Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Je me battrai pour la paix. Je me battrai contre l’amputation

Il est quatre heures du matin à Abou Dhabi.

Je me retourne dans mon lit. Mes pensées errent entre ma journée d’hier, le travail, mes enfants, la politique… Et puis cette image du Liban amputé de son Sud diffusée par le ministère israélien des Affaires étrangères s’est de nouveau imposée à moi. Elle ne me quitte plus.

Quand je l’ai vue, j’ai eu une sensation terrible : mon souffle s’est coupé de colère, comme si on m’avait scié les jambes, comme si on m’avait amputé une partie de mon pays, de mon corps. Je n’arrivais plus à fermer l’œil. Une immense colère m’a envahie.

Je n’ai jamais voulu généraliser. Je sais qu’en Israël, il existe des hommes et des femmes qui veulent la paix, qui refusent l’extrémisme et qui souhaitent vivre en en paix mais les discours expansionnistes de l’extrême droite israélienne m’ont toujours fait craindre le pire.

J’ai voulu donner une chance aux négociations.

J’ai voulu croire qu’il était encore possible de construire une solution politique entre le Liban et Israël.

Mais aujourd’hui, encore plus avec la diffusion de cette « carte », j’ai peur. Mes doutes sont-ils en train de se confirmer ?

Parce que ce que je vois au Sud du Liban me pousse à me poser des questions.

J’ai de plus en plus de mal à croire que l’objectif d’Israël soit uniquement de combattre le

Hezbollah. Il est devenu difficile de ne pas constater que la destruction touche bien davantage que des positions militaires.

Des maisons sont détruites. Des villages sont ravagés. Des lieux qui portent la mémoire des familles, des communautés et de toute l’histoire du Sud sont atteints.

Et c’est cela qui me fait le plus peur : que l’on ne soit plus seulement en train de combattre un adversaire, mais de rendre une terre inhabitable, de bouleverser son identité, son histoire, sa faune, sa flore et la présence de ceux qui y vivent depuis des générations.

Je veux me tromper. Vraiment.

Je veux croire qu’il existe encore une volonté réelle de négocier avec le Liban. Je veux croire que l’objectif est la sécurité et qu’une solution politique est possible.

Mais lorsque je regarde ce qui se passe aujourd’hui, je ne peux plus empêcher cette question de surgir : et si le désarmement n’était plus le véritable objectif ?

Et si ce que nous sommes en train de voir au Liban-Sud répondait à un projet beaucoup plus profond ?

C’est cette possibilité qui me terrifie.

Parce que le Liban-Sud n’est pas une terre vide. C’est une partie de notre histoire, de notre mémoire, de notre identité libanaise.

Je veux être très claire : on peut être opposé au Hezbollah, refuser ses armes, refuser qu’un parti décide seul de la guerre et de la paix, et exiger que la souveraineté militaire appartienne exclusivement à l’État.

Mais cela ne signifie pas que nous devons accepter qu’on touche à notre territoire.

Ce n’est plus seulement une question de Hezbollah.

C’est une question de Liban.

Bachir Gemayel répétait cette idée des 10 452 kilomètres carrés du Liban. Pas un pouce en moins.

Ces 10 452 kilomètres sont à tous les Libanais. Le Liban n’est pas un assemblage de territoires confessionnels. Le Liban-Sud n’est pas la terre des chiites, le Nord celle des sunnites, et la montagne celle des chrétiens : c’est notre Liban à tous.

Alors que ferons-nous, nous tous libanais, si le Sud du Liban nous est amputé ?

Que ferons-nous si, demain, on nous demande simplement d’accepter une nouvelle réalité territoriale ?

Que fera la communauté internationale ?

Que fait le monde face à ce qui se passe en Cisjordanie ?

Il regarde, il condamne parfois, il négocie, il appelle au calme… mais jusqu’où cela ira-t-il ?

Et pour le Liban, que fera-t-il ?

Je ne veux pas la guerre.

Je ne veux pas la vengeance.

Je ne veux pas que nos enfants connaissent encore une guerre de plus.

Je veux des négociations. Je veux la paix. Je veux un Liban souverain, maître de ses décisions et protégé dans ses frontières.

Mais je crois aussi qu’à partir d’aujourd’hui, tous les Libanais doivent comprendre quelque chose : nous pouvons être profondément divisés sur notre politique intérieure. Nous pouvons avoir des visions totalement différentes de l’avenir du Liban.

Mais lorsqu’il s’agit de notre terre, nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés.

Parce que si le Sud du Liban nous est amputé, ce n’est pas le Sud du Hezbollah qui disparaît.

C’est un morceau du Liban.

Et peut-être qu’alors naîtra une autre forme de résistance : une résistance véritablement nationale, qui ne porterait ni le nom d’un parti ni celui d’une confession

Et je me demande alors : si le Sud était un jour occupé ou annexé, pourrait-il devenir le point de rassemblement d’une résistance nationale qui réunirait enfin les Libanais autour de ce qui nous appartient à tous ? Pourrions-nous, au lieu de nous diviser encore entre confessions et partis, nous retrouver autour de notre armée et de notre État soutenus par une résistance nationale pour défendre un Liban unifié, dans ses 10 452 kilomètres carrés ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il est quatre heures du matin à Abou Dhabi.Je me retourne dans mon lit. Mes pensées errent entre ma journée d’hier, le travail, mes enfants, la politique… Et puis cette image du Liban amputé de son Sud diffusée par le ministère israélien des Affaires étrangères s’est de nouveau imposée à moi. Elle ne me quitte plus.Quand je l’ai vue, j’ai eu une sensation terrible : mon souffle s’est coupé de colère, comme si on m’avait scié les jambes, comme si on m’avait amputé une partie de mon pays, de mon corps. Je n’arrivais plus à fermer l’œil. Une immense colère m’a envahie.Je n’ai jamais voulu généraliser. Je sais qu’en Israël, il existe des hommes et des femmes qui veulent la paix, qui refusent l’extrémisme et qui souhaitent vivre en en paix mais les discours expansionnistes de l’extrême...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut