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Culture - Francophonie

Gaza : un concours de poésie révèle une jeunesse qui résiste par les mots

Les œuvres de soixante étudiants, écrites en français malgré la guerre, ont bouleversé un jury composé de grandes figures de la littérature et de la pensée.

Gaza : un concours de poésie révèle une jeunesse qui résiste par les mots

Des Palestiniens sur le front de mer de Gaza, le 3 juillet 2026, malgré une guerre toujours sans issue durable. Photo Eyad Baba / AFP

Ce qui devait être un simple concours destiné à encourager des étudiants de Gaza à poursuivre leur apprentissage du français s’est transformé en une véritable anthologie de résistance par les mots.

Organisé par l’Institut français de Gaza et l’ONG Academic Solidarity with Palestine, créée officiellement en février 2024 pour assurer des enseignements à distance auprès d’étudiants privés d’université par la guerre, le concours a réuni une soixantaine de jeunes, âgés pour la plupart de 18 à 25 ans. Parmi eux, six grands prix et quinze prix d’excellence ont été décernés le 9 juillet, les noms des lauréats ayant été modifiés pour des raisons de sécurité.

À l’origine de cette initiative, des enseignants bénévoles qui souhaitaient redonner un objectif à leurs étudiants. Aujourd’hui, près de 1 000 Gazaouis suivent des cours de français en ligne grâce à l’ONG, tandis que 300 autres poursuivent des formations en médecine. L’annonce du concours a, selon les organisateurs, créé un véritable regain de motivation pour les cours de langue. « C’était cruel d’avoir à choisir parmi toutes ces créations », reconnaît Anne-Christine Habbard.

Les œuvres révèlent une étonnante maturité. Beaucoup racontent la vie sous les bombes, les déplacements incessants, les maisons détruites ou les proches disparus. D’autres célèbrent la mer, la mère, la maison, ou encore la langue française comme dernier espace de liberté.

Parmi les textes marquants figure L’Écho des horizons muets du participant appelé Namer :

« On nous a dit que le progrès était une ligne droite / Mais ici l’avenir danse dans une cage étroite. »

Ou encore le poème de la participante Taleen Zaqout, intitulé Je suis étrangère :

« Je suis étrangère. Je suis là. Mais ma voix n’est pas à moi (...) Comme si la terre me tirait vers le bas. Comme si je marchais par erreur. »

Dans son intervention, la romancière libanaise Dominique Eddé explique avoir été frappée par un paradoxe : « Même dans les descriptions les plus dures du quotidien, je n’ai pas trouvé l’ennemi nommé. Il est combattu de l’intérieur, dans une forme de résistance autonome. » Plus encore que les récits de destruction, c’est cette absence d’appel à la haine qui l’a marquée. Elle souligne également que le mot « espoir » revient sans cesse dans des textes pourtant traversés par le désespoir.

L’écrivain Éric Vuillard évoque des textes « émouvants et éprouvants », écrits par des jeunes confrontés aux massacres et aux deuils. « Comme beaucoup de monde, j’ai pleuré parfois, ou souvent », confie-t-il, impressionné également par la qualité inattendue du français des candidats. Plusieurs textes reviennent sur une même image : celle de la fenêtre ouvrant sur un paysage dévasté.

Même constat pour Cécile Dutheil de la Rochère, subjuguée par « la force, la qualité du français et l’intelligence de la vie » qui traversent ces créations. Elle relève la profonde culture littéraire des participants, nourrie aussi bien de Victor Hugo que d’auteurs contemporains, ainsi que le caractère profondément pacifiste de leurs textes, où l’adversaire est rarement nommé. Elle y retrouve également une longue tradition palestinienne de la poésie, transmise de génération en génération.

Pour l’historien et poète Élias Sanbar, cette expérience s’inscrit dans une histoire plus ancienne de la francophonie palestinienne. Mais elle naît aujourd’hui « dans l’ignominie et le carnage ». Il observe qu’un thème domine presque toutes les œuvres : celui de la maison. « Le peuple palestinien fait l’objet d’une tentative de le mettre hors de chez lui. La maison est fondamentale », explique-t-il. Il rappelle que Mahmoud Darwich lui faisait remarquer que le mot arabe désignant le « vers » d’un poème est beit, qui signifie aussi « maison ». Une coïncidence linguistique devenue, dans le contexte actuel, d’une force symbolique saisissante.

La mer constitue l’autre motif récurrent. Jean Rollin y voit « le seul espace qui reste de l’ancienne Gaza », tandis que Karim Kattan estime que ce concours a permis de constituer « un véritable trésor ». Tous deux plaident pour une publication des textes, afin qu’ils deviennent un patrimoine collectif autant qu’un témoignage historique.

Cette idée fait d’ailleurs largement consensus au sein du jury. Aurélien Barrau parle de participations « fragiles et indestructibles, comme la Palestine ». Maylis de Kerangal considère ces poèmes comme de « précieux documents » qui racontent de l’intérieur la guerre, les exodes successifs, la solidarité sous les tentes et un espoir qui refuse de mourir. « J’ignorais que le français puisse être à ce point un refuge, un espace de liberté », écrit-elle.

Au-delà du concours, tous imaginent déjà une seconde vie pour ces textes : un livre, des lectures publiques, des rencontres entre auteurs et membres du jury, voire un élargissement de l’initiative à la Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Une manière de prolonger ce que ces jeunes Gazaouis ont démontré, malgré les ruines : que la poésie demeure une forme de survie, et que l’apprentissage d’une langue peut encore ouvrir une fenêtre lorsque toutes les autres semblent s’être refermées.



Ce qui devait être un simple concours destiné à encourager des étudiants de Gaza à poursuivre leur apprentissage du français s’est transformé en une véritable anthologie de résistance par les mots.Organisé par l’Institut français de Gaza et l’ONG Academic Solidarity with Palestine, créée officiellement en février 2024 pour assurer des enseignements à distance auprès d’étudiants privés d’université par la guerre, le concours a réuni une soixantaine de jeunes, âgés pour la plupart de 18 à 25 ans. Parmi eux, six grands prix et quinze prix d’excellence ont été décernés le 9 juillet, les noms des lauréats ayant été modifiés pour des raisons de sécurité.À l’origine de cette initiative, des enseignants bénévoles qui souhaitaient redonner un objectif à leurs étudiants. Aujourd’hui, près de 1...
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