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Économie - Impayés Du Public

Électricité du Liban coupe le courant aux mauvais payeurs, mais assouplit son ultimatum

Au moins deux sources proches du dossier contactées par « L’Orient-Le Jour » ont indiqué que le ministère de la Défense et l’armée étaient désormais à jour dans leurs paiements, et que l’AIB avait rattrapé une partie de son retard.

Électricité du Liban coupe le courant aux mauvais payeurs, mais assouplit son ultimatum

Des pylônes électriques à haute tension à Baabda, le 22 août 2024. Photo d’illustration Philippe Hage Boutros/L’Orient-Le Jour.

Dix jours après avoir mis une première fois en demeure les administrations publiques, établissements publics et municipalités de régler leurs arriérés de factures d’électricité, Électricité du Liban (EDL) affirme être passée à l’action contre les mauvais payeurs, dans un nouveau communiqué qui ressemble toutefois davantage à un assouplissement de l’ultimatum initial qu’à sa stricte mise à exécution.

Le fournisseur assure avoir « commencé à couper le courant » aux entités n’ayant ni réglé leurs dettes ni pris contact avec lui dans le délai imparti pour demander un délai ou convenir d’un échéancier. EDL accorde toutefois dix jours supplémentaires à celles ayant déjà réglé une partie de leurs arriérés pour solder leur dette.

Dans sa mise en demeure du 14 août, EDL avait accordé cinq jours ouvrables à compter du lundi 17 août à l’ensemble des entités publiques concernées, à l’exception des hôpitaux publics, pour régler factures et arriérés, sous peine de coupure. Une menace qui a porté ses fruits, selon le fournisseur, qui n’a pas donné la liste des entités publiques qui se sont acquittées de leurs factures, se contentant de transmettre ses « remerciements » à celles qui s’étaient manifestées.

Qui a payé ?

Au moins deux sources proches du dossier contactées par L’Orient-Le Jour ont indiqué que le ministère de la Défense et l’armée étaient désormais à jour dans leurs paiements, et que l’Aéroport international de Beyrouth (AIB) avait rattrapé une partie de son retard. Contactée, une source à la direction d’EDL nous a indiqué que le fournisseur ne disposait pas encore de toutes les informations, une partie des paiements étant effectués via le ministère des Finances. Le ministre de l’Énergie Joe Saddi a affirmé à notre publication qu’EDL était totalement autonome sur ce dossier.

EDL reconnaît avoir adouci le ton avec les autres administrations, institutions et municipalités. Le fournisseur a expliqué que le but n’était pas de leur couper le courant, mais de les pousser à régler leurs factures ou, au moins, à se manifester au plus vite, parce qu’il avait besoin de financements pour continuer à acheter du carburant, devenu de plus en plus cher à la suite de la hausse des prix des hydrocarbures liée à la guerre entre l’Iran et les États-Unis. Il a aussi souligné que « les mesures adoptées sont appliquées à toutes les entités concernées selon des critères uniformes ». La source précitée a cependant assuré que le fournisseur n’hésiterait pas à mettre ses menaces à exécution si nécessaire.

Surcoût à financer

Pour justifier son coup de pression, EDL avait fait valoir dans son communiqué du 14 août que son budget pour 2026 avait été calculé sur la base d’un prix de la tonne de gasoil – le carburant consommé par ses deux principales centrales thermiques opérationnelles – d’environ « 680 dollars, alors que celui-ci se négocie actuellement aux environs de 1 500 dollars ».

Lors de sa conférence de presse de vendredi, où il avait annoncé un audit des anciens navires-centrales, le ministre de l’Énergie avait aussi indiqué que la hausse des prix du pétrole avait fait exploser le coût de production des deux installations thermiques opérationnelles, Deir Ammar (Liban-Nord) et Zahrani (Liban-Sud). Selon les estimations d’EDL, le surcoût atteint désormais 30 millions de dollars par mois pour maintenir 2 à 4 heures de courant par jour – niveau limite en termes de stabilité du réseau –, pour un coût total de 66 millions, contre 45 à 50 millions pour 4 à 6 heures (95 millions au total) et plus de 60 millions pour 7 à 9 heures (126 millions). Des coûts énormes pour un pays comme le Liban, mais qui justifient à eux seuls un changement de la politique énergétique du pays.

Le coût de production des deux centrales atteint actuellement 16 à 21 cents par kWh avec la hausse du carburant, tandis que les tarifs, inchangés depuis 2022, restent à 10 cents sous 100 kWh par mois et 27 cents au-delà. Le gouvernement n’étant pour l’instant ni disposé à les augmenter ni en mesure de financer des centrales plus performantes, le recouvrement des arriérés reste la solution la plus rapide pour dégager suffisamment de fonds.

Montant des arriérés

Au début du mois, le ministre de l’Énergie avait indiqué, lors d’une tournée au Liban-Nord, que les arriérés du secteur public envers EDL atteignaient 250 millions de dollars au 21 décembre 2025 et augmentaient d’environ 12 millions par mois. La guerre au Liban-Sud a aussi pesé lourd : selon la direction d’EDL, contactée par L’Orient-Le Jour, les pertes de recouvrement des factures publiques et privées liées aux guerres de 2024 et 2026 atteignent 50,7 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 30,3 millions dus à l’exemption accordée aux abonnés du Liban-Sud en 2024 et près de 115 millions de dollars de dommages de guerre, sans plus de précision sur la décomposition de ces chiffres.

S’ajoutent enfin à ce manque à gagner la hausse des impayés et les vols de courant dans le secteur privé, pour lesquels aucune donnée consolidée n’a encore été publiée. La collecte auprès des particuliers et entreprises est assurée par quatre prestataires d’EDL – BUS, NEU, KVA et Mrad – qui se partagent le territoire. « Il ne s’agit pas de ménages, mais de grandes entreprises ou entités privées qui ne paient pas leurs factures. Elles sont connues, mais EDL n’active pas les leviers nécessaires pour les poursuivre », affirme une source proche de l’une de ces sociétés. Une accusation réfutée par EDL, qui invoque une procédure contraignante avant toute coupure : plusieurs avertissements, puis un changement de statut du compteur ouvrant six mois de recouvrement à l’amiable avant de véritables poursuites.

L’efficacité et le coût des prestataires de services d’EDL font régulièrement débat depuis leur arrivée en 2012. Ceux-ci invoquent la succession de crises dans le pays depuis 2019, mais aussi leur trop grande dépendance aux décisions d’EDL, qui auraient entravé leur travail. Selon une source de l’une de ces sociétés souhaitant rester anonyme, les progrès réalisés avant 2019 dans la réduction des pannes et des impayés ont fondu avec la crise. Sur les 1,2 million d’abonnements traditionnellement revendiqués par EDL, « les pertes sont passées de 15 à 20 % pour les prestataires les plus performants et de moins de 30 % pour ceux à la traîne à plus de 50 % pour tous actuellement », déplore-t-elle, plaidant pour davantage d’autonomie.


Dix jours après avoir mis une première fois en demeure les administrations publiques, établissements publics et municipalités de régler leurs arriérés de factures d’électricité, Électricité du Liban (EDL) affirme être passée à l’action contre les mauvais payeurs, dans un nouveau communiqué qui ressemble toutefois davantage à un assouplissement de l’ultimatum initial qu’à sa stricte mise à exécution. Le fournisseur assure avoir « commencé à couper le courant » aux entités n’ayant ni réglé leurs dettes ni pris contact avec lui dans le délai imparti pour demander un délai ou convenir d’un échéancier. EDL accorde toutefois dix jours supplémentaires à celles ayant déjà réglé une partie de leurs arriérés pour solder leur dette.Dans sa mise en demeure du 14 août, EDL avait accordé cinq jours...
commentaires (1)

L’EDL ferait mieux de couper complètement le courant dans tout le pays. À quoi bon maintenir un service qui ne fournit de l’électricité que 2 à 4 heures par jour ?

Hitti arlette

17 h 42, le 24 août 2026

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Commentaires (1)

  • L’EDL ferait mieux de couper complètement le courant dans tout le pays. À quoi bon maintenir un service qui ne fournit de l’électricité que 2 à 4 heures par jour ?

    Hitti arlette

    17 h 42, le 24 août 2026

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