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Culture - Opéra

Joseph Dahdah confirme son ascension avec un Manrico éclatant à Hanovre

Le jeune ténor libanais ajoute un rôle majeur du répertoire verdien à son parcours.

Joseph Dahdah confirme son ascension avec un Manrico éclatant à Hanovre

À seulement 34 ans, le ténor libanais Joseph Dahdah s'impose progressivement comme l'une des voix les plus prometteuses de sa génération sur les scènes lyriques européennes. Crédit Joseph Dahdah

Découvert en janvier dernier dans le rôle de Don José à Pavie, le ténor libanais Joseph Dahdah avait livré l'interprétation la plus convaincante entendue depuis plus de dix ans. Doté d’un timbre à la fois robuste et juvénile, il possède toutes les qualités d’un grand ténor lyrique appelé à évoluer vers un répertoire plus dramatique.

Joseph Dahdah est un jeune ténor libanais dont la carrière connaît un essor remarquable sur les plus grandes scènes européennes grâce à un répertoire couvrant Verdi, Puccini, Bellini, Bizet, Spontini et Busoni. Né à Zghorta en 1992, il commence l’étude du chant et du piano à l’âge de douze ans.

En pleine ascension, il s’est déjà produit au Maggio Musicale Fiorentino, aux Bühnen Bern, au festival d’Immling, au Teatro Petruzzelli de Bari, ainsi que dans les maisons d’opéra de Piacenza, Pise, Jesi, Ravenne, Brescia, Crémone, Côme, Bergame, Pavie et Modène.

Son répertoire comprend notamment Pollione dans Norma, Radamès dans Aida et Cinna dans La vestale de Spontini. Parmi ses rôles les plus marquants de ces dernières années figure Don José dans Carmen de Bizet, qu’il a interprété dans plusieurs productions à travers l’Italie ainsi qu’au festival d’Immling.

Ses prochains engagements incluent Mario Cavaradossi dans Tosca, Ismaele dans Nabucco, Radamès dans Aida et Pinkerton dans Madame Butterfly. Ce dernier rôle sera interprété début 2027 dans l’un des opéras les plus prestigieux au monde : la Fenice de Venise.

L’annonce de ses débuts dans le rôle exaltant de Manrico, dans Le Trouvère à Hanovre, imposait naturellement le déplacement. Hélas, les projets de voyage étant déjà arrêtés, seule une répétition générale a pu être suivie. L’occasion était néanmoins donnée d’entendre Joseph Dahdah ainsi que l’excellente Cristiana Oliveira dans deux des rôles les plus exigeants du répertoire lyrique.

Le Trouvère demeure l’un des opéras les plus populaires de Verdi. Son intrigue est aussi passionnée qu’invraisemblable : après qu’un noble a fait brûler vive une femme tsigane, sa fille Azucena tente de se venger en jetant au bûcher l’enfant du coupable, mais brûle par erreur son propre fils. Elle enlève alors le bébé du noble et l’élève sous le nom de Manrico. À la fin de l’opéra, le comte de Luna tue Manrico, son rival amoureux, avant d’apprendre qu’il vient d’assassiner son propre frère.

Aussi extravagante soit-elle, l’intrigue s’inscrit dans un contexte historique réel : la guerre civile qui suivit la mort du roi Martin d’Aragon en 1410. Le comte de Luna et Manrico soutiennent des camps opposés dans la lutte pour la succession. Cette opposition entre le pouvoir établi et les marginaux offre un potentiel dramatique considérable, rarement exploité par les metteurs en scène.

Joseph Dahdah (Manrico) et la soprano portugaise Cristiana Oliveira (Leonora) dans "Le trouvère" de Verdi à l'Opéra de Hanovre. Photo Bettina Stöß


Le metteur en scène allemand Wolfgang Nägele transpose l’action à notre époque, dans un pays déchiré par la guerre civile. L’idée de faire de Ferrando un présentateur de télévision et un propagandiste du régime fonctionne particulièrement bien. En revanche, la transformation des Tsiganes en touristes convainc moins. Certaines situations, notamment l’entrée de Leonora au couvent ou certains comportements chevaleresques avec des pistolets, paraissent peu crédibles dans ce contexte moderne. Certes, l’opéra n’a jamais eu vocation à être réaliste, mais cette actualisation met parfois à rude épreuve la suspension volontaire de l’incrédulité.

Enrico Caruso affirmait qu’il fallait les quatre plus grands chanteurs du monde pour réussir Le Trouvère. Cette remarque reste pertinente tant les quatre rôles principaux sont exigeants. Composé en 1853, l’ouvrage est souvent considéré comme le dernier grand opéra belcantiste de Verdi. Leonora, notamment, exige une soprano lyrique de premier ordre, capable d’allier agilité, puissance expressive et maîtrise technique.

