de route détaillée afin de guider les banques à travers chaque phase du projet » et qu’une équipe dédiée accompagnerait chaque établissement dans sa mise en œuvre.
La BDL rassure sur la confidentialité
La banque centrale insiste également sur le fait que les données seront « strictement confidentielles » et protégées par plusieurs niveaux de sécurité. « Les informations relatives aux dépôts seront stockées dans les systèmes de la BDL selon un dispositif de sécurité hautement avancé, explique-t-elle, cet accès étant strictement réservé au titulaire du compte ou aux personnes légalement habilitées. »
Selon la BDL, les informations permettant d’identifier les déposants ne pourront être consultées que par les organismes mentionnés à l’article 7 de la loi sur le secret bancaire, notamment la Commission spéciale d’investigation, la Commission nationale de lutte contre la corruption, l’administration fiscale, la CCB et le gouverneur de la BDL. « Les utilisateurs du registre n’auront accès qu’à (l’UBID), sans pouvoir consulter son identité », précise-t-elle encore.

