Kristina Zouein donnant un cours de confection de sacs en 2026 dans sa boutique à Bruxelles. Photo fournie par Kristina Zouein
Au fond, on n’a besoin que de deux sortes de sacs dans la vie : un grand pour le jour, un petit pour le soir. Et tant qu’à faire, autant transformer ces transporteurs de nos objets indispensables en compagnons, confidents, contrepoints de notre différence et de nos particularités. Une femme n’est, semble-t-il, jamais seule avec son sac, et son sac reflète sa personnalité. Kristina Zouein l’a compris, elle qui organise chaque été un atelier de confection dans sa maison familiale à Ghbélé, dans le Kesrouan, sur sa terrasse devant la mer. Trois nouvelles dates sont posées, le 31 juillet et les 7 et 13 août, pour ce moment méditatif et ludique où l’on apprend en toute simplicité le métier de cordonnier et d’où l’on sort au bout de quelques heures avec, à son bras, « le » sac à soi, fait de ses propres mains. Non moins de quinze couleurs et textures de cuir permettent des combinaisons infinies. Aucun sac ne ressemblera à un autre, et le moment qu’on aura passé dans cet atelier informel, dans une communauté improvisée, écho des réunions du mouvement arts and crafts au début de l’ère industrielle, est infiniment thérapeutique.

Rien ne prédestinait Kristina Zouein à une carrière d’artisane. Diplômée en gestion et marketing de l’AUB, elle aurait pu suivre la route toute tracée des planifications et des perspectives de carrière. Mais c’est le cuir qui l’a happée. Cette matière qui se travaille à la main impose son tempo, oblige à réapprendre la géométrie et la mesure, à s’abstraire au temps mécanique. Elle a trouvé dans les gestes du cordonnier la satisfaction tranquille de fabriquer quelque chose qui tient debout, quelque chose de matériel infusé de lenteur, à une époque où tout se dématérialise.
Tout commence pour elle à Saïfi, dans l’atelier de maroquinerie de Johnny Farah. Ce point de départ porte déjà une charge symbolique, tant Beyrouth aime se raconter par ses artisans. De là, Kinamania a essaimé jusqu’en Belgique, mais sans jamais couper le cordon qui la relie à sa ville-matrice : faire travailler la main libanaise, tout en gardant un œil lucide sur les lois d’un marché qui ne pardonne rien. Elle commence par une collection de minorquines, cette sandale des Baléares au nom chantant (majorquina d’un côté de l’île, minorquina de l’autre), large bande sur le dessus du pied, fine lanière derrière le talon, comme un souvenir d’été qu’on voudrait garder toute l’année.
Au-delà du succès de ces sandales, plus tard rejointes par des souliers à lacets, mocassins et autres modèles simples et colorés, en cuir seconde peau, Kristina Zouein va tisser, au sens propre, des solidarités actives : ici, ce sont des mains de réfugiées syriennes qui donnent vie aux pièces ; là, ce sont les points de croix ancestraux des brodeuses des camps palestiniens qui viennent signer l’ouvrage de leur mémoire. Une trilogie discrète, presque un mantra, résume cette éthique : confectionner, agir, réparer. Trois verbes qui racontent une marque singulière qui, au-delà des derbies et des sacs personnalisés, croit en l’empreinte de la main de l’artisan, capable d’insuffler de la vie dans l’objet confectionné. Les sacs et chaussures de Kristina Zouein permettent surtout de ne jamais perdre de vue d’où l’on vient ni ce qui conditionne nos choix.
Les ateliers auront lieu le 31 juillet et les 7 et 13 août à Ghbélé.
Pour plus d’informations, contactez le 03 686936.
Instagram : kinamania.shoes