Pour ses débuts en Manrico à Hanovre, Joseph Dahdah impressionne par son assurance vocale, son énergie et son charisme scénique. Ses aigus, d’une remarquable sécurité, semblent produits avec une facilité déconcertante. Plus remarquable encore, sa solide technique laisse présager une évolution sereine de sa carrière.

La transposition contemporaine lui sied parfaitement : il incarne avec crédibilité un rebelle moderne, animé de fougue et de conviction. Dans le trio du premier acte, « Di geloso amor sprezzato », il fait preuve d’une rare intelligence musicale, refusant toute démonstration gratuite malgré les moyens impressionnants dont il dispose. Sa scène avec Azucena révèle une autre facette de son talent : grâce à de subtiles inflexions du texte, il exprime avec sensibilité les doutes et la vulnérabilité de Manrico.

Déjà remarquable dans Carmen par son excellente diction française, Joseph Dahdah impressionne tout autant par sa maîtrise de l’italien. Au-delà d’une prononciation irréprochable, il possède un véritable instinct pour la langue et son expression musicale. Son aisance linguistique constitue un atout supplémentaire pour une carrière internationale qui semble promise à un brillant avenir. Ajoutons à cela une présence physique idéale pour les rôles de jeune premier : Joseph Dahdah réunit aujourd’hui toutes les qualités nécessaires à une grande carrière, et même davantage.

Déjà remarquable en Leonora à Lisbonne il y a trois ans, la soprano portugaise Cristiana Oliveira demeure une interprète idéale du rôle. Son timbre sombre, sa technique irréprochable et son engagement dramatique confèrent une réelle noblesse au personnage. Son interprétation de Tacea la notte placida compte parmi les sommets de la soirée.

Au deuxième acte, Leonora, persuadée que Manrico est mort, s’apprête à entrer au couvent tandis que le comte de Luna tente de l’enlever. Dans cette mise en scène, un affrontement armé remplace le duel traditionnel. Cristiana Oliveira parvient néanmoins à exprimer avec émotion le bonheur bouleversant de Leonora retrouvant Manrico vivant. Si son chant demeure admirable, l’agitation scénique nuit quelque peu à l’intensité lyrique du moment.

La mise en scène du deuxième acte se révèle par ailleurs particulièrement intéressante. Azucena n’est plus entourée de Tsiganes, mais de touristes visitant une région meurtrie par la guerre. Le traumatisme du personnage est intelligemment souligné : elle conserve intacte la chambre de l’enfant qu’elle a perdu, transformant ce lieu en symbole obsédant de sa culpabilité.

La mezzo-soprano italienne Silvia Beltrami livre une Azucena de premier ordre. Évitant toute surcharge mélodramatique, elle compose un personnage profondément marqué par la tragédie. Son Stride la vampa séduit par son intensité expressive et la richesse de ses graves.

Le baryton croate Grga Peroš convainc davantage par la beauté de son chant que par son incarnation dramatique du comte de Luna. Son interprétation de Il balen del suo sorriso est élégante et sincère, mais son personnage manque parfois d’autorité. Toutefois, dans cette lecture contemporaine, le comte ressemble davantage à un chef de milice qu’à un aristocrate, ce qui atténue cette réserve.

Transformé en présentateur de télévision, Ferrando devient ici le porte-parole du régime. La basse géorgienne Shavleg Armasi semble prendre un réel plaisir à camper ce personnage pompeux et manipulateur. Son récit de l’histoire d’Azucena installe efficacement l’atmosphère tragique de l’ouvrage.

À la tête de l’orchestre, Masaru Kumakura dirige avec maîtrise et sens du théâtre. Attentif aux besoins des chanteurs, il accompagne avec intelligence cette partition exigeante. Certains choix de tempi surprennent, notamment dans l’air de Ferrando, mais ils servent la caractérisation des personnages. Dans l’ensemble, cette représentation s’est révélée particulièrement réussie. Reste un seul regret : n’avoir pu assister qu’à la répétition générale, tant cette production méritait d’être découverte dans toute la ferveur d’une première.


Découvert en janvier dernier dans le rôle de Don José à Pavie, le ténor libanais Joseph Dahdah avait livré l'interprétation la plus convaincante entendue depuis plus de dix ans. Doté d’un timbre à la fois robuste et juvénile, il possède toutes les qualités d’un grand ténor lyrique appelé à évoluer vers un répertoire plus dramatique.Joseph Dahdah est un jeune ténor libanais dont la carrière connaît un essor remarquable sur les plus grandes scènes européennes grâce à un répertoire couvrant Verdi, Puccini, Bellini, Bizet, Spontini et Busoni. Né à Zghorta en 1992, il commence l’étude du chant et du piano à l’âge de douze ans.En pleine ascension, il s’est déjà produit au Maggio Musicale Fiorentino, aux Bühnen Bern, au festival d’Immling, au Teatro Petruzzelli de Bari, ainsi que dans les maisons...
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