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Iran-Hezbollah : la rengaine des absents


Il suffit de peu parfois pour ranimer un vieux débat, pour remettre sur le tapis des dilemmes que l’on croyait balayés par le cours rapide des évènements. Se pose ainsi une fois de plus l’épineuse, l’embarrassante question de savoir s’il serait judicieux ou non d’associer l’Iran et le Hezbollah aux efforts de pacification du Liban.

Cette interrogation, l’État y a déjà répondu sans détours ; mais il n’a tranché en réalité qu’une partie du nœud gordien. Dans son souci de préserver la paix civile alors que la guerre tout court n’a pas encore dit son dernier mot, il n’a épargné aucun effort pour amener la milice à composition. Soit dit en toute justice, le pouvoir y a même perdu de son crédit populaire et il n’a aucun mal à le reconnaître. Dès le départ pourtant c’était peine perdue, et pour cause : le Hezbollah ne fera jamais que ce que l'Iran lui enjoindra de faire. C’est néanmoins ce même Iran que le Liban, excédé par ses innombrables et impudentes ingérences, a pratiquement décrété hors jeu en optant, comme on sait, pour des négociations directes avec Israël sous les auspices des Etats-Unis. Il a en outre déclaré persona non grata l’ambassadeur de la République islamique qui avait violé toutes les règles de réserve et de décence régissant l’activité diplomatique ; sommé de prendre la porte, l’ambassadeur a néanmoins décoché à l’État un cinglant j’y suis j’y reste, fort du visa de séjour qu’il s’est arrangé pour obtenir de la Sûreté générale en tant que simple ressortissant iranien privé de toute immunité…

Ce paradoxe n’est d’ailleurs pas le seul puisque ce sont maintenant des voix américaines (quoique mâtinées d’ascendances libanaises) qui viennent de relancer la discussion. Ce n’était pas peu, pour le coup. Après tout, Tom Barrack incarne jusqu’à la caricature le proche ami et partenaire en affaires du Boss, bombardé super-diplomate sans avoir la moindre expérience dans cette spécialité. Émissaire présidentiel au Liban où il a fait ses classes, ambassadeur en Turquie et dans le même temps envoyé spécial en Syrie et en Irak, le personnage n’a pas été avare d’esclandres. Il a balayé de la main les frontières étatiques de la région résultant des accords Sykes-Picot du siècle dernier. Il a menacé les Libanais d’un retour au Bilad al-Cham (Grande Syrie) et a reproché leur comportement animal aux journalistes qui le pressaient bruyamment de questions.

Dans une interview via la plateforme X, Barrack vient cette fois de prendre le contre-pied de front son propre patron en déplorant l’occupation prolongée et l’annexion par Israël du Golan syrien, pourtant avalisées par Donald Trump. Dans la foulée, il a critiqué l’absence de l’Iran et du Hezbollah aux pourparlers sur le Liban, ce qui expliquerait leur manque de progrès. Vivement pris à partie par les Israéliens et la droite américaine, Barrack a dû rétropédaler, replaçant ses propos dans un cadre strictement académique, historique et conforme aux lois internationales. Assez curieusement toutefois, il n’a essuyé aucun désaveu officiel.

Non moins remarquables sont au demeurant les déclarations d’Edward Gabriel, président du Groupe de travail pour le Liban (ATFL) qui vient de visiter Beyrouth à la tête d’une délégation de cet influent lobby libanais. Pour cet ancien ambassadeur des États-Unis, le président Trump est tout disposé à engager des contacts directs avec le Hezbollah si cela peut s’avérer utile. Apparaissant sur la chaîne locale Al-Jadeed, Gabriel a même assuré en avoir reçu confirmation du haut personnel de l’ambassade US à Beyrouth : confidence dont la révélation n’a pas manqué de susciter des remous au sein de la représentation américaine comme de la délégation qui l’accompagne. Aussi a-t-il dû lui aussi relativiser ses vues en assurant que le Hezbollah ne fait montre d’assez de sérieux pour que soit envisagé un tel dialogue.

De tout cela, on serait tenté de tirer une impression d’incohérence, sinon de désordre, compte tenu des approches contradictoires prônées par le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Plus probablement a-t-on là un Donald Trump qui garde délibérément plusieurs fers au feu pour multiplier ses chances de décrocher un deal. Dans sa hâte à conclure l’accord-cadre d’Islamabad le chef de la Maison Blanche avait fait une concession majeure à l’Iran en acceptant d’intégrer le front libanais à un cessez-le-feu général, pour précaire que s’avère ce dernier. Plus d’une fois, en outre, Trump a lui-même affirmé que son administration avait pris langue avec le Hezbollah ; mais sans doute faisait-il plutôt référence aux contacts suivis que maintient l’Amérique avec le président de l’Assemblée Nabih Berry qui fait office de tampon amortisseur, de courroie de transmission, auprès de ses alliés.

Ce sont en définitive des ballons d’essai en tous genres que s’emploie vraisemblablement à lâcher Washington. Que certains de ceux-ci soient confiés aux mains inexpertes de diplomates du business permet d’explorer sans grand dommage les voies les plus hétérodoxes ; les politologues ont d’ailleurs inventé un charmant vocable pour désigner l’indulgence administrative réservée à ces débroussailleurs : la rupture tolérée. Pour autant, ces lignes ne devraient en aucun cas être perçues comme un plaidoyer pour quelque arrangement avec l’Iran. Cette sorte de bazar, les puissances y œuvrent visiblement déjà en notre lieu et place ; dans la meilleure des hypothèses, elles le font sous couvert de pragmatisme, de realpolitik et autres cyniques prétextes pouvant parfois mener à abandons. C’est vrai que l’État a fort à faire, pris qu’il est entre la brutalité de l’occupation, la flagrante mauvaise foi des négociateurs israéliens et la combativité d’arrière-garde du Hezbollah. Non moins vitale demeure cependant la consolidation de son front interne face à toutes les mauvaises solutions susceptibles de l’extérieur.

Le pire serait pour le Liban que l’un de ces ballons finisse par lui éclater à la figure faute de ne pas l’avoir vu venir, et de ne s’y être pas préparé à temps.

Il suffit de peu parfois pour ranimer un vieux débat, pour remettre sur le tapis des dilemmes que l’on croyait balayés par le cours rapide des évènements. Se pose ainsi une fois de plus l’épineuse, l’embarrassante question de savoir s’il serait judicieux ou non d’associer l’Iran et le Hezbollah aux efforts de pacification du Liban.Cette interrogation, l’État y a déjà répondu sans détours ; mais il n’a tranché en réalité qu’une partie du nœud gordien. Dans son souci de préserver la paix civile alors que la guerre tout court n’a pas encore dit son dernier mot, il n’a épargné aucun effort pour amener la milice à composition. Soit dit en toute justice, le pouvoir y a même perdu de son crédit populaire et il n’a aucun mal à le reconnaître. Dès le départ pourtant c’était peine perdue, et pour...